L'INSEE affabule : 0% d'inflation en février alors que l'alimentaire a explosé !

4,2 +4,2%
Avec l'entrée en vigueur de la loi Alimentation, les prix alimentaires
ont augmenté : +4,2% en 15 jours dans les hypermarchés, selon
l'institut Nielsen

OPINION

Ce n’est pas une erreur d’impression, selon l’INSEE les prix n’ont globalement pas augmenté en février, alors qu’on s’en souvient, les prix de l’alimentation ont fortement progressé, pourquoi ?

L’inflation, ou plus exactement l’indice des prix à la consommation (IPC) pour le mois de février vient de tomber : 0,0%. Selon l’INSEE il n’y a donc eu, globalement, aucune augmentation des prix durant le mois de février.

L’impact de la loi Agriculture et alimentation

Pourtant on se rappelle qu’au début du mois de février les médias avaient constaté une forte hausse des prix alimentaires suite à l’entrée en œuvre de la loi Agriculture et alimentation. Une loi stupide, dirigiste, sensée garantir de meilleures marges aux agriculteurs, autoritairement compensées par des hausses de prix sur d’autres biens alimentaires afin que les distributeurs puissent récupérer ce manque à gagner (au secours, voici le retour du contrôle des prix !).

L'institut Nielsen avait mesuré cette hausse des prix alimentaires sur une centaine de références : +4,2% en 15 jours dans les hypermarchés. Un sacré coup de massue. L’INSEE ne nie pas cet impact de la loi : « les prix de l’alimentation se renchérissent simultanément à l’entrée en vigueur de la loi Agriculture et alimentation (+2,1 % sur un an après +1,7 %) ». Mais le chiffre est ridicule, l’organisme statistique parle de +2,1% sur un an (soit 0,175% par mois en moyenne, et 0,2% sur février, cf tableau) alors que Nielsen mesure +4,2% sur un mois !

Des relevés de prix inventés

Au-delà des diverses manipulations de prix dont j’ai parlé dans mon livre Pouvoir d’achat, le grand mensonge, il me faut rajouter un élément. Lorsque j’ai donné ma conférence sur le pouvoir d’achat à l’ALEPS le 6 février, une personne a livré un témoignage tout à fait intéressant. Se trouvant en situation financière difficile, elle a accepté de faire des relevés de prix dans les hypermarchés pour l’INSEE. C’est la « matière première » de l’organisme pour construire son indice des prix. Mais cette personne a expliqué que le travail était tellement mal payé qu’il était matériellement impossible de le faire en totalité, conséquence, tout le monde trichait, c’est-à-dire « inventait » des prix pour remplir au plus vite les fiches. Et bien entendu, quand on triche, on indique des prix « dans la moyenne » des prix passés, pour que ça semble le plus vraisemblable possible, ce qui gomme les hausses de prix soudaines, ce qui s’est précisément passé avec la loi Agriculture et alimentation.

En conclusion, des relevés qui sous-estiment la hausse réelle des étiquettes auxquels on rajoute un peu de tambouille statistique permettent d’obtenir une progression très faible des prix. L’essence aussi a clairement augmenté en février mais, pas d’inquiétude, l’INSEE nous fabrique une baisse des prix des produits manufacturés (grâce à l’effet qualité, une autre magouille statistique), et le tour est joué : 0% d’inflation en février ! Ce qui permettra plus tard de dire que le pouvoir d’achat a progressé. On est habitué aux manipulations de l’INSEE sur les prix et le pouvoir d’achat, mais cette fois-ci, record battu, chapeau !


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.