Le prendre-soin signe la sagesse

Nous courions, nous courions après quoi ? Le temps, sans trop s’inquiéter des ruptures et des abîmes alors que la Société se parcellisait. Soudain, l’inimaginable a surgi : tout s’est arrêté brusquement ; la « grande faucheuse » était là, d’où ce confinement d’urgence pour se protéger. Les villes sont devenues silencieuses comme figées et quelque peu hébétées par un virus invisible et destructeur.

Si les usines, magasins et bureaux ont fermés, les cœurs se sont ouverts. Qui n’a pas partagé à son voisin, à ses proches, des expressions qui n’avaient pas cours comme celles « prenez soin de vous », « faites attention à vous, mais aussi aux autres ». La civilisation du soin dans ce contexte si difficile jaillirait-elle. Toujours, dans les épreuves de nouvelles priorités naissent. Celle qui s’impose est le respect de la vie ; l’humain l’a emporté sur l’économisme.

Lors de sa première allocution annonçant le confinement, le Président de la République en appelle à l’essentiel à rechercher personnellement et collectivement. Quel est-il, si ce n’est apprendre à se défaire de l’inutile, de l’indifférence, sources d’iniquité et de conflits.

Aller vers l’essentiel est toujours un combat qui finalement est celui du prendre-soin. Cette lutte conduit à s’intéresser aux plus vulnérables en les rejoignant sur le champ de leurs décombres que nous ne voulions pas voir, le manque de temps se révélant l’alibi de nos barrières intérieures.

Le sans-abrisme est apparu enfin pour ce qu’il est : une gangrène du corps social.

Permettez-moi de vous partager l’engagement de cet enseignant offrant une formation pédagogique aux enfants venant de la rue, hébergés dans un hôtel avec leurs mamans, pour le temps du confinement. Les riverains se sont aussi beaucoup mobilisés, prenant le temps de rencontres chaleureuses.  Que deviendront-elles, je ne sais mais elles laisseront le goût de l’autre. Si les barrières de protection sont visibles, la rupture de l’indifférence l’est plus encore.

La crise sanitaire fera date ; elle marquera l’essai d’une cohérence et de cohésion dans les relations.  Nul doute que ce traitement confèrera au corps social tout entier la chance de se guérir d’un mal qui, s’il accable les plus vulnérables, dessèche aussi l’unité de la Nation.

Tout s’est arrêté. Une chance pour que se lève une lumière permettant de voir que le soin, le prendre-soin de l’autre sont chemins d’humanité.


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Bernard Devert

Bernard Devert est le président d'Habitat et Humanisme. Après des études de droit, il intègre un grand cabinet d'administration d'immeubles de la région Rhône-Alpes. Il y restera 11 ans. Rapidement il crée une société de placements immobiliers, puis à 37 ans, sa propre société de promotion immobilière.

Parallèlement, répondant à un appel reçu dans sa jeunesse, Bernard Devert suit un parcours théologique qui le conduira à la prêtrise en 1987. C'est pendant cette période, dans les années 80, qu'il prend conscience des injustices liées au logement et notamment, celles engendrées par la rénovation des centres-villes qui relèguent les classes populaires dans les quartiers périphériques.

La création d'Habitat et Humanisme en 1985 est le résultat de ces deux élans : l'esprit d'entreprise, le "génie" immobilier, et la soif de justice.