Moins de quasi-capital rend la concurrence plus efficace

3,2 millions
La France compte 3,2 millions de PME.

Politique économique, assainir le marché du capital (II) – Le quasi-capital étant un instrument d’endogamie oligarchique et d’ententes anticoncurrentielles, la levée des entraves à l’égalisation des rentabilités comparables inclut l’établissement et l’abaissement de plafonds d’usage de cet instrument.

Dans les conventions qui dotent la science et la politique économiques d’un vocabulaire précis se trouvent les trois suivantes. 1) Ne sont appelés « épargnants » que des individus, des familles, des fondations et d’autres associations à but non commercial qui placent directement en échange de la rémunération du service rendu. 2) Ne sont dits être en « capital » que ceux de ces placements directs dans le financement à proprement parler permanent d’entreprise. 3) Est appelé « quasi-capital » du financement permanent d’entreprise qui n’a pas été directement apporté, ou qui n’est plus détenu, par un épargnant, comme dans le cas extrême des sociétés commerciales dont les associés sont exclusivement des sociétés commerciales ou des entités publiques. Rappelons également l’existence de l’immense arborescence des rentabilités comparables, telle que l’analyse de la régulation par la concurrence des prix des marchandises composées la met au jour (Economie Matin du 25 octobre 2016 et de la semaine suivante).

L’intermédiation confiscatoire de pouvoir

Soit les sept sociétés par actions, négociables ou restituables (Economie Matin du 13 avril), A à G. Initialement, leurs sociétaires sont tous, supposons-le, des épargnants. De ce fait, ces derniers disposent de pouvoirs de sanction et de soutien. Mais voici que la société A prend le contrôle de la société B. Puis elle acquiert successivement les cinq sociétés C à G. Des arbitrages rendus et des sanctions prononcées par des épargnants ont disparu alors que sont apparus les effets de la montée en puissance du pouvoir de technostructures. À la limite, pour chacune des six sociétés B à G le capital devient au final entièrement du quasi-capital.

L’endogamie au moyen de sociétés de sociétés est réductible par l’établissement et l’abaissement de plafonds de quasi-capital. Une politique économique qui comprend le recours à ce moyen contribue à la simplification de structures financières et au rappel d’une loi fondamentale de l’économie de marché : la liberté d’entreprendre y est la règle, mais la concurrence de toutes les entreprises juridiquement constituées sur le marché du capital limite l’ampleur et la durée de prix finaux trop hauts ou trop bas – je rappelle que par « prix finaux » je désigne ceux auxquels les entreprises vendent à leurs clients.

Le rapprochement des prix finaux de leur niveau équitable

Je rappelle aussi qu’en dépit de ce que se dispense de considérer la théorie néoclassique de la valeur d’échange marchand, le prix final d’une marchandise reproductible à volonté par l’industrie humaine est à son niveau équitable lorsqu’il égalise les rentabilités directes de même appartenance, ou rentabilités comparables auxquelles ce prix participe (en règle générale, de plus en plus avec d’autres prix au fur et à mesure qu’on se rapproche de la rentabilité finale de l’entreprise juridiquement constituée).

Pour qu’un monopole établi par la puissance publique ou d’une autre façon vende ses fournitures au plus près de leur niveau équitable, il ne doit pas être seulement astreint à dégager une rentabilité suffisante. Les autorités de marché doivent également veiller à ce qu’au sein de cette entreprise, l’égalisation des rentabilités comparables soit en permanence recherchée, comme elles doivent veiller à ce que les entreprises exposées à la concurrence sur tous les fronts n’aient pas recours à des procédés qui bloquent le rapprochement des prix finaux de leurs niveaux équitables.

Ces devoirs au rebours de la mentalité du capitalisme de plus-value impliquent l’officialisation des concepts de rentabilité, de productivité et de profitabilité (Economie Matin du 22 juin). Car tant qu’il n’est pas légalement admis et couramment enseigné que, par conventions logiquement nécessaires un taux de marge directe sur vente mesure une profitabilité et que la même marge rapprochée de l’actif direct qui lui correspond mesure une rentabilité, les décideurs de prix finaux sont comme invités à ne pas tenir compte de la loi naturelle de moindre dispersion des rentabilités comparables – et non pas de moindre dispersion des profitabilités comparables.

La ligne du zéro subventionnement

Soit E une entreprise juridiquement constituée exerçant les deux activités A et B. Répétons que dans ce qui va être soutenu, les taux de marge directe sur vente de A et de B sont par convention de vocabulaire des profitabilités et rien que ça ; comme les taux de marge directe sur actif direct de A et de B sont également par convention de vocabulaire des rentabilités ; comme les rapports des ventes de A et de B avec leurs actifs directs respectifs sont des productivités.

La rentabilité de l’entreprise E n’est, supposons-le, ni excessive ni insuffisante. En revanche, il se trouve que l’activité A est nettement moins profitable et nettement plus rentable que l’activité B. Tant que cela dure, l’activité B subventionne l’activité A. Si, par des modifications de prix de vente et d’autres mesures, l’entreprise E parvient à égaliser les rentabilités directes de A et de B, alors elle met fin à ce subventionnement. En économie objective, un échange marchand final n’est équitable que réglé par un prix qui ne subventionne pas d’autres ventes ou qui n’est pas subventionné par d’autres ventes.

C’est, somme toute, la discipline des prix qui est travestie en partie de poker-menteur par les formations à l’économie et à la gestion d’entreprise qui entretiennent la méconnaissance de la ligne du zéro de subventionnement. Pour un monde décidé à se prélasser dans l’immaturité économique et le mensonge élevé à la hauteur d’un bon principe d’organisation sociale, c’est épatant.

La banque universelle, instrument d’abus de pouvoir

En politique économique scrupuleuse sur l’indépendance des autorités publiques, et plus largement sur la séparation des pouvoirs au sein non seulement de ces autorités mais aussi de la société civile, l’agrégation de la banque de détail à la banque d’investissement n’irait dans le bon sens que si cette configuration contribuait davantage à l’intérêt général que son contremodèle, à savoir l’obligation faite à une banque d’être ou de détail ou d’investissement et dans les deux cas sans quasi-capital dans son financement. Notons au sujet de ce contremodèle les trois points suivants, trop peu considérés ensemble dans les débats sur les structures de l’industrie des services financiers.

1) Si c’est pour faire produire au modèle dit de la banque universelle une rentabilité durablement supérieure à celle de la banque de détail seule ou de la banque d’investissement seule, ce ne peut être qu’en faisant obstruction à l’application de la loi d’égalisation des rentabilités comparables dans le secteur bancaire ; puis dans celui du tertiaire financier dont une grosse branche est celle de l’assurance ; puis dans celui du reste de l’économie. 2) La recherche du maximum de profit et de prétendue création de valeur pour l’actionnaire – de plus-values, en fait – par le cumul de métiers engendre du brouillage de risques, des opacités organisationnelles, de la frime pour et par le brassage d’argent. 3) Hors mantras de la finance moderne faisant fonction de science économique, il redevient tout à fait évident que coiffer un réseau de banques ou de caisses d’épargne coopératives ou mutualistes par une entité cotée en bourse détériore l’organisation économique et sa dévotion à l’intérêt public mis à l’abri de son dévoiement par des corps technocratiques avides de prédations sous couvert de compétition.

Par principe

Une politique économique ne peut pas être la meilleure qui soit si ceux qui la mènent se refusent par principe à établir des plafonds de quasi-capital puis les abaisser progressivement, ainsi qu’à désagréger et prévenir les montages qui font obstacle à l’égalisation des rentabilités comparables.


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).