Politique monétaire : un cerveau plus blanc que blanc

30 milliards ?
La BCE va continuer à racheter 30 milliards d'euros d'obligations par
mois.

Politiques fiscales et monétaires sont les deux modes de lavage de cerveau les plus utilisés par la Parasitocratie. L’absence de krach prouve qu’ils sont toujours efficaces.

La BCE a communiqué sur ses futures nuisances monétaires. M. Mario Draghi continuera à racheter 30 Mds€ par mois d’obligations, de janvier à septembre 2018 inclus. Et plus ou plus longtemps si nécessaire. Les définitions les plus gentilles du lavage de cerveau parlent de « communication persuasive ». Vu la réaction toujours enthousiaste des marchés aux opérations de faux-monnayages des banques centrales, je ne suis pas certaine que cette description soit à la hauteur. Vous pouvez glaner sur internet d’autres définitions moins anodines.

« Le lavage de cerveau est une sorte de programmation mentale. A travers différentes méthodes, on altère la pensée et l’action d’une personne à son insu. Le lavage de cerveau, aussi appelé manipulation mentale ou contrôle de l’esprit, est une forme active de la manipulation des pensées d’une personne, en détruisant d’abord la personne psychologiquement. Il est conçu pour infliger entièrement un programme à quelqu’un contre sa volonté. »

De nos jours, tout gouvernement souhaite modifier – altérer les actions des citoyens. Chaque loi, chaque décret a cet objectif : inciter ou dissuader. Les politiques fiscales et monétaires sont les leviers préférés de nos politiciens (dont beaucoup se débrouillent pour échapper à l’impôt et donc à leurs propres mesures). Peut-on parler de « lavage de cerveau » ? Notre comportement est-il vraiment modifié « à notre insu » ? Nous nous employons assidument à conserver un cerveau encombré de cellules grises actives et indépendantes. C’est souvent très fatigant.

Les doses de lessive sont devenues tellement massives, accompagnées de torrents de liquidités de fausse monnaie, avec des additifs puissants tels que l’invocation de l’intérêt général ou de sa variante, l’intérêt public. Les cerveaux des investisseurs semblent lavés plus blanc que blanc, le krach impossible. Pour se défendre, le mieux consiste à se raccrocher à des choses simples, concrètes, validées par votre expérience et par l’Histoire. Quelques exemples :

- Des taux d’intérêt négatifs sont une aberration totale et absolue, inédite dans l’histoire. Le sablier du temps ne s’est pas arrêté par la volonté des banques centrales. La mise à disposition de vrai capital pour un certain temps s’est toujours monnayée depuis que la monnaie existe.

- Le rapport cours sur bénéfices (futurs ou corrigés des cycles économiques) d’une action reste le moyen le plus efficace de savoir si cette action est chère ou pas. Les actions ne doivent pas s’évaluer relativement aux obligations, surtout lorsque les taux sont manipulés. Elles doivent s’évaluer dans l’absolu, en fonction de ce qu’elles sont susceptibles de rapporter. Même avec des taux à zéro ou négatifs sur les obligations, payer une action 400 fois ses bénéfices annuels n’a aucun sens, surtout si votre espérance de vie se compte en décennies.

- Descendez au coin de la rue et voyez ce que vous pouvez vous procurer avec des bitcoins, ethereums et autres. Après avoir fait vos emplettes (j’espère que vous n’habitez pas la Creuse), imaginez ensuite une coupure internet. Décidez par vous-même si une cryptomonnaie est vraiment une monnaie ou si ce ne serait pas plutôt un système de transaction dématérialisé au même titre, par exemple, que le réseau SWIFT qui fait fonctionner votre carte bancaire.

- Les tailleurs de silex, les scribes, les palefreniers, neuf ouvriers agricoles sur 10 ont disparu, mais le travail existe toujours.

- Partager différemment un gâteau n’augmente pas le gâteau. S’il suffisait d’augmenter les impôts pour enrichir un pays, depuis le temps, ça se saurait. La redistribution et l’augmentation des impôts n’ont jamais rendu un pays plus prospère.

- A ma connaissance, il n’y a pas dans l’histoire une expérience de création monétaire qui ce soit bien terminée. Certaines durent plus longtemps que d’autres.

- Cette fois, ce n’est pas différent. Maxime à répéter à chaque pas lorsque vous ne pensez à rien et même lorsque vous pensez à quelque chose.

Mais revenons à l’actualité brûlante et au lavage de cerveau pratiqué par notre Mario Draghi…

« La pression sur les prix domestique est toujours faible dans l’ensemble et les perspectives économiques ainsi que le chemin de l’inflation reste conditionnés au soutien apporté par la politique monétaire. »

Le président de la BCE veut à tout prix nous faire prendre le chemin de l’inflation. Si votre cerveau est encore gris et pas plus blanc que blanc, vous savez que l’inflation n’est pas une bonne chose, surtout dans des pays où la population vieillit. En effet, nous sommes tous consommateurs de choses variées. A ce titre, c’est la baisse des prix et pas leur hausse dont nous profitons. En revanche, nous ne sommes producteurs qu’à un certain moment de notre vie et notre production à chacun est spécialisée. Nous sommes éventuellement chacun intéressé à ce que le prix de notre propre production augmente, mais pas le reste. L’intérêt général – si tant est que cette notion ait un sens – est donc uniquement celui du consommateur. Il commande qu’il n’y ait pas d’inflation mais au contraire une baisse des prix sous l’effet de gains de productivité.

La politique de M. Mario Draghi ne défend pas l’intérêt général. Elle défend les intérêts particuliers de la Parasitocratie qui se nourrit de dettes. Elle est stupide et elle nous mène à la catastrophe. Les injections de fausse monnaie vont passer de 60 Mds€ à 30 Mds€, la belle affaire ! Tout est déjà trop cher. Le ratio cours sur bénéfice des principaux indices sont devenus exorbitants.

Le PER de l’indice large américain est de 31,26, plus élevé qu’en 2008 et 1929. Ce qui veut dire que vous remboursez votre investissement en plus de 31 ans. Bonne chance…

Pour plus d’informations, c’est ici


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Simone Wapler

Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.

Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.