Un président a-t-il besoin plus des pauvres que des riches pour être élu et gouverner ?

Tous les présidents ont été élus par qui ? Pas par les riches puisqu’ils ne représentent qu’une part minime des électeurs. Alors par qui ? En majorité par des classes moyennes et des plus pauvres puisque ces catégories sont celles qui de loin rassemblent le plus grand nombre d’électeurs potentiel.

Les Gilets jaunes comme d’autres partis que je ne nommerai pas, reprochent et ont reproché aux trois derniers présidents d’avoir favorisé les plus riches au dépend des plus pauvres.

Les Gilets jaunes reprochent à Macron d’avoir supprimé l’ISF et fait beaucoup de cadeaux fiscaux aux plus riches.

Hollande lui, s’est fait attaquer pour avoir institué entre autres le CICE, encore très critiqué sous l’ère Macron qui l’a pourtant transformé en déductions de charges.

Sarkozy n’y a pas coupé non plus avec son passage sur un yacht, au Fouquet's et surtout lors de la mise en place en 2007, du bouclier fiscal favorisant les riches au détriment des plus pauvres.

Leur intérêt premier est de réussir en laissant une image positive de leur passage, être aimé et reconnu. Mais comment réussir dans un pays criblé de dettes, avec des prélèvements hors du commun. Entre revenir à une gestion saine en baissant le déficit, imposé par Bruxelles et diminuer les prélèvements, taxes, impôts, même si pour ces derniers nous sommes un pays qui en payons le moins, la marge est tellement importante que cela paraît impossible. Et pourtant pour être réélu il est nécessaire d’être bien perçu, vénéré, mais comment ? En diminuant le chômage, la misère, pour satisfaire les plus pauvres qui sont les plus nombreux à voter, car les plus riches ne pèsent pas lourd sur la balance électorale.

Alors pourquoi Macron homme de gauche sous Hollande, se sacrifierait-il en s’alliant aux riches qui ne pourront jamais le faire réélire ? Et pourtant il est devenu rapidement dans l’opinion, le président des riches encore plus que ses prédécesseurs. Il aurait été beaucoup plus simple et plus propice pour lui à court terme de favoriser et de satisfaire les plus pauvres qui sont les plus nombreux. Sa cote de popularité s’en trouverait au zénith, il serait aimé par presque tous les citoyens qui seraient heureux, satisfaits et même reconnaissants. C’est ce qu’avait fait François Mitterrand en 1982, lorsqu’il a mis rapidement en place après son élection par ordonnance, les 39 heures, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés, le 8 mai remis férié. Une grande partie des français le portait aux nues, en le proclamant le meilleur président que la France n’est jamais eue, équivalent au « grand Charles de Gaulle ». Sauf les électeurs les plus réalistes, les plus visionnaires, gestionnaires qui voyaient la France partir dans le mur. Ce qui est d’ailleurs arrivé, puisque dans les premières années de son « règne » il y a eu trois dévaluations du franc et ensuite la mise en place de la CSG…

Alors quel est l’intérêt de Macron de ne pas se faire aimer ? Il est intéressant de se poser la question. Il a la certitude et la conviction que cela n’est pas du tout la bonne direction à prendre pour remettre sur pieds le pays. Il faut rappeler que nous sommes tout proche d’avoir une dette qui va dépasser le montant du PIB, que nous avons des entreprises avec des marges dans les plus faibles d’Europe : 10 points de moins que nos voisines allemandes, cause de fermetures d’entreprises, délocalisations et d’exportations non suffisantes. Les causes principales viennent de charges trop importantes, un taux global d’imposition des plus élevé d’Europe, des aides sociales qui atteignent des montants records (759 Mds d’euros gestion comprise par an).

Alors trouver des solutions en essayant de garder les riches en France et même les faire revenir, attirer un maximum de sociétés étrangères pour favoriser les emplois, les commerces, est-ce contraire aux intérêts du pays et des français ? est-ce une politique favorisant les riches ? Je ne crois pas. La France a besoin de finances, de grands patrons pour faire « tourner » de belles sociétés rentables capables de redistribuer financièrement à tous, les résultats. Pourquoi la redistribution ne semble pas équitable ? C’est en partie due à une fiscalité dissuasive sur les salaires qui ampute fortement la redistribution salariale. Et pourquoi ? Les français « base 35 heures et leur sortie à 62 ans » ne travaillent assez, ce qui rend peu rentable les entreprises et poussent chaque gouvernement à augmenter les prélèvements et cela depuis plus de quarante ans !

Pourquoi alors augmenter la taxe carburant pour l’écologie, augmenter la CSG, alors que l’on sait que ce sera impopulaire ? (Même si du lest a été lâché: diminution de charges salariales, suppression de la taxe d’habitation) Il en faut du courage, alors qu’il aurait été beaucoup plus simple de ne rien faire ou de distribuer de l’argent à tout va pour devenir très populaire, facilement réélu, quitte à ruiner la nation !

Beaucoup se lâchent, s’expriment, les revendications sont multiples, la colère gronde, rend aveugle, là où chacun aurait besoin de beaucoup de lucidité pour sortir tous ensemble notre pays de son enlisement progressif.

www.danielmoinier.com


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Daniel Moinier

Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.

Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.