1,4 million de chômeurs non comptabilisés, car découragés de chercher du travail

Depuis 2008, le nombre de personnes en âge de travailler et en
recherche d'un emploi qui ont officiellement '"renoncé" a augmenté de
250 000.

Pour une fois, le phénomène n'a rien de purement franco-français, mais il n'en est pas moins inquiétant. Selon l'INSEE, le pourcentage de Français au chômage s'est stabilisé ces derniers mois : 9,7 % de la population active est au chômage. Un "repère" qui n'a pas bougé depuis 6 mois, et a même légèrement reculé par rapport au premier trimestre 2013, qui affichait 9,9 % de français au chômage.

Seulement, il y a un truc. Pas d'emplois jeunes ou de formations bidons sous gravillon dans ce cas précis, mais quelque chose de beaucoup plus basique mais également inquiétant : les chômeurs qui n'en peuvent plus de chercher, sont découragés de s'inscrire vainement à Pôle Emploi où de toute façon ils ne perçoivent pas ou plus d'indemnités, ni ne reçoivent de proposition de job, lâchent l'affaire. Par essence, comme ils ne se déclarent pas à Pôle Emploi, l'INSEE qui donne dans la statistique et l'extrapolation estime leur nombre à 1,4 million. Un chiffre en hausse de 20 % depuis 2008, qui englobe tout ceux qui sont en âge de travailler, souhaitent travailler, ajoutons, auraient besoin de travailler, mais ne trouvent pas. Enfin, ne trouvent pas dans le système légal officiel !

 

Car bien entendu, et cela n'étonne plus personne, les chômeurs qui galèrent pour retrouver un emploi n'ont plus d'état d'âme depuis longtemps à accepter des emplois de dépannage payés au noir. Même chez les cadres, on s'arrange, en facturant, ou, quand, chance, le dépannage ou la mission se transforme en véritable job, en remboursant des frais fictifs ou accordant des primes (mais soumises à charges sociales). En dehors des quelques 5 millions de chômeurs officiels, catégories A, B et C confondues, il y a donc 1,4 million de chômeurs non comptabilisés qui pour certains occupent en fait un emploi ou se débrouillent par eux-mêmes, mais en dehors du système officiel.  Il faut bien que le travail au noir ou dissimulé apparaisse quelque part dans les statistiques. Son évaluation oscille entre 5 et 7 % selon une étude parlementaire sur la fraude à la Sécurité Sociale (et aux cotisations), 10 %, d'après une étude réalisée par Visa, mais il pourrait peser beaucoup plus en fait si l'on s'en réferre à ce que l'on connait de l'Espagne ou l'Italie sur le sujet. Dans la botte, le ministère de l'économie l'évalue à au moins 35 % du PIB ! Mais attention, dans ce cas, ce chiffre englobe toute l'économie souterraine et pas seulement le travail au noir, autrement dit par exemple les locations au noir ou encore les ventes de marchandises au noir...

 

 

Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également chroniqueur sur RTL. 

Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France puis a passé 9 ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur, avant de fonder Economie Matin en 2004 puis de le céder à un fonds d'investissement espagnol en 2007. Après avoir créé plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), il a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il était rédacteur en chef, avant de relancer en 2012 EconomieMatin.fr sur Internet et sur mobile. 

 

Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) et "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).