Une prime au black

OPINION

Les différents gouvernements avaient inventé beaucoup de choses, le travail aidé, c’est-à-dire payé par nos impôts, les emplois précaires durables etc. Aujourd’hui, Le duo Le Maire-Darmanin invente la prime au black, sans charges sociales et sans impôts.

Les duettistes n’ont en fait rien inventé, c’est déjà ce qui se passe dans beaucoup d’entreprises du bâtiment en particulier. La seule nouveauté étant de l’étendre et de l’officialiser. Les énarques sont inépuisables quand il s’agit d’inventer l’eau chaude. Le regretté Coluche disait « donnez-leur le Sahara, deux ans après ils iront acheter du sable ailleurs. »

Comme de bien entendu, les médias se sont emparés de ce sujet, sans aucune réflexion, sans aucune analyse, ne faisant que colporter la nouvelle. Oyez braves gens l’état dans sa grande générosité vous invente une prime. Prime bien sûr qui satisfait « le patronat » nous dit-on, ils vont comme cela échapper à l’augmentation du smic. Les esclaves resteront bien en place, ils resteront mal payés et les profits seront toujours aussi bons.

Regardons à la loupe cette idée géniale ! Une idée qui effectivement ne coûtera rien aux finances de l’état, à ce titre elle peut être qualifiée de géniale. Pas un sou on vous dit, car les fonctionnaires pourront toujours l’attendre, les caisses sont vides on vous l’a répété cent fois. Par contre les entreprises qui ont un peu de trésorerie pourront payer cette prime en faisant quelques économies, ces primes étant déjà la règle dans de nombreuses sociétés. On peut donc comprendre que le patronat applaudisse, ils vont pouvoir payer les primes déjà actées en économisant les charges sociales patronales.

Côté syndicat c’est une demande qu’ils n’auraient pas osé faire, un cadeau pour qu’ils restent bien sages. Il est certain que leurs troupes étant composées en majeure partie par des fonctionnaires, ils vont exiger que ceux-ci soient aussi  les  bénéficiaires de ces largesses. Certainement des discussions âpres à venir.

Du côté « du peuple » des gilets jaunes dans la rue, cette prime est encore une fois un mépris honteux.  Les chômeurs bien sûr ne toucheront pas cette prime, les retraités nombreux sur les barrages non plus. Les commerçants, les artisans, les auto-entrepreneurs  joindront toujours aussi difficilement les deux bouts. Seuls ceux qui sont salariés, avec une entreprise bénéficiaire ont une petite chance de toucher quelque chose, et encore.

Aucune obligation pour les entreprises de payer quoi que ce soit, aucune indication sur le montant laissé libre. Certains toucheront peut être 50 euros, leur patron disant qu’il a fait un gros effort, et grâce à cet effort il pourra éviter les réunions de négociations salariales.

On voit d’ici les réunions de négociations de salaires : «Vous avez eu une prime défiscalisée alors cette année cela suffit. »

Pour résumer donc, notre duo de ministres vient encore une fois d’inventer la machine infernale. Une prime qui fait plaisir au patronat qui va éviter (peut être) une véritable augmentation du smic. Une prime  discriminatoire puisque touchée uniquement par quelques privilégiés. Une prime enfin qui pourra servir de chantage aux employeurs puisque non obligatoire, aléatoire et à leur discrétion.

La semaine prochaine ils risquent bien d’être obligés de réinventer la prime à la casse !


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic et rédacteur dans plusieurs revues.