Le Portugal dépasse les 100 % d'énergie renouvelable

103,6 %
Au Portugal, la production de 4 812 GWh en mars équivaut à une
production de 103,6 % des besoins.

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Comme vous le savez, je trouve que l’un des pays les plus intéressants d’Europe est certainement le Portugal.

Des habitants aux comportements charmants, le morne quotidien français nous ayant fait oublier ce que devait être la normalité d’une vie en société.

Une fiscalité relativement douce.

Un État relativement absent.

Une police très discrète avec assez peu de radars sur la route.

Des infrastructures devenues aussi modernes que celles de la France qui n’ont cessé de se dégrader ces 30 dernières années, car finalement… aucune de nos grandes infrastructures n’a particulièrement évolué depuis 30 ans (les hôpitaux sont les mêmes, les voies de chemin de fer, pareil, etc.). Nous avons rajouté quelques portions de route certes, quelques lignes TGV et un grand viaduc à Millau, mais cela ne change pas les infrastructures globales de notre pays qui, elles, vieillissent et se dégradent.

Bref, si le Portugal séduit autant les Français, qui n’en peuvent plus de la dégradation de la mère patrie et décident de voter avec leurs pieds en partant se faire taxer par des gens plus aimables, avec un climat plus doux, une sécurité sans pareil le tout dans un pays moderne dont le confort n’a plus rien à envier au nôtre, il ne faut pas s’étonner.

En plus, le Portugal vient de réussir sa transition énergétique !

Le Portugal dépasse les 100 % d’énergie renouvelable

Les barrages portugais ont fourni 55 % de l’électricité du pays en mars. Pendant ce temps-là, nous, nous allons les vendre, les privatiser et les brader… Funeste politique.

Enfin, au mois de mars 2018, le Portugal a produit plus d’énergie renouvelable qu’il n’en a utilisée. « Mais le surplus d’énergie n’est pas utilisé, faute d’interconnexion entre le pays et le reste de l’Europe »… Et comme l’énergie, cela ne se stocke pas vraiment, quand le Portugal produit trop, personne n’en profite.

Alors est-ce que dans le cas portugais, les énergies renouvelables peuvent faire définitivement le travail ?

Oui statistiquement, puisque la production de 4 812 GWh en mars, soit plus que leurs besoins qui se sont élevés à 4 647 GWh, équivaut à une production de 103,6 % des besoins.

Le problème reste toujours le même, à savoir l’intermittence de ces énergies. Pas de soleil la nuit, et pas forcément du vent, mais tout de même de l’eau… Bref, c’est complexe mais c’est possible.

Après, pour stabiliser tout cela, le Portugal a recours aux énergies fossiles, mais il faut le dire de manière particulièrement anecdotique, faisant chuter massivement les besoins par exemple en importations d’hydrocarbures et augmentant ainsi très significativement l’autonomie énergétique de ce petit pays, qui n’était pas connu jusqu’à présent pour ce tour de force.

L’augmentation des capacités renouvelables est l’un des points clés de l’Union de l’énergie. Au mois de mars, le Portugal s’est plusieurs fois servi de la production propre, principalement éolienne et hydraulique, pour répondre à la totalité de ses besoins électriques.

Il y a un an, en mars 2017, les énergies renouvelables n’avaient fourni que 62 % de l’électricité portugaise.

Au niveau européen, nous parlons d’un objectif de 27 % d’énergies renouvelables d’ici 2030… La France est très en retard en raison du poids de notre industrie nucléaire et de notre lobby du même nom.

Nous nous empêtrons dans la gestion sans fin de nos déchets nucléaires et dans les coûts monstrueux du démantèlement de nos centrales que nous sommes bien incapables de réaliser, en se gaussant du faible coût de production de notre énergie alors que nous ne prenons en compte qu’une tout petite partie de l’équation, à savoir la production sans y rajouter les coûts de retraitement, de stockage et de démantèlement… Je n’ose même pas évoquer le cas d’un accident qui rendrait inhabitable un quart de notre si « petit » pays.

La désunion européenne

Union bancaire ? Non.

Union fiscale ? Ha ha ha.

Union sociale ? Pas vraiment.

Union militaire ? Pas facile.

Union budgétaire?  Hors de question !

Union énergétique ? Y en n’a pas, et comme on l’apprend dans cet article d’euractiv.fr…

« Les interconnecteurs, et en particulier les câbles électriques, sont un élément essentiel de l’Union de l’énergie pour assurer un vrai marché unique de l’électricité. Ils permettent en effet de faire circuler les surplus produits d’un État à l’autre en fonction de la demande.

Une fonction particulièrement importante pour le renforcement des capacités renouvelables, par définition instables et dont les possibilités de stockage sont encore insuffisantes.

Le 11 mars, par exemple, le Portugal a généré 143 % de son électricité à partir des renouvelables. Pourtant, par manque de réseau connecté étendu ou d’une possibilité importante de stockage (par exemple grâce à des batteries nouvelle génération), cette énergie n’est pas entièrement utilisée »…

En clair ? Il n'y a pas de connecteur électrique permettant d’utiliser la production portugaise en surplus et d’éteindre une centrale à charbon allemande…

L’Union européenne est une structure profondément dysfonctionnelle à peu près sur tous les domaines importants, même pour l’énergie.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.