Monde d'avant, monde d'après

50 %
En 2018, 50% de la richesse mondiale est détenue par moins d'une
centaine d'individus.

Deux concepts qui s’opposent. Le premier repose sur le fait que la pandémie covid19 n’est au final qu’une parenthèse, le second sur la conviction qu’elle a révélé l’incapacité du modèle de société actuelle à la réponse au besoin de 8 milliards d’humains.

La difficulté pour les partisans, comme moi, de la seconde voie est de proposer une proche globale dans une un monde globalisé. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé, dans mon dernier livre, les bases d’une approche systémique dont on peut tracer ici les grandes lignes.

La pandémie est un drame, la vraie crise est financière.

La crise sanitaire s’estompe et chacun recycle son dispositif pour sortir de la crise économique. Les États, en appui sur les banques et les grands fonds, proposent une solution financière par la dette, pour amortir le choc. Mais l’endettement généré, très supérieur à celui post 2008, aura des conséquences lourdes, durables. Cela se traduira par un étouffement des classes moyennes et pauvres. Ce n’est pas de la fiction : c’est mécanique. Les acteurs financiers, responsables de l’explosion de l’endettement, vont pourtant apparaître comme des sauveurs pour sortir de la pandémie.
Nous sommes focalisés sur ce drame sanitaire, au point d’en oublier que nous recréons un dispositif, reposant sur les mêmes acteurs : il générera les mêmes conséquences, en pire.

La pandémie nous a révélé des dysfonctionnements majeurs dans nos modèles

Une course contre la montre a démarré.
D’un côté, nous n’avons pas d’autre choix que de relancer la machine, avec les outils dont on dispose : qui dans un accident de voiture refuserait l’aide de celui qui a provoqué l’accident, si cela devait lui sauver la vie ?
Si, à court terme, l’endettement allège la pression, allons-nous oublier pour autant que la pandémie nous a révélé la totale inadéquation de notre système économique, productif, entrepreneurial ? Il repose sur un brassage permanent et de plus en plus rapide des biens et des personnes dans le monde. L’exemple des masques de protection est un des éléments les plus révélateurs de l’inadaptation de nos modèles de production.

Repenser tout à partir de la base, n’est pas une régression

Il est urgent de construire des modèles, partant du terrain, de la vie réelle, obéissant d’abord à des nécessités locales et prenant le temps de la matérialité.
Ce n’est pas une régression : c’est juste la vie. La véritable régression est-ce à quoi nous avons assisté durant les décennies passées : le retour à une hiérarchie économique quasi féodale, l’explosion de l’écart entre les riches et les pauvres. 50 % de la richesse mondiale tenue en 2018 par moins d’une centaine d’individus ce n’est du jamais vu !
La pandémie nous a démontré que tous les critères financiers qui nous sont imposés comme indicateurs de bonne gestion, sont en grande partie la cause de ce que nous sommes en train de vivre.

Pour donner du sens il faut changer les règles, comme elles ont été changées il y a 50 ans.

Les règles étant mondiales, pour changer, il faut commencer par en adopter de nouvelles. Nous avons laissé pendant 50 ans les décisions sortir du cadre territorial pour aller se nicher dans la mondialisation. Nous nous sommes tous enivrés de ce que cela générait : des déplacements, de la vitesse, de la richesse, de l’opportunité, un monde ouvert, libre.
Tous… ? Enfin tous ceux qui en avaient les moyens, car nous avons été collectivement sourds aux différentes alertes venant de populations moins fortunées. Nos prédécesseurs avaient sorti les pays occidentaux de la guerre, en changeant les règles, générant trente années de croissance. Dans les années soixante-dix, nous avons changé les règles pour faire mieux que les 30 glorieuses. On a généré ainsi depuis 1971 une dette démultipliée, 35 crises économiques et financières. Est-ce un mieux ?

Nouveaux critères pour repenser une économie durable pour la planète

Nos critères actuels sont tous orientés dans un sens qui va à l’opposé de ce dont nous avons besoin : l’accélération, la spéculation, l’internationalisation, le mépris de la planète.
Aussi il est important de construire la gouvernance à venir, en appui sur une organisation mondiale redéfinie, à partir de quatre principes simples :
- La vitesse est souvent plus néfaste que positive. L’accélération est toujours inégalitaire
- La monnaie est un indicateur d’échange et non un objet de spéculation
- La richesse est issue de l’activité et prend sa source dans les territoires. Ce n’est pas une retombée en pluie fine d’une spéculation.
- L’équilibre ressource-fossile et respect de la planète doit être permanent
Il nous faudra apurer simultanément notre dette. Nous vivons à crédit, si nous ne réglons pas le problème nous n’aurons plus qu’une question : est-ce la génération de nos enfants ou celle de nos petits enfants qui devra commencer à les payer pour nous ?

