Je déteste l'or...

44620 EUROS
Le lingot d'or de 1 kilo valait 44620 euros le 7 janvier 2020.

Patrick Artus un grand économiste directeur de la recherche chez Natixis est l’un des poids lourds de l’analyse économique en France.

Il est professeur associé à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre du Conseil d’analyse économique, du Cercle des économistes et de la Commission économique de la Nation. Il est ancien administrateur de l’Insee. Il est membre du conseil d’administration de Total et l’institut de sondage Ipsos. De 1996 à 2011, il est professeur de sciences économiques à l’École polytechnique… dont il est accessoirement diplômé de même que de Science-Po. Bref, une belle carrière qui n’est pas terminée puisqu’à 68 ans, il est loin d’avoir besoin du retrait d’un âge pivot demandé par quelques millions de gueux !

Or, notre Artus national vient de crier chez Ecorama, qu’il déteste l’or !

Je déteste l’or !

Cette déclaration est surprenante, car elle est affective, pas objective. Elle est irrationnelle, pas analytique. Elle repose sur un sentiment, une opinion, pas sur des faits ou des raisonnements intellectuels.

Hurler « je déteste l’or » c’est plus un aveux qu’un point de vue économique.

Je pense par exemple que l’Europe telle qu’elle est construite à de très nombreux défauts, des défauts qui la condamnent, et qui en font un danger sous certaines formes et sous certains angles. Je ne déteste pas l’Europe.

Je n’aime pas plus l’or que je ne le déteste, j’analyse pourquoi il a un intérêt ou pas.

Patrick Artus nous sort l’argument éculé consistant à dire que l’or ne rapporte rien…

Redisons à ce grand économiste que la monnaie ne rapporte jamais rien. 100 euros en euros, en dollars ou en or, ne vous rapportent et ne vous rapporteront jamais rien.

« Je déteste l’#or. Ce truc est aberrant ; ça ne verse pas de revenus ; c’est le même syndrome que le #bitcoin » @PatrickArtus #Ecorama #Bourse #gold https://t.co/0PwsF1cMwc pic.twitter.com/3e8fcIm6CO

— Boursorama (@Boursorama) January 13, 2020

Ce qui rapporte c’est l’opération économique !

Ce qui rapporte c’est ce que vous faîtes de votre argent. Si vous me le prêtez alors je vous paye un intérêt. Si vous ouvrez une pizzeria avec votre argent alors il vous rapportera ce que vous serez capable de vendre comme pizza. Si vous achetez une maison et que vous la louez, alors il vous rapportera le loyer net de vos charges, si vous acheter une action cela vous rapportera le dividende net de fiscalité etc.

Mais si vous gardez dans votre poche un billet de 200 euros ou une pièce d’or valant 200 euros, vous aurez toujours la même chose au bout d’un an comme au bout de 50 ans… quoiqu’au bout de 50 ans, le billet peut avoir été rongé par une souris, alors que la pièce d’or sera toujours là… physiquement s’entend, mais, il n’y aura rien de plus que ce qu’il y avait au départ.

Artus fait là une première confusion volontaire.

Puis après, il explique qu’il y a mieux à faire que d’acheter de l’or comme par exemple acheter des actions qui, elles au moins, rapportent un dividende… Ce à quoi le présentateur lui rappelle quand même que même les banques centrales achètent de l’or, remarque qu’il balaye d’un revers de main… mais pourquoi donc à votre avis ?

Pourquoi ne par répondre à cette remarque ?

Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or ? Diantre.

Sont-elles stupides à ce point-là ?

L’or n’est pas un placement, il est l’assurance tous risques en cas de refonte du système monétaire ou d’explosion de la bulle de dettes !

Depuis 2007 rien n’a changé. Nous créons de la monnaie et de la dette; la dette étant de la monnaie et inversement.

Si nous avons un problème sur la dette alors nous aurons un problème avec la monnaie.

