Merci Carlos !

Après deux mois et demi d’une détention très sévère, Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan débarqué à la baïonnette par les autorités japonaises, a enfin pu s’entretenir, brièvement, dans le parloir de sa prison, avec deux journalistes français.

L’homme qui a remis sur pied Renault, ancien fleuron industriel français devenu exsangue, puis Nissan, géant japonais de l’automobile en perte de vitesse, et enfin Mitsubishi, voulait unir ces trois constructeurs automobiles en créant une société holding qui aurait possédé la quasi-totalité de leurs actions, devenant – dans ce secteur d’activité – la première firme au niveau mondial. Il semble que l’état-major de Nissan, vexé à l’idée de diriger désormais une filiale, et non plus une société indépendante faisant simplement partie d’une alliance, ait trouvé un moyen judiciaire pour torpiller la réalisation de ce projet.

Certaines opérations privées de Carlos Ghosn donnaient prise, semble-t-il, à des accusations d’enrichissement personnel au détriment des trois sociétés automobiles, et plus particulièrement de Nissan. Il s’agirait de plusieurs dizaines de millions d’euros, destinés notamment à disposer de résidences luxueuses en divers points du globe. Résidences utilisées un peu par le grand chef d’entreprises, et beaucoup par sa famille : du sang libanais coule dans ses veines, et dans la mentalité libanaise la réussite du chef de famille doit se traduire par un certain luxe pour les membres de ladite famille. Le financement de ce train de vie inaccessible à monsieur Toulemonde aurait, pour une part non négligeable, été assuré directement par Nissan, sans transiter par une rémunération en bonne et due forme de Carlos Ghosn.

Peut-être cela tombe-t-il sous le coup de certaines lois, et une rémunération officielle eut été évidemment préférable. Mais il s’agit de peccadilles en comparaison des dizaines, non pas de millions de dollars, mais de milliards, que les GAFA, entre autres, parviennent à soustraire aux impôts qu’elles devraient, en bonne justice, payer à différents Trésors publics. Mark Zuckerberg, patron de Facebook, Messenger et WhatsApp, ou Jeff Bezos, pour Amazon, ou le regretté Steve Jobs (Apple), seraient devenus immensément riches même si les entreprises qu’ils ont créées avaient payé des impôts normaux, et pourtant ils ont utilisé toutes les astuces fiscales possibles pour n’en rien faire. Ils ne sont pas pour autant passés par la case prison !

J’ignore bien évidemment ce que la justice nippone décidera, mais j’espère que la cruauté de la détention qu’elle inflige à Carlos Ghosn (par exemple, un néon reste allumé toute la nuit dans sa cellule, sans doute pour affaiblir sa capacité de résistance en lui gâchant son sommeil) ne parviendra pas à briser sa personnalité hors du commun. La France et le monde ont besoin d’hommes comme lui ; je souhaite de tout cœur qu’il puisse dans un avenir proche consacrer de nouveau sa grande intelligence, sa puissance de travail et sa force de caractère à créer de la richesse, un petit peu, légalement, pour lui-même et sa famille, et beaucoup pour les multitudes de travailleurs ou de candidats à l’emploi qui ont besoin de chefs d’entreprise d’une trempe exceptionnelle.  


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Jacques Bichot

Jacques Bichot est économiste, mathématicien de formation, professeur émérite à l'université Lyon 3. Il a surtout travaillé à renouveler la théorie monétaire et l'économie de la sécurité sociale, conçue comme un producteur de services. Il est l'auteur de "Les enjeux 2012 de A à Z" aux Editions de l'Harmattan, de "La mort de l'Etat providence ; vive les assurances sociales" avec Arnaud Robinet, de "Le Labyrinthe ; compliquer pour régner" aux Belles Lettres et de "La retraite en liberté" au Cherche Midi.