Monnaies légales et moyens élémentaires de production ne sont pas des marchandises

1,1 %
Selon l'Insee, la croissance française n'a pas excédé 1,1 % en 2016.

Rappelons d’abord les conditions auxquelles une monnaie a un cours légal. Considérons ensuite les moyens élémentaires de production. Ce sont ceux que toute action humaine met en œuvre. Il n’y en a que trois et dans les trois jamais aucun n’a les propriétés d’une marchandise. Les théorisations de l’économie qui négligent ce jamais sont toujours entachées de travestissements de la réalité.

Dire d’une monnaie qu’elle a un cours légal ou qu’elle est légale ne signifie pas que la stabilité de sa valeur est garantie par un mécanisme auquel la puissance publique s’est rangé. Le principe de cette légalité et son application très largement respectée n’en sont pas moins si simples et si nécessaires qu’on a vite fait de les perdre de vue. Voici ce qu’il en est.

Monnaie légale

Sur l’aire géographique où une monnaie est légale, comme par exemple la zone euro, aucun paiement ne peut être refusé au motif qu’il est proposé dans cette monnaie. Le législateur heureusement épris de concision n’a pas besoin d’en dire plus pour que, dans l’espace qu’il contribue à organiser, les prix et les impôts soient exprimés dans l’unité légale.

Les technicistes par désir d’être aux avant-lignes de la modernité se camouflent une illusion d’optique quand ils voient politiquement réalisable un bitcoin promu unité monétaire supranationale. La très souhaitable baisse de l’instabilité monétaire all around the world ne proviendra ni de blocs de chaîne ni d’une autorité mondiale. Les adhésions qui feront avancer cette baisse sont bien plus authentiquement économiques et intimement géopolitiques que ça.

Poids et mesures

Sous toutes ses formes, aucune monnaie légale n’est une marchandise, ni-même une quasi-marchandise. Les raisons pour lesquelles il en va ainsi sont péremptoires. L’une des propriétés d’une marchandise est d’avoir une valeur d’usage, ou utilité, distincte de sa valeur d’échange. L’utilité d’une monnaie légale est entièrement ramenée au double fait qu’elle a une valeur d’échange et qu’elle sert d’unité officielle d’expression des prix. Bien que les étudiants dressés à ne pas le voir soient légions, une monnaie légale est un élément du système des poids et mesures. Leurs professeurs ne tiennent en effet pas du tout à s’entendre demander : une unité de longueur, une autre de surface, une autre de volume ou encore de masse, de temps, etc. n’étant en aucune façon une marchandise, comment se peut-il qu’une unité de prix soit sinon une marchandise, tout au moins presqu’une marchandise ?

Le papier-peint est de la marchandise là où il s’en vend, jusqu’à ce qu’il ait trouvé preneur. Faut-il donc être économiste pour nier que les clients d’une banque ne lui achètent pas des images qui ont un cours légal quand ils font des retraits en espèce ? Histoire de renouveler une décoration, mettons donc sous cadre quelques-unes de ces images. Là nous venons de transformer de la monnaie légale en une possible marchandise (qu’un numismate ne nous achètera pas si la lumière du jour en a terni les couleurs…). Il est insensé d’aspirer à une société sans argent. Il l’est aussi de mettre sur le même plan le moyen d’échange économique que constitue une quantité de monnaie légale et un objet tel qu’un rouleau de papier peint ou encore que le service fourni par un salarié.

Moyens de production

Les moyens élémentaires de toute production humaine sont du savoir accumulé, des ressources naturelles et du travail nouveau. Je ne vous ai pas encore tout dit sur Pierrot et Mariette (Economie Matin du 12 janvier 2017). Mariette a des pratiques religieuses et charitables auxquelles elle tient beaucoup. Aller à des offices, prier plusieurs fois par jour et visiter des malades, des prisonniers et des personnes âgées occupent une grande place dans son emploi du temps. C’est autant de travail nouveau qu’elle dépense à la lumière de ce que sa religion et de ce qu’elle étudie de la psychologie enseignent. Pierrot fait du sport régulièrement et non moins constamment se documente sur les exercices qu’il pratique. Dans les ressources naturelles auxquelles Mariette et Pierrot attachent le plus d’importance, il y a en premier lieu leur santé et l’espace vital que leur procure leur jardin. Même s’ils ne donnaient et ne vendaient rien de leurs récoltes, ils produiraient et leurs moyens de productions, en ce cas toutes à des fins non économiques, seraient les trois moyens que sont du savoir accumulé, des ressources naturelles et du travail nouveau.

Aucun des trois moyens élémentaires de production n’est à proprement parler une marchandise. Le travail en tant que dépense d’énergie humaine n’est pas une marchandise. C’est l’ouvrage réalisé et non la peine prise qui mérite salaire. – salaires dont il importe au plus haut point de parvenir enfin à dégager enfin les lois économiques qui le régissent et que l’expérience confirme. Le savoir n’est pas en lui-même une marchandise, pour deux raisons dont chacune est décisive. 1) Le savoir que X transmet à Y reste en possession de Y, ce qui n’est pas le cas pour tout autre produit du travail, nouveau et passé. 2) Il ne suffit jamais de détenir du savoir pour être en mesure d’en faire un objet vendable car il faut toujours ajouter du travail nouveau pour fournir ce service. Soit, par exemple, une personne dont le bagage de connaissances et l’art de les exposer clairement sont grands. Cette personne ne peut néanmoins un tirer un revenu de cette richesse que si elle publie, professe ou conseille, ce qui nécessite de sa part un travail nouveau. De même, une ressource naturelle n’est elle aussi jamais rien qu’en elle-même une marchandise.

Bien commun

Comme pour le savoir, une ressource naturelle ne suffit jamais à mettre en mesure de l’exploiter à des fins économiques. Même s’il n’y a qu’à cueillir ou à pêcher puis à mettre en vente ou à donner, encore faut-il le travail nouveau de la cueillette ou de la pêche puis celui de la mise en vente ou du transfert.

Faut-il pour autant voir dans toute ressource naturelle et tout savoir un bien commun ? Le recours à la notion de bien commun est une fausse avancée dans la mesure où il sert à repousser l’introduction, dans l’enseignement positif de l’économie, de la théorie objective de la marchandise : propriétés communes à toutes les marchandises, exclusions les plus remarquables, typologie des principales sortes de marchandise.

De la marchandise

Propositions 2.12 à 2.20


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).