L'Opéra de Paris publie son rapport annuel, décryptage

55 %
La part des ressources propres de l'Opéra de Paris se montent
désormais à 55% (contre 45% il y a une dizaine d?années),

Comme les grandes entreprises, l’Opéra de Paris publie un rapport annuel, une source d’information appréciable.

L’Opéra de Paris vient de publier son rapport annuel, et il faut souligner la singularité d’une telle publication. Les entreprises cotées éditent un rapport annuel et des comptes certifiés, c’est d’ailleurs obligatoire et cela se comprend parce qu’elles font appel à l’épargne publique. Mais les organismes qui dépendent, au moins en partie, de l’argent public, sollicitent, de fait, l’argent du contribuable. Les informer devrait constituer, également, la moindre des choses.

Signalons d’ailleurs qu'il s’agit d'une obligation inscrite dans la Constitution puisque la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 stipule, dans son article 14 : "Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée."

Malheureusement ce principe est rarement respecté et, dans le domaine qui nous intéresse, celui de l’art et de la culture, quasiment jamais mis en œuvre. Les associations qui reçoivent de l’argent public doivent publier leurs comptes, mais sans diffusion publique et sans explication, cela n’a pas d’intérêt pour le citoyen-contribuable.

Alors félicitons l’Opéra de Paris pour ce travail. Le bilan chiffré (pages 73 et suivantes) montre d’ailleurs qu’il a su augmenter la part de ses ressources propres, qui se montent désormais à 55% (contre 45% il y a une dizaine d’années), grâce à une progression des recettes de billetterie et du sponsoring. La subvention publique, supérieure à 100 millions d’euros en 2012, a baissé à 95 millions. Si tous les organismes publics faisaient le même effort, le déficit budgétaire serait moins élevé !

Cette hausse des recettes ne se fait pas au détriment de l’accueil des nouveaux publics, au contraire puisque son directeur, Stéphane Lissner, a créé des avant-premières à 10 euros réservées aux moins de 28 ans (une dizaine pas saison), des soirées "moins de 40 ans, moins 40%", etc. Elle ne se fait pas non plus en sacrifiant la qualité, les taux de remplissage (page 83) montrent le large succès public que recueille la programmation. Pour ceux qui voudraient s’y rendre, nous les renvoyons vers notre article sur les bons plans pour aller à l’opéra sans se ruiner.

Suggérons au gouvernement, dans l’optique de mieux gérer l’argent public, de rendre obligatoire (un décret devrait suffire) la publication d’un rapport annuel détaillé par toutes les institutions culturelles, ce serait une décision gagnante à la fois pour l’amateur d’art et pour le contribuable !


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.