Privatisation des autoroutes : l'État a perdu près de 8 milliards d'euros

24 MILLIARDS
Les sociétés concessionnaires d'autoroutes ont versé 24 milliards
d'euros à leurs actionnaires entre 2006 et 2019.

Les sociétés de gestion des autoroutes en prennent pour leur grade dans un rapport du Sénat, qui appelle à rééquilibrer le partage de la valeur en faveur des usagers et de l'État.

En privatisant les autoroutes, l'État a perdu près de 8 milliards d'euros selon le rapport de la commission d'enquête du Sénat sur le contrôle, la régulation et l’évolution des concessions autoroutières. « L’État a procédé à l’ouverture partielle du capital des sociétés d’autoroutes historiques (ASF, Sanef et APRR) entre 2002 et 2005 avant de les privatiser en 2006 », expliquent les auteurs du rapport. Une procédure qui a représenté 5,3 milliards d'euros de pertes de recettes potentielles, auxquelles s'ajoute une sous-évaluation du prix de vente d'ASF faute d'offres concurrentes (Vinci détenait 23% de la société), soit 1,2 milliard. En tout, 6,5 milliards d'euros de l'époque, soit en euro de 2020 : 7,8 milliards.

Rééquilibrage de la valeur des autoroutes

La rentabilité des sociétés concessionnaires des autoroutes est jugée trop élevée par le Sénat. Elle s'élève en effet à 8%, un niveau exceptionnel pour n'importe quel type d'investissement. Entre 2006 et 2019, ces entreprises ont versé un total de 24 milliards d'euros à leurs actionnaires. D'ici la fin de la durée des concessions, entre 2031 et 2036, ces dividendes s'établiront à 40 milliards d'euros supplémentaires. Les sénateurs appellent donc à un rééquilibrage de la valeur des autoroutes vers les usagers et les pouvoirs publics. Plusieurs recommandations sont faites par le rapport.

Investir dans les infrastructures

En premier lieu, il s'agit de renforcer les contrôles sur le marché des sociétés concessionnaires d'autoroutes et faire en sorte qu'une partie de la rentabilité de ces infrastructures finance des investissements supplémentaires sur le réseau ainsi qu'une « modulation des péages en faveur des trajets du quotidien, du covoiturage et des véhicules propres ». Les poids-lourds les plus performants écologiquement devraient également profiter de réductions tarifaires. Le rapport exhorte également l'État à préparer la fin des concessions sans prorogation de leur durée, et de limiter à 15 ans la durée de ces concessions.


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