Monsieur le Président, 1 000 jeunes agriculteurs à l'Élysée, mais pour faire quoi ?

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Le 21 février 2018, Emmanuel Macron accueille à l'Élysée 1 000 jeunes
agriculteurs des quatre coins de la France.

Ce jeudi 22 février, 1 000 jeunes agriculteurs de moins de 35 ans et installés sur l'année 2017 ont été conviés par Emmanuel Macron à la réception qu’il offrira en l’honneur des agriculteurs nouvellement installés. Les détails de l'invitation ? « Présentez vous à 11h30 au Palais de l’Elysée en tenu de civil pour une cérémonie débutant à 12h30 ».

Un jeune Normand monte à la capitale

Il est de coutume je pense, pour ma première plume dans cette rubrique économique de passer par la case présentation. Je viens du monde agricole, un monde à la fois éloigné de vous de par mon quotidien, mon environnement mais à la fois très proche puisque j'exerce mon métier, ma passion pour répondre avant tout à un besoin fondamental de notre existence, celui de nous nourrir.

Je m’appelle Alexis Graindorge, j’ai 28 ans et après un parcours de banquier, je me suis installé en agriculture en rejoignant mon père sur l’exploitation familiale. Les 94 hectares que nous cultivons nous permettent d’alimenter nos 90 vaches laitières de race Normande. Le lait qu’elles produisent bénéficie d’une appellation d’origine protégée (AOP) pour le respect d’un cahier des charges. Le lait est collecté par la laiterie Gillot pour fabriquer le fameux Camembert de Normandie.

Tout comme 7 autres jeunes du département de l'Orne, j'ai reçu cette invitation pour le moins succincte. Quel est le but recherché par le Président de la République ? Qu'à cela ne tienne, j'y vais ! Je suis curieux mais j'ai surtout des questions à poser.

Des États Généraux de l'Alimentation au traité de libre-échange (CETA - Mercosur)

L'une des promesses du candidat Macron durant les élections était de répondre à la détresse des agriculteurs n'arrivant plus à vivre de leur métier. En cause notamment un manque de retour de la valeur ajoutée sur les denrées agricoles avec des marges captés par les industries agro-alimentaires et les centrales d'achats (Leclerc, Auchan...) au détriment des agriculteurs et des consommateurs. Promesse tenue, les États Généraux de l'Alimentation (EGA) ont vu le jour en juin 2017.

Le second axe de travail visait à promouvoir une alimentation saine, sûre et durable pour tous en favorisant une « montée en gamme de l'agriculture française ». Dans l'ensemble, la profession agricole a salué le travail entrepris et les conclusions de ces EGA.

Mais la fin de l'histoire n'est pas aussi belle car en parallèle, l'UE ayant ratifié le traité du CETA s'empresse aujourd'hui de signer celui du Mercosur avec l'Amérique latine.

Les conséquences ? L'importation de plus de 100 000 tonnes de viande bovine low-cost sans réelle traçabilité et avec des molécules interdites chez nous (hormones de croissance...). Une concurrence déloyale insurmontable pour nous, agriculteurs français, et une alimentation pour les Français à l'opposé des souhaits des EGA !

Monsieur le Président, les jeunes agriculteurs présents aujourd'hui ne sont pas là pour approuver la signature d'un traité qui condamne leur avenir !


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