Pourquoi croire à la résistance du bitcoin ?

2009
Le bitcoin a été lancé en 2009.

Qu’est ce qui fait que le bitcoin, la cryptomonnaie mère, ne meurt pas même si beaucoup crient à la bulle et à l’arnaque ?

Les analystes du rapport d’Incrementum ont le mérite d’apporter une réponse claire à la question du sous-jacent de la valeur de l’actif intangible qu’est le bitcoin. « L’idée fausse la plus répandue est que les actifs intangibles n’ont pas de valeur. Si cela était vrai, de nombreux actifs que l’on négocie n’auraient aujourd’hui aucune valeur. La valeur est subjective et basée sur les préférences individuelles. […] L’intérêt [que les cryptomonnaies] suscitent auprès d’une part croissante des millenials exige un examen sérieux, précisent-ils. « Le mouvement hyperdéflationniste du bitcoin est dû au fait que des investisseurs injectent leur confiance dans la cryptomonnaie. C’est l’opposé de l’hyperinflation où des monnaies fiat hautement dévalorisées provoquent une crise de confiance ».

Par ailleurs, les auteurs font une intéressante comparaison entre l’or et le Bitcoin. Plus précisément, ils citent Robert Murphy, lequel fait remarquer que : « … même avec l’or, il existe la possibilité d’une très grande découverte qui le rendrait inapproprié en tant que monnaie. (Ou, dans le futur, on pourrait avoir des machines qui réorganiseraient la matière en vue de transformer des matériaux de base en or.) Ce genre de chose ne peut pas se produire avec le bitcoin ».

Bulle ou pas bulle ?

Trois scénarios d’évolution pour le bitcoin Les auteurs partent du constat selon lequel « du fait de frais de transaction élevés et de la latence du réseau, Bitcoin est [jusqu’à présent] meilleur en tant que moyen de stocker de la valeur qu’en tant que moyen d’échange », d’où le fait que la plupart des utilisateurs de cryptomonnaies les thésaurisent. Trois scénarios s’ensuivent.

1. Bitcoin devient un moyen de stocker de la valeur. Dans ce cas, « le cours de Bitcoin pourrait s’équilibrer et la volatilité diminuerait drastiquement ».

2. Bitcoin devient un moyen de stocker de la valeur et un moyen d’échange. La vision originelle d’un « système de cash électronique » telle qu’envisagée par Satoshi Nakamoto se réalise et Bitcoin fait de la concurrence aux monnaies à cours légal. La population n’a plus besoin de convertir ses bitcoins en euros ou en dollars, elle peut les dépenser directement.

Par conséquent, le cours du bitcoin augmente… enfin dans la mesure bien sûr où il n’est pas strictement interdit par les Etats.

3. Bitcoin ne devient ni l’un ni l’autre et le cours s’effondre. Suite à la concrétisation de l’une ou l’autre des menaces évoquées plus haut, la valeur de bitcoin rejoint zéro.

Mais quel scénario à plus court terme ?

Selon l’analyse technique : refroidissement en vue

La partie du rapport dédiée à l’analyse technique est en grande partie due à Florian Grummes, fondateur de la société Midas Touch Consulting. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il intervient sur le sujet pour Incrementum. Après la hausse fulgurante qui a porté les cryptomonnaies « trop près du soleil » et la forte correction qui s’ensuivit (quasiment -70% en dollars entre le plus haut du 17 décembre 2017 et le plus bas à moins de 6 000 $ du 6 février 2018), Florian Grummes dresse trois constats :

Tout d’abord, « sur le plan technique, la correction n’est pas encore terminée. Nous pourrions être entrés dans un ‘crypto hiver’ qui pourrait durer plusieurs mois ou plusieurs années ».

Ensuite, « le sentiment sur le marché des cryptos est toujours extrêmement optimiste, pour ne pas dire idéaliste ». Enfin… pour ce qui est de monsieur et madame Tout-le-Monde, car les différents intervenants n’opèrent pas de la même façon : « les larges positions vendeuses détenues par les hedge funds et les fortes positions haussières détenues dans le même temps par les petits spéculateurs suggèrent une baisse du cours à venir », précise Grummes. Enfin, et par conséquent, la stratégie buy and hold pourrait bien ne plus être la meilleure. Florian Grummes fait le parallèle avec la bulle des dotcom :

« Les investisseurs qui ont connu la bulle internet à la fin des années 1990 savent que la stratégie classique de buy and hold finira par ne plus fonctionner. Un investisseur pouvait avoir raison pendant de nombreuses années, mais s’il a manqué de vendre durant les plus hauts de 2000/2001, il a perdu l’intégralité de son investissement. »

C’est pourquoi une stratégie buy and hold doit être accompagnée d’une « stratégie appropriée de gestion du risque ». Dans sa dernière analyse technique publiée le 22 mars sur son propre site internet, Florian Grummes précise que « jusqu’ici, rien n’indique que le ‘crypto hiver’ soit terminé. […] J’attendrais à nouveau patiemment une autre situation de survente pour acheter le creux et, en même temps, je profiterais de tout regain des cours au niveau des 10 000 $ pour ouvrir/renforcer mes positions hedge et short ».

Il faudrait que le cours dépasse les 14 500 $ à court terme pour que l’analyste révise son diagnostic baissier.

Pour vous remonter le moral, Florian Grummes vous fait néanmoins cadeau de ce joli proverbe bucolique : « aussi longtemps que dure l’hiver, le printemps suivra toujours » ! Il précise également qu' »après un hiver dur et peut-être amer, il est certainement possible de voir le bitcoin atteindre les 50 000 $ ou les 100 000 $ dans la décennie à venir ».

Quoi qu’il en soit, on ne répétera jamais assez la recommandation suivante : « n’investissez pas plus d’argent que vous ne pouvez vous permettre d’en perdre ». Il n’y a pas que moi qui le dis, c’est aussi le cas de Vitalik Buterin, le célèbre co-fondateur d’Ethereum ! Je vous propose de conclure sur un propos de Taleb. Pour l’écrivain et statisticien libano-américain, que Bitcoin soit un succès ou au contraire qu’il échoue, la création de cette « première monnaie organique » a eu le mérite de montrer aux gouvernements que « la monnaie n’est plus leur monopole », nous offrant ainsi « une police d’assurance contre un futur orwellien ». N’est-ce pas là l’essentiel ?

Alors longue vie au bitcoin !

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Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l'IEP de Strasbourg, du Collège d'Europe et de l'Université d'Aix-Marseille, il intervient pour les publications Agora en tant qu'éditorialiste. Il est notamment l'auteur de "Investir sur le marché de l'Or - Comprendre pour agir", paru aux éditions SEFI Arnaud Franel.