Notre-Dame de Paris a vacillé ; sa fragilité flèche une solidarité

Heure de sidération que ce lundi de la semaine sainte : Notre-Dame brûle. D'aucuns jugent qu’elle peut s’effondrer. Le risque est écarté grâce au courage et à l’abnégation des pompiers de Paris.

Martyrisée, la Cathédrale est debout.

Les flammes sont à peine éteintes que le Président de la République, présent sur le parvis, annonce que l’éternelle demeure sera reconstruite et embellie. Il en fixera la durée : cinq années.

Les souscriptions sont lancées ; les promesses de dons, en 24h, atteignent 1 Md€. La largesse des libéralités et leur nombre traduisent tristesse et émotion qui se sont emparées de la population.

La Cathédrale est la maison de tous.

Le chantier qui s’ouvre est celui d’une France qui se rassemble. La cathédrale est créatrice d’une union sacrée. Cœur de la chrétienté - mais pas seulement – elle témoigne de l’histoire d’un peuple se divisant souvent mais qui, dans les moments les plus cruciaux, trouve avec Notre-Dame une hospitalité réconciliatrice.

Notre Dame de Paris de Victor Hugo a été relu. Furent évoqués la conversion de Claudel à Notre Dame, le 25 décembre 1886, saisi par l’éternelle et déchirante innocence de Dieu ou encore Théophile Gautier dans son poème Notre-Dame (Comédie de la Mort) :

« Pour me refaire au grand et me rélargir l’âme,

Ton livre dans la poche, aux tours de Notre-Dame

Je suis allé souvent, Victor »

En ces heures difficiles, l’âme de la nation s’est ‘élargie’. Très nombreux sont ceux qui appellent à ce que cet élan de générosité vienne éteindre le feu consumant la vie de ces femmes et de ces hommes qui n’ont point de toit.

Si la flèche immortelle (Charles Péguy) est tombée, Notre-Dame flèche l’urgence de cette solidarité. Alors, la Cathédrale revêtira toute sa splendeur pour être ce qu’elle est et doit demeurer : ‘l’incarnation de notre âme commune’, pour reprendre les mots de François Cheng,

Ces cinq années doivent ouvrir un chantier d’humanité sous l’égide de Notre-Dame veillant à l’avancée de ces toits mettant un terme au sans-abrisme. Près de 3000 personnes, à Paris, sont aujourd’hui à la rue.

Quelle splendeur pour la Cathédrale si le jour de sa ré-ouverture elle accueillait ceux qui auraient fait le passage de la rue au toit.

Il n’y aurait pas que Quasimodo, le "Bossu de la Cathédrale" (Victor Hugo) qui se redresserait, mais la France toute entière.


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Bernard Devert

Bernard Devert est le président d'Habitat et Humanisme. Après des études de droit, il intègre un grand cabinet d'administration d'immeubles de la région Rhône-Alpes. Il y restera 11 ans. Rapidement il crée une société de placements immobiliers, puis à 37 ans, sa propre société de promotion immobilière.

Parallèlement, répondant à un appel reçu dans sa jeunesse, Bernard Devert suit un parcours théologique qui le conduira à la prêtrise en 1987. C'est pendant cette période, dans les années 80, qu'il prend conscience des injustices liées au logement et notamment, celles engendrées par la rénovation des centres-villes qui relèguent les classes populaires dans les quartiers périphériques.

La création d'Habitat et Humanisme en 1985 est le résultat de ces deux élans : l'esprit d'entreprise, le "génie" immobilier, et la soif de justice.