Les États ont un rôle à jouer parce qu’ils représentent les peuples

Il faut rompre avec l’idée que seul le privé sait gérer : l’assurance de la bonne gestion est garantie par l’indépendance de ses contrôles. Pourquoi devrions-nous continuer à faire confiance à un monde qui repose sur des produits générés par des algorithmes que personne ne maîtrise, n’est en capacité de contrôler ? Les algorithmes ne sont pas des preuves de bonne gestion mais des potentiels d’accélération.
Les États ont été exclus au prétexte d’incompétence, de conflits d’intérêts. Pourtant ils nous représentent, portent nos intérêts : ceux des citoyens, de l’humanité, et non ceux des finances. Certes les élus des Nations font des erreurs, et ils en feront d’autres, mais ils sont aussi en capacité d’amener des éléments de régulation.
Il s’agit de nous, de vous, de moi, de chacun de nous. Il est temps de reprendre la main : Nations et citoyens, notre destin est commun.

Pour redonner du sens chasser l’ancien ne suffit pas

La recherche de sens s’est manifestée toute la décennie 2010. Des pays sont descendus dans la rue, d’autres se cherchent désespérément une majorité pour gouverner, d’autres enfin ont choisi de nouvelles générations de responsables par les urnes. Au final après quelques années d’exercice ils n’ont pas changé grand-chose, ou plutôt ils n’ont pas changé les bonnes choses. Sans doute pris au piège du pouvoir, ils ont refait ce que l’ancien monde faisait pour équilibrer les comptes publics avec les règles en vigueur : taxer, s’endetter pour décaler les impôts, privatiser, diminuer les charges. Les états, en gérant l’immédiat, se sont rendus encore plus dépendants du système qu’ils avaient pour mandat de changer.
Le rôle des nations aujourd’hui est de recréer le pacte social.

Redonner du sens au territoire

Si nous pensons que l’humain doit être au centre d’un nouveau modèle alors il faut que le territoire, le lieu où l’on vit, redevienne le cœur de nos préoccupations.
La logique dans laquelle notre vie au quotidien dépendrait de contraintes décidées au niveau mondial par un petit « aréopage d’intérêts privés » doit s’inverser, dans une logique démocratique.
L’économie part de la valeur ajoutée produite sur le terrain. Pour cela il est nécessaire que les investissements l’accompagnent. Réindustrialisation, aménagement, circuits courts, monnaie locale, reposent sur la mise en œuvre des nouveaux principes financiers.
Chaque territoire a vocation à accompagner la destinée de ses habitants en déclinaison du pacte social porté par la Nation.

Pour se réapproprier le monde il faut d’abord redevenir des citoyens

La logique financière nous oppose à l’enjeu collectif, voire directement l’un à l’autre, incitant chacun à adapter à son profit les règles collectives. Nous nous interdisons d’avoir une influence sur le cours de la planète, nous cachant derrière l’excuse : « de toute façon on n’y peut rien ».
Si nous croyons en la nécessité de changer le monde alors il faut nous rappeler que décider c’est choisir et que choisir c’est renoncer.
Nous ne serons des citoyens que si nous acceptons, chacun d’entre nous, de renoncer à une partie de notre liberté individuelle au profit de la liberté mutuelle de notre société. Cette liberté a un coût, dont nous devons individuellement porter notre part.

Si nous ne nous emparons pas de ce défi, d’autres s’en chargeront pour nous.

Prompts à la critique, nous revendiquons une démocratie sans pour autant hypothéquer une once de notre supposée liberté individuelle.
Notre démocratie, même si elle est imparfaite, repose sur une constitution et un mode de fonctionnement, hérités de nos prédécesseurs, qui nous donnent toute latitude pour proposer, infléchir et contrôler. Nous serons des citoyens que si nous nous engageons dans la gestion et le contrôlons les outils de la démocratie.
Nous sommes aujourd’hui à un de ces tournants qui donnent la possibilité aux peuples de saisir leur destin, leur avenir et celui de leurs enfants. C’est le moment où les citoyens doivent prendre la parole, faire entendre leur souhait, construire de nouveaux modèles et de porter aux responsabilités les femmes et les hommes en capacité de les mettre en œuvre.
Hier, les gilets jaunes étaient dans la rue. Aujourd’hui, les mouvements sociaux ont toutes les raisons, les revendications pour y retourner en masse. Si les réponses n’ont pas commencé à apparaître alors, ce n’est pas une refonte à laquelle on assistera par la rue, mais à une destruction pure et simple.

La réelle question est : a-t-on envie de construire de façon rationnelle, ou préférons-nous laisser faire la rue ?

« De la mondialisation à l’humanisation : repenser la société après la pandémie », FX Marquis, Fauves Éditions, 2020.

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