Privatiser les barrages est une folie à très, très hauts risques !

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Pour rappel, les lettres STRATEGIES et de la Robolution sont en ligne dans vos espaces lecteurs. 

La privatisation des barrages hydroélectriques en France envisagée par le gouvernement français, demandé par l’Union Européenne, est potentiellement une folie à très, très hauts risques, dont peu perçoivent le danger très important que cela pourrait faire peser sur la population française.

Même la très « fascisante » chaîne France Culture de Radio France en parle… c’est dire. Niveau complotisme nous sommes sur du lourd. Du très lourd!!

Revue rapide des risques qui sont totalement occultés, dans un débat qui n’a pas lieu !

1/ Les risques de rupture de barrages. C’est rare, mais cela arrive. Comment l’opérateur privé sera assuré ? Comment les victimes seraient indemnisées? Mais encore, avant même de parler des morts, si nous parlions de la sécurité ? Ne sera-t-elle pas sacrifiée au profit des profits ? Il est évident que le cadre contractuel ne peut pas être « amateur »… a minima, quand on privatise ce genre de chose, les règles imposées, et les systèmes de contrôle doivent être à la hauteur. Quand on ne débat pas, et qu’il n’y a pas de transparence, on peut redouter que le pire devienne possible.

Mais… ce n’est pas tout.

2/ Les barrages... utilisent de l’eau pour produire de l’électricité... jusque là aucun scoop ! Sauf, que, l’hiver on retient l’eau, pour faire des lâchers de barrages l’été et alimenter les fleuves en eau. On régule le débit. Basiquement et pour simplifier, le prix du kilowatt heure sur le marché est nettement plus haut l’hiver quand tout le monde a froid que l’été… En tant qu’opérateur privé j’ai évidemment intérêt à produire au maximum pendant les mois où c’est le plus rentable… et tant pis si les poissons meurent l’été le kilowatt vaut moins cher… résultat prévisible ? Une mauvaise gestion des ressources en eau car contraire aux intérêts de production de l’opérateur privé.

Mais… ce n’est pas tout.

3/ Si ce n’était qu’un problème de sous et de petits poissons (mais c’est important les petits poissons aussi), mais il ne faut pas oublier que le long de nos fleuves, il y a nos centrales nucléaires qui ont besoin d’eau, de beaucoup d’eau pour refroidir les cœurs de réacteurs, et qu’ils ne nous explosent pas tous à la figure et refroidissant ainsi au passage l’ensemble de la population française. Une mauvaise gestion de l’eau de nos barrages, cela peut aussi, dans un cas extrême faire… péter les centrales nucléaires ! Là encore, un débat public, a minima s’impose, avec contrôle de la représentation nationale et mise en place de garde-fou très précis pour se prémunir de ces risques.

Mais… ce n’est pas tout.

4/ Justement, les centrales nucléaires. Je ne vais pas trop rentrer dans les détails pour des raisons évidentes de sécurité, mais disons que pour alimenter les centrales nucléaires il faut aussi de l’énergie pour refroidir les cœurs... sinon, c’est Fukushima, ce qui est toujours un tantinet gênant de devoir s’occuper de 6 réacteurs nucléaires en fusion. Les Japonais, qui sont forts sympathiques, envoient leur prisonniers ainsi que les enfants « abandonnés » faire le ménage et servir de « liquidateurs ». Au Japon, prisonniers comme enfants abandonnés (devenus adultes) n’ont pas franchement les mêmes droits dans la société. Je me demande encore qui sera volontaire d’office en France pour aller se faire griller dans un réacteur en fusion…

Bref, en cas de problème, il y a les groupes électrogènes diesel de secours, qui peuvent ne pas fonctionner comme nous l’avons vu à Fukushima. Depuis, EDF a créé une task-force de déploiement rapide avec capacité à projeter des générateurs de secours de secours… tout cela ne vaut que dans la théorie, les situations réelles, relevant généralement de l’article 22, bien connu de tous les ouvriers et des gens d’en bas à savoir « démerdez-vous »!

Disons, qu’au bout du bout, dans la chaîne de survie de notre système électrique, les barrages hydroélectriques sont un peu l’ultime rempart, « l’ultima ratio », le dernier recours quand tout a largement merdé, ce qui n’est qu’une question de temps, car tout finit toujours généralement par merder. C’est la célèbre loi de Murphy… « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal ». Les barrages servent d’alimentation de secours et peuvent permettre un redémarrage du système. C’est un peu l’équivalent de la clef USB qui va vous permettre de rebouter votre PC qui vient de vous faire une « fatal error »… D’autre part il faut également pouvoir renvoyer de la tension sur les réseaux.

Bref, quelques-uns parmi notre petite communauté de lecteurs, anciens d’EDF ou de la sécurité nucléaire, ne sont pas très chaud face à cette privatisation des barrages et pas parce qu’ils sont des communistes primaires… pas plus qu’ils ne font partie de l’ultra-drôate… mais parce qu’ils connaissent bien les manuels, les problèmes de sécurité et la criticité autour de ces sujets.

Au delà donc, du simple aspect prix, il y a d’évidentes questions que nous devons collectivement nous poser sur cette « idée » assez ahurissante de la privatisation de nos barrages, dont il est tout de même plus que normal d’interroger la pertinence !

Les aspects sécuritaires doivent tenir une place clef dans le choix et les décisions de nos dirigeants

C’est encore une fois, à la représentation nationale, à nos députés, et à nos sénateurs de se poser les bonnes questions, de prévoir les bons contrôles, et pourquoi pas même de s’opposer à une telle privatisation dont il n’est pas déraisonnable d’évoquer l’idée qu’elle pourrait être en totale opposition avec nos intérêts stratégiques.

Il s’agit-là de vraies questions.
Il s’agit-là de vrais sujets.

Nul doute que l’on nous expliquera qu’il n’y a pas de danger, que ceux qui disent que c’est potentiellement explosif font des « fake news », fin du sujet, fin de l’histoire, ne répondons pas aux questions qui fâchent! Ha si, on vous dira doctement que ce n’est rien, on ne va privatiser que 150 barrages (les plus gros et les rentables pour les copains du privé) sur 2500 (les plus petits et les plus onéreux pour les vilains gilets jaunes sans-dents qui ne sont rien et qui paieront la note) et que donc encore fois, « fake news », « complotisme » machin toussa en terminant par un classique la « complosphère » « fasciste » d’estrême droate des « zeureslesplussombres »…. soit!

Mais cela n’empêchera pas les centrales nucléaires de péter s’il n’y a pas assez d’eau pour les refroidir, ou encore les fleuves de s’assécher l’été si on lâche trop d’eau l’hiver pour faire plus bénéfices quand le prix de kilowatt heure est élevé.

Il en va de la sécurité de notre pays et de notre alimentation énergétique, des intérêts très largement supérieurs, aux bénéfices de quelques petits copains!

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.