Paris : capitale en perdition

80 %
80% des travailleurs à Paris souhaitent habiter ailleurs.

Alors que Paris revendique d’être une des « villes phares » au niveau mondial, chaque jour ajoute un désastre de plus à ce qui est devenu un modèle en perdition. Bien pire encore, c’est le modèle français « un pays, deux systèmes » qui est désormais entré dans la ringardise, droit dans le mur en klaxonnant. D’une part une France périphérique, où plus de la moitié de la population et trois quarts du territoire, 35 millions de personnes, est à l’abandon, entre petites villes, banlieues et monde rural. D’autre part une capitale élitiste est entrée dans une décadence titaniquesque, où l’orchestre joue encore sur la passerelle mais pour peu de temps.

Les meilleurs cabinets de stratégie internationaux commencent à prédire des scénarios de fin du modèle urbain actuel, et de redéploiement sur le territoire en petites unités inférieures à 60 000 habitants. La ruée de nombreux foyers sur les métropoles régionales, les sondages montrant que 80% des travailleurs à Paris souhaitent habiter ailleurs, le prouvent… à condition que les transports fonctionnent… !

Successivement la mégapanne de Montparnasse en pleins départs d'été, le naufrage de la ligne 1 du métro avec ses passagers abandonnés plusieurs heures, l’incapacité de la tour Eiffel à accueillir ses visiteurs, les Vélib' et Autolib' en débâcle, viennent de montrer en quelques jours à quel point la capitale est en perdition permanente.

Tous ces désordres empêchent l’administration de fonctionner sereinement. Des scandales parcourent régulièrement la police, les pompiers, dont les effectifs sont à bout, à force de gérer l’exceptionnel tous les jours depuis des années. L’Éducation nationale ne parvient plus à former correctement des effectifs scolaires dont seule une petite partie sortira indemne des territoires perdus de la République. L’entretien des immeubles et monuments publics n’existe plus, ce qui oblige à les refaire entièrement à intervalles réguliers. Les transports individuels et collectifs sont intégralement saturés. L'aide sociale gère les urgences des urgences. Les services sanitaires et les hôpitaux sont dans un état déplorable avec des effectifs démotivés et abandonnés de la femme de service au chirurgien, des monstres ingérables à force de pseudo rationalisation, une qualité de service totalement dégradée. L'eau et l'électricité, les autoroutes, sont désormais confiées à des financiers qui ont en fait un casino dont pourtant le désastre Enron devait nous apprendre l'issue. A peine démarré, le projet Grand Paris dérape déjà de 20 milliards.

Seuls quelques bobos et leurs courtisans persistent dans un narcissisme désuet qui confine au ridicule, avec le concours de communicants à la langue de bois dont plus personne n’est dupe avec les réseaux sociaux. Les Champs Elysées, « plus belle avenue du monde », sont régulièrement en proie à des émeutes urbaines et à des scènes de pillage. Même la Coupe du monde de football en a été gâchée. La Tour Eiffel endormie ne parvient plus à accueillir ses visiteurs et commence à être rayée du catalogue des agences internationales de tourisme. Les palaces parisiens sont un à un éreintés par les critiques gastronomiques internationaux lassés par leur arrogance et leur mauvais rapport qualité-prix. Les pickpockets sévissent dans tous les lieux touristiques et les lignes de transport. Des véhicules sont régulièrement dévalisés à main armée sur les avenues et autoroutes. Des hold-ups ont lieu régulièrement au cœur de Paris dans les meilleures boutiques de luxe.

L’état de crasse générale est partout dans la capitale, administrations, monuments, transports. Paris est aussi désormais la capitale mondiale des rats et des poubelles. Roissy est régulièrement classé parmi les pires aéroports au monde pour sa saleté, ses retards, la faible qualité de ses services, les vols, etc… Le système Vélib' a volé en éclat alors qu’il fonctionne dans de nombreuses autres villes où le parc est même renouvelé en une seule nuit comme à Lyon. Autolib' vient de sombrer dans un désastre financier et technologique chiffré en centaines de millions d’euros. Les enquêtes Insee Srcv révèlent sur deux à trois ans une progression de près d'un tiers de la pauvreté extrême en région parisienne, qui frappe un ménage sur six.

La France est peut-être le premier pays visité au monde, mais au prix de performances exécrables. Le revenu par touriste est parmi les plus faibles des dix premiers pays mondiaux. Pourquoi ? Parce que le modèle français repose sur des stéréotypes parisiens qui ne séduisent plus personne par leurs nuisances, files d'attente, cars parqués dans des vapeurs diesel, tarifs prohibitifs de prestations médiocres, boutiques de luxe aux profits sans lendemain, monuments publics saturés sans attrait et très mal mis en valeur ou entretenus. Les statistiques nous apprennent que le montant dépensé par touriste à Paris est inférieur de près de moitié à ce qu’ils dépensent aux USA ou en Thailande, malgré tous nos atouts. Seules quelques régions françaises arrivent à satisfaire correctement les visiteurs étrangers sur des goûts contemporains proches de valeurs écologiques, de produits naturels, et d’agrément du cadre de vie. Même une ville comme Roubaix, souvent décriée pour être l’une des pires de France, a réussi à produire un modèle récompensé au plus haut niveau européen.

Une malédiction poursuit les villes lauréates des Jeux Olympiques. Après Athènes, Mexico, Rio de Janeiro, on frémit à ce qui attend Paris, qui s’est peut être réjouie trop tôt d’une victoire à la Pyrrhus. On peut se poser des questions sur les raisons qui ont motivé Los Angeles à se retirer « volontairement » de cette date.


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Ludovic Grangeon

Ludovic Grangeon a été partenaire de plusieurs réseaux d’expertise en management et innovation sociale de l'entreprise. Il milite à présent pour le développement local et l’équilibre des territoires au sein de différentes associations. Il a créé en grande école et auprès des universités  plusieurs axes d’étude, de recherche et d’action dans le domaine de l’économie sociale, de la stratégie d’entreprise et des nouvelles technologies. Il a également été chef de mission et président de groupe de travail de normalisation au sein du comité stratégique national Afnor management et services. Il a participé régulièrement aux Journées nationales de l’Economie, intervenant et animateur.

Son activité professionnelle a été exercée dans l'aménagement du territoire, les collectivités locales, en France et auprès de gouvernements étrangers, à la Caisse des Dépôts et Consignations, dans le capital risque, l’énergie, les systèmes d’information, la protection sociale et la retraite.