Pour ne pas avoir de problème avec la dette, nous créons sans cesse plus de monnaie… ce qui posera un problème sur la monnaie.

Tout ceci est vieux comme le monde.

Quand on pense que la monnaie est mal imprimée, mal émise, mal administrée, alors on achète plus d’actifs tangibles comme de l’immobilier ou des terres agricoles. Mais l’on ne peut pas détenir que de l’immobilier car cela manque de « liquidité » et puis cela génère des charges et la nécessité de travaux. On peut acheter des actions d’entreprises et je suis le premier à avoir dit qu’il n’y aurait pas de krach pour Noël car les conditions n’étaient pas réunies, pour autant on ne peut pas mettre la totalité de son épargne dans des actions car la moindre secousse réduit considérablement les patrimoines.

Alors que fait-on ? On diversifie ses actifs en plusieurs catégories. On achète de l’immobilier, des actions, on garde du cash, et puis compte tenu de la gravité de l’endettement dans le monde entier, on prend ses précautions en achetant une assurance anti-monnaie fiduciaire. Cette assurance c’est bien évidemment l’or, qui ne rapporte rien puisqu’il faut le prêter pour obtenir un intérêt ce que font des banques comme la JP Morgan qui prête de l’or. Il ne rapporte rien mais conserve la valeur ce qui est son rôle en cas de problème majeur.

A ce titre, Artus est celui qui expliquait en 2007 dans cette note que « Les marchés financiers croient n’importe quoi. Les corrections successives des marchés d’actions en février-mars 2007 sont liées à une série de craintes des marchés : il peut y avoir une récession aux États-Unis ; la crise du crédit immobilier « subprime » aux États-Unis va déclencher une crise bancaire et financière. Or, toutes ces affirmations sont fausses. La crédulité et l’absence de sang-froid des marchés financiers sont donc remarquables. »

Téléchargez le Flash numéro 110 de mars 2007 pour le relire pour le croire ici : Natixis_flash_marches 110 mars 2007

De la même manière, lorsque Artus vous explique aujourd’hui qu’il faut acheter des actions et qu’il déteste l’or, il pourrait aussi bien dire ou écrire, qu’il n’y a aucun problème avec l’endettement des acteurs économiques, que la valeur de la monnaie est éternelle et parfaitement garantie, qu’il n’y aura pas de réforme du système monétaire international, que toutes ces affirmations sont fausses et que la crédulité et l’absence de sang-froid des marchés sont remarquables…

La liste pourrait encore être longue et nous pourrions rajouter par exemple, que « détester l’or » quand les taux d’intérêt sont largement positifs, ce n’est pas tout à fait la même chose que de le détester quand les taux sont négatifs, ce qui constitue une aberration économique qui pourrait parfaitement justifier d’acheter de l’or un actif qui ne rapporte rien, mais qui ne perd rien non plus…

Bref…

Pourquoi Artus déteste-t-il l’or ?

Pourquoi cette réaction presque violente ? Parce que l’or est un thermomètre et baromètre qui ne doit pas être regardé.

Il ne faut pas en parler.

Quelle question stupide.

En fait le sujet n’aurait pas du être évoqué.

Voilà le fonds de l’histoire.

L’or est un danger pour le système, car si vous parlez d’or vous parlez des problèmes du système. Et ce n’est pas conseillé si vous voulez avoir une belle carrière, bien payée, avec des titres ronflants et des émoluments sonnants et trébuchants.

En fait, Artus déteste l’or, parce qu’il faut masquer le fait que l’or est utile.

Artus et tous les autres détestent l’or, parce qu’en réalité l’or démasque tous leurs propres mensonges économiques.

Encore mieux, plus Artus affirme qu’il déteste l’or, plus cela vous indique qu’en posséder est la chose à faire.

Quand Artus déteste, n’aimez pas, car il n’y a rien d’affectif dans tout cela, vos actions doivent être la conséquence d’une analyse froide et lucide d’une situation économique.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.