Privatisation de Groupe ADP : rien n'est joué pour Vinci

50,6 %
L'Etat détient encore 50,6% du capital du groupe ADP

Ce n’est un secret pour personne, l’Etat va céder les parts qu’il détient dans Groupe ADP, anciennement Aéroports de Paris. Vinci, qui en possède déjà 8%, a manifesté son intérêt. Mais le Français n’est pas seul dans la course et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la compétition sera rude.

Aéroport à vendre

Le gouvernement ne s’en cache pas, il a l’intention de céder tout ou partie des 50,6% de parts qu’il détient au sein de Groupe ADP. Dans l’intérêt de l’Etat, beaucoup d’économistes s’accordent à dire que le moment est en effet très favorable à cette opération. « ADP vient de connaître plusieurs années de hausse des trafics. Son chiffre d’affaires a progressé de plus de 50% depuis 2012. L’action ADP vaut aujourd’hui 180 euros, le double de sa valeur de la fin 2016 et quatre fois plus que le cours d’introduction. En tant qu’actionnaire, l’Etat fait un bon choix. Il va pouvoir récupérer plusieurs milliards d’euros » estime par exemple Yves Crozet, économiste spécialiste du transport et de l’aéronautique. (1)

Jusque-là il était impossible à l’Etat de passer sous le seuil de 50% dans ADP, c’est pourquoi la loi Pacte devra contenir un volet qui permettra cette opération. « Nous nous donnerons dans la loi Pacte la possibilité de céder les participations que l’Etat détient dans trois entreprises : Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), la Française des Jeux et Engie » précisait le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Lemaire. (2) Cette privatisation fait donc partie d’un projet plus global du gouvernement, d’autant que l’argent récolté par l’Etat, qui devrait pouvoir atteindre les 10 milliards d’euros, servira directement à alimenter le fonds pour l’innovation promis par le président Emmanuel Macron.

Les acheteurs se positionnent

L’opération est donc lancée et le panneau « A vendre » est bel et bien planté sur le groupe ADP. En face, trois acteurs principaux se positionnent : aux Etats-Unis le fonds Global Infrastructure Partners (GIP), en Australie le fonds IFM Investors et en France le groupe Vinci. Mais ils ne sont pas les seuls puisque de nombreux autres fonds, notamment du Canada et du Moyen Orient, se sont montrés intéressés.

Global Infrastructure Partners, spécialisé dans les infrastructures et plus particulièrement les infrastructures aéroportuaires, a déjà investi dans plusieurs aéroports, notamment le Gatwick Airport au Royaume Uni ou encore l’aéroport d’Edinbourg en Ecosse. En juin cette année le Financial Times révélait que GIP s’était payé plus de 720 millions d’euros en dividendes pour l’année 2017 grâce à l’aéroport Gatwick. (3) Il semble donc que le fonds américain soit parfaitement capable de gérer des aéroports et d’en tirer un profit significatif.

Quant au fonds australien, établi au début des années 90 pour investir dans les infrastructures australiennes, il a depuis étendu son champ d’investissement notamment en Europe et aux Etats-Unis. Possédant des aéroports en Australie et en Europe et avec une augmentation globale de 15% de ses résultats en 2017, IFM Investors est lui aussi un candidat sérieux. (4)

En Italie le concessionnaire Atlantia, gestionnaire de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur, avait lui aussi jeté son dévolu sur ADP. Mais la tragédie qui a frappé le pont de Gênes en août 2018 a très sérieusement compromis son projet français.

Enfin le groupe Vinci, le candidat français, manifeste son intérêt pour le rachat des parts de l’Etat dans Groupe ADP depuis quelque temps. Le groupe français détient déjà 8% du capital et il aurait proposé à des fonds de s’associer à lui pour acquérir les parts que l’Etat s’apprête à vendre. Cependant, selon certaines sources citées par Challenges, une douzaine de consortiums seraient en lice et participeront certainement au premier tour de l’appel d’offres. « Des investisseurs spécialisés dans les infrastructures, des fonds de pension canadiens et américains, de grands assureurs européens et des fonds du Moyen-Orient devraient également présenter des offres de rachat, dont certains dans le cadre de consortiums plus larges, précisent les sources. » (5)

Pas de favoritisme

Rien n’est gagné pour Vinci et même si le groupe français est en bonne position, rien ne permet de garantir que c’est lui qui l’emportera. Le code des marchés publics et les accords européens sont très clairs et il est hors de question pour l’Etat français de privilégier Vinci sous le seul prétexte que c’est une entreprise française. Ce serait un délit de favoritisme contre lequel les autres candidats seraient en droit de s’élever, y compris par des recours judiciaires. Les candidats doivent présenter leur meilleure offre sur le plan financier mais également sur d’autres plans. En effet la cession ira vers le « mieux-disant » et cela comporte des critères qui permettent d’évaluer les capacités professionnelles, techniques et financières des candidats. De toute façon les critères doivent être objectifs, opérationnels et non discriminatoires et nécessairement liés à l‘objet du marché. La nationalité de l’acheteur ne peut donc pas être une raison pour l’Etat de préférer Vinci à ses concurrents. C’est d’ailleurs contre Vinci que le concessionnaire italien Atlantia l’avait emporté dans le cadre de la privatisation de l’aéroport niçois.

(1)www.entreprises-et-decideurs.fr/Cession-du-groupe-ADP-quelles-consequences-pour-les-compagnies-et-les-passagers_a1538.html
(2)http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN1J82HT-OFRBS
(3)www.ft.com/content/6aaa218e-7a18-11e8-bc55-50daf11b720d
(4)www.afr.com/business/banking-and-finance/financial-services/ifm-investors-funds-under-managerment-up-15pc-to-107-billion-20180715-h12q1j
(5)www.challenges.fr/entreprise/adp-ex-aeroport-de-paris-trois-consortiums-vont-presenter-une-offre-de-rachat_607359


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