Les mutuelles, une mission noble et peu connue?

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Les entreprises payent 50 % de la mutuelle obligatoire.

La maladie, la souffrance, et derrière cela, bien évidemment la mort, ont toujours fait l’objet d’une lutte acharnée. Sans doute certaines sociétés humaines ont fait preuve d’une meilleure inventivité que d’autres pour combattre ces fléaux. Ainsi en est-il du monde industriel, dont Jean Baudrillard disait que sa culture toute entière était accaparée par la lutte contre la fin de la vie.

Il suffit en effet de se pencher un instant sur les directions prises par le progrès scientifique pour comprendre le but que celui-ci poursuit inlassablement : que la souffrance humaine soit de plus en plus supportable, que la mort se produise le plus tard possible et dans les meilleures conditions possibles…

Mais cette lutte contre la maladie, la souffrance et la mort ne s’est pas limitée au progrès scientifique. Car les sociétés dites « développées » ou « industrielles » ont fait preuve d’un incroyable raffinement dans les moyens mis en place, notamment pour accompagner psychologiquement ou financièrement (ce qui revient strictement au même) les moments difficiles de l’existence. Selon une étude du régime de retraite Organic, les premières mesures de ce genre, basées sur l’entraide, c’est-à-dire sur la mutualisation des dépenses, remontent aux sociétés primitives et à leur prise en charge de l’organisation des rituels de passage de la vie à la mort. De même que pendant l’antiquité, on sait par exemple que les compagnons d’esclavage se cotisaient pour offrir des funérailles décentes à leurs confrères, ainsi qu’en témoigne la fameuse stèle d’Hermogène.

Depuis, cette solidarité humaine s’est considérablement organisée pour aboutir, aujourd’hui, dans les sociétés dites « développées », à une offre de moyens particulièrement variées, qui s’étend de la sécurité sociale aux mutuelles, sur fond de progrès médical en constante accélération. Ces moyens visent non seulement les prises en charge financières des enterrements, mais également les coûts de soins de santé de plus en plus sophistiqués.

Plus récemment sont apparues de nouvelles formes d’accompagnement : les aides en matière de souffrance psychologique. Il y a quelques années en effet ont été créées les premières « cellules de soutien psychologique », tout d’abord dans les entreprises et les administrations régulièrement confrontées aux drames de la vie (sociétés de sécurité, armée), puis peu à peu dans l’ensemble des entreprises et les administrations régulièrement confrontées aux drames de la vie (sociétés de sécurité, armée), puis peu à peu dans l’ensemble des entreprises, du fait que tout employeur en France est tenu à assurer « la santé et la sécurité » de son personnel (depuis 2002 et les nombreux aménagements de la Loi qui ont suivi). Les psychologues d’entreprises et les cabinets de soutien se sont multipliés et ont été particulièrement sollicités lors des suicides dans certains grands groupes, et depuis peu, lors de la vague d’attentats terroristes. A présent, tous les aspects de la souffrance humaine sont donc couverts, et pas seulement indirectement via les prises en charge matérielles ou financières.

Les mutuelles sont en première ligne de ce combat. Parmi elles, le Groupe Audiens, dédié aux professionnels de la culture, de la communication et des médias, a été particulièrement impacté lors des attentats terroristes. Pour soutenir les victimes du Bataclan, ce groupe de protection sociale a mis à leur disposition, dans des délais particulièrement courts, une « cellule de soutien et d’assistance ». Composée de psychologues cliniciens, de psychiatres et de personnels d’assistance, cette cellule a fourni soins et secours à une quarantaine de personnes. Il y a d’abord le traitement que nécessite l’urgence immédiate, à savoir les blessures et les chocs traumatiques. Mais le travail se poursuit longtemps après, sur la durée que nécessite inévitablement de telles épreuves.

A l’ombre de services d’Etat beaucoup plus connus, œuvrent ainsi des entités privées particulièrement opérationnelles. Agiles par la force des choses afin d’affronter les pires circonstances de l’existence, elles apportent les réponses individuelles et immédiates qu’aucune autre organisation ne serait en mesure de fournir.


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Claude Robert

Après des études de Sciences Humaines, d'Art et d'un Master puis d'un DEA en Marketing opérationnel, Claude Robert a exercé dans des fonctions de management et d'études de marché quantitatives et qualitatives avant de devenir consultant international en organisation et gouvernance. L'expérience de la direction de projets dans une vingtaine de pays et des organisations très diverses lui apportent un recul particulièrement utile pour la compréhension des comportements humains et de leurs contextes respectifs. Claude Robert est également blogueur à ses heures.