Présidentielle 2017 : la question de la mondialisation fait pencher le vote

88 %
Pour 88 % des Français le programme du candidat compte lors du choix
du vote.

Q1 : Pour juger un candidat à la présidentielle, pour vous le plus important entre ces deux critères, c’est… ?

Son positionnement politique sur une échelle gauche/droite : 44 %

Ses positions face à la question de la mondialisation : 53 %

NSP : 3 %


53% des Français interrogés déclarent juger un candidat en fonction de ses positions face à la mondialisation plutôt que sur le clivage gauche/droite.

Nous savons depuis un mois que l’élection présidentielle en France en 2017 ne sera pas une élection comme les autres. Outre le fait que le président de la République sortant ne se représente pas à sa propre succession et que les favoris des primaires des deux principaux partis ont été pulvérisés par le scrutin, nous allons peut-être assister à un changement de paradigme politique en France.

En effet, le clivage droite/gauche traditionnel semble en passe d’être dépassé pour choisir un candidat à la présidentielle. C’est en tous cas ce que montre le sondage OpinionWay de cette semaine pour LCI et Tilder : 53 % des Français interrogés affirment juger plus important de choisir un candidat en fonction de son positionnement sur la mondialisation plutôt qu’en fonction de son positionnement politique traditionnel entre gauche et droite.

S’il fallait un signal faible supplémentaire de la capacité de Marine le Pen de peser dans le débat politique en imposant ses thèmes, le voici. C’est en effet elle qui a plaidé, il y a peu, pour un changement de clivage en France avec l’émergence d’une séparation entre les « défenseurs de la mondialisation » d’un côté et les « patriotes » de l’autre côté.

Si l’on regarde plus en détails les résultats du sondage, il apparaît que ce sont majoritairement les catégories socio-professionnelles populaires (CSP -) qui considèrent que le positionnement sur la mondialisation doit l’emporter sur le clivage traditionnel. Cela induit le fait que ce sont plutôt les catégories, qui affirment souffrir de la mondialisation, qui prennent position pour ce critère qui transcende les clivages traditionnels.

En effet, du côté des « patriotes », parmi les candidats à l’élection présidentielle, on trouve Messieurs Hamon et Mélenchon, Dupont-Aignan avec Madame le Pen et du coté des défenseurs de la mondialisation, on trouve au premier rang Emmanuel Macron. Le cas de Monsieur Fillon est plus compliqué à trancher entre les deux univers, étant donné qu’il dispose de partisans dans les deux camps.

En communication politique, ce résultat appelle deux commentaires :

D’abord que dans cette « drôle de campagne » comme il y a eu naguère une « drôle de guerre », les repères traditionnels de communication sont brouillés. Celui ou celle qui réussira dans les 65 derniers jours de campagne à imposer un thème mobilisateur prendra une option sur la qualification au second tour de l’élection. En axant sa stratégie de communication sur un changement de paradigme politique, qui la place en défenseuse de la souveraineté de la France face au représentant de la mondialisation incarné par Emmanuel Macron, Marine le Pen réussit à éliminer François Fillon du débat et désigne, en quelque sorte, non seulement son adversaire principal, mais aussi le terrain de l’affrontement. En préemptant le thème principal du débat et le l’adversaire, Marine le Pen marque un point d’autant que l’opinion publique la suit d’une courte majorité.

Ensuite, comme il apparaît de plus en plus délicat aux Français de trouver une différence notable entre la droite et la gauche et leurs critères de sélection se déportent sur des critères apparemment plus tangibles. Pour autant ce nouveau positionnement ne permet pas, à priori de constituer une majorité à l’Assemblée nationale. Il y a dans les deux camps trop de différends et de différences pour espérer pouvoir obtenir une majorité avec les pro mondialisation ou avec les « souverainistes ». Comment imaginer voir Madame le Pen gouverner avec Monsieur Melenchon ? C’est peut-être un peu moins vrai pour les défenseurs de la mondialisation, qui de Monsieur Macron à Monsieur Bayrou en passant par le centre droit pourraient s’entendre ? Mais à la moindre crise, il est aisé d’imaginer que les clivages traditionnels reprendront leurs droits et que les alliances voleront en éclats.

Finalement si un changement manifeste dans le critère de choix d’un président de la République est, peut être, en train de s’opérer, il apparaît que le traditionnel clivage gauche/droite a encore de beaux jours devant lui pour donner une couleur politique majoritaire à l’Assemblée nationale.


 

Q2 : Le programme d’un candidat à la présidentielle compte t-il pour vous beaucoup, assez, peu ou pas du tout dans le choix du candidat pour lequel vous voterez au premier tour ?

Sous total compte : 88 %

Sous total « ne compte pas ou peu » : 11 %

NSP : 1 %
 

88% des Français interrogés considèrent que le programme d’un candidat compte dans le choix du vote du 1er tour.

On reproche à Emmanuel Macron de ne pas avoir encore dévoilé son programme pour la présidentielle, alors que nous ne sommes qu’à 65 jours de l’échéance. Le candidat allant même jusqu’à affirmer qu’un programme, qu’il devrait rendre public le 2 mars, n’est pas « le cœur d’une campagne » et qu’il préférerait définir les grands principes de ce qu’il veut porter plutôt que d’aligner des propositions chiffrées. Cette affirmation est démentie par le sondage OpinionWay de cette semaine, de manière très nette, puisque 88% des Français interrogés considèrent que le programme d’un candidat à la présidentielle compte dans le choix du vote au premier tour de l’élection. Il est même cocasse de constater dans le détail du sondage que les personnes, qui déclarent avoir l’intention de voter pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle, sont 95% à considérer que le fait d’avoir un programme compte dans le choix d’un candidat.

En effet, la France est un pays d’idées qui a eu l’habitude, depuis que l’élection du président de la République se déroule au suffrage universel direct, de voir s’affronter sur le terrain les idées et les programmes des principaux candidats.

Le résultat du sondage appelle, là encore, deux commentaires :

Il faut d’abord savoir qu’en matière électorale, ne pas avoir de programme reviendrait à jouer l’élection sur des critères apolitiques, liés à la seule personnalité des candidats. Les ennuis pour le malheureux élu commenceraient quelques minutes après son élection, puisque la question serait de savoir quelle politique il compte mener… Ainsi un programme n’est pas obligatoirement nécessaire pour être élu, mais il apparaît indispensable pour commencer à gouverner, ne serait-ce que pour donner une orientation au gouvernement nouvellement désigné.

Il convient ensuite de rappeler qu’une campagne électorale n’est qu’un long exercice de communication politique. C’est la communication qui fait la campagne. En communication, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des contenus tangibles pour être efficace. Un programme est un contenu.

Toutefois, il faut ici affirmer que peu d’électeurs lisent les programmes des candidats de manière exhaustive. Ils en retiennent quelques principes directeurs qui forment un thème général de campagne. C’est ce thème général qui doit s’imposer dans le débat médiatique pour permettre de préempter l’élection en jouant sur son terrain de prédilection et en obligeant ses adversaires à sortir de leur zone de confort. Dans les élections passées, les exemples ne manquent pas : « la fracture sociale » avait émergé du programme de Jacques Chirac en 1995, « le travailler plus pour gagner plus » de celui de Nicolas Sarkozy en 2007, pour ne donner que deux exemples.

En 2017, aucun thème directeur n’a encore émergé à 65 jours du premier tour. Celui ou celle qui réussira à imposer un thème général issu de son programme prendra une option sur la qualification au second tour de l’élection présidentielle.

Sondage exclusif TILDER/LCI/OpinionWay du 16 février 2017