Au fil des ans, une partie de nos Français sont-ils devenus moins productifs, peu adaptables, moins courageux ?

80 %
80% des actifs en France sont âgés de 25 à 54 ans.

La proposition du ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, qui avait lancé mi-mars en plein confinement un appel à « l’armée de l'ombre des hommes et des femmes » qui sont provisoirement sans activité, pour qu'ils aillent prêter main forte aux agriculteurs dans les champs, avait pourtant suscitée des vocations.

En effet, l’agriculture avait besoin de 200.000 emplois directs sous peine de ne pouvoir nourrir une partie des français. Les frontières étant bouclées, il était impossible de compter sur les saisonniers étrangers. Le ministre a donc encouragé tous les français qui étaient au chômage technique cause covid-19 et les autres sans emploi à venir postuler pour les postes proposés.

Sans travailleur saisonnier, les agriculteurs risquent de ne pas pouvoir répondre à la demande et devoir jeter leur production. Beaucoup d’artisans sont sans travail, d’autres salariés sont au chômage, au RSA. Même les entreprises agroalimentaires cherchent de la main d’œuvre supplémentaire. Un artisan pourrait certainement aller dans les champs, cueillir des fraises, des framboises, des concombres, courgettes, des cerises, etc...

Didier Guillaume avait même expliqué qu’il fallait envisager très rapidement de nouvelles solidarités. En liaison avec Muriel Pénicaud, ils proposaient aux volontaires un travail de salarié rémunéré par les agriculteurs.

Une plateforme dédiée : Wizifarm sous le nom d’opération « Des bras pour son assiette » a rapidement collectée un nombre d’inscrits important. Pour 10.000 offres d’emplois proposés, il y a eu 4000 personnes recrutées, puis quelques milliers ensuite. Avec Pôle emploi, le bouche à oreilles, c’est près de 300.000 inscrits. Cela n’a pas duré, puisqu’avant fin mars, les inscriptions ont nettement diminué.

Constat : Important décalage entre les inscrits et les recrutés. Le travail dans l’agriculture simple en apparence demande un certain savoir-faire, des aptitudes, physiques importantes, au travail en plein air, de la dextérité, de l’endurance, pouvoir s’adapter au « découchement », etc..

Après quelques jours, le constat est évident, les rendements sont nettement inférieurs à ceux des travailleurs saisonniers, d’où renvoi d’une part importante des embauchés.

La demande ne va pourtant pas s’arrêter. Les besoins seront d’un minimum de 80.000 saisonniers par mois. En juillet ce sera vers 160.000 et même jusqu’à près de 200.000 en août et septembre. Les plus prisés sont les Bulgares, les Roumains habitués à travailler dans ces conditions avec une productivité très supérieure. La différence de rendement peut être très importante. L ‘exemple des fraises est flagrant : 20 kg de fraises à l’heure et seulement 5 kg par les français.

Les premiers migrants sont arrivés mi-avril mais surtout à la fin du confinement après le 11 mai avec un grand soulagement des agriculteurs.

Autre difficulté de recrutement : L’affaire Citroën

Le scénario n’est pas le même, mais PSA par la voie de Carlos Tavarès Président du Groupe avait envisagé de faire venir 15.000 polonais en France sur le site d’Hornain proche de Valenciennes. Aurait-il pu embaucher des chômeurs français ? Oui, possible, mais il a privilégié des salariés polonais pour leurs compétences, productivité, assiduité, reconnaissance, asservissement, leurs valeurs-travail connues en France il y a des dizaines d’années.

Un journal très reconnu a même osé écrire qu’un nombre non négligeable de français prétendent être débordés, incompétents, se défilent quand ils en ont l’occasion, brassent de l’air avec le but de s’économiser au maximum. Ces paresseux en augmentation depuis 1980, représenteraient entre 5 à 10% des effectifs et certainement plus hors emploi !

Il est vrai que depuis 1980 les lois n’ont pas favorisé l’attachement au travail : 39h puis 35, 5ème semaine de congés, le 8 mai férié, la création des RTT avec les 60 ans, les départs anticipés et surtout toute l’augmentation des aides sociales en tout genre. Moins on travaille, moins on a envie de travailler. Demandez aux chômeurs de longue durée, au RSA, la difficulté de repartir en emploi ? Cela ressemble un peu à la reprise d’activité après deux mois de COVID. La fatigue est encore plus accentuée si aucun exercice physique n’a été effectué avec une motivation qui peut en avoir pris un sérieux coup.

Depuis 1980, la productivité globale n’a pas arrêté de diminuer. La proportion de l’industrie dans l’emploi du secteur marchand a chuté de 15 points depuis le début des années 80 en passant de 30% à 15%.

Et pourtant la majorité les français se croient toujours les plus productifs du monde ! Il est vrai que la productivité horaire est nettement meilleure, mais comme la France est le pays qui travaille le moins au monde (employés, ouvriers), elle chute fortement dans sa globalité.

La France n’est pas la seule à avoir connu un net ralentissement des gains de productivité en Europe, mais elle est due également par le renforcement du poids de l’économie des secteurs à faibles gains de productivité. L’évolution vers le tertiaire pèse sur l’évolution des gains car ils sont moins dynamiques dans ce secteur que dans l’industrie.

Cet écart de productivité entre la France et les autres pays de grande économie peut être expliqué par le niveau élevé du chômage et du RSA et aussi par un taux plus faible d’emplois.

Selon les experts en économie et en ressources humaines, "Les personnes au chômage ou inactives étant susceptibles d'être en moyenne moins productives que les personnes en emploi, leur exclusion de fait pourrait expliquer une part des écarts de productivité entre les pays" 

La France, avec ses 80 % d’actifs âgés de 25 à 54 ans, est l’un des pays où l’on entre le plus tard dans la vie active et où l’on en sort le plus tôt.

Est-ce les français ou les politiques qui ont poussé la France à diminuer constamment les temps de travail et d’emploi ? Ce sont toutes les lois passées pour conquérir des électeurs qui ont fait chuter notre économie, la rentabilité, diminuer constamment le niveau de vie, chasser des entreprises hors de France, descendues l’industrie aux enfers, etc...

Heureusement (ou malheureusement) qu’il y a eu compensation avec un niveau d’aides sociales hors du commun pour garder une certaine paix sociale. Mais c’est de moins en moins vrai depuis quelques années avec des manifestations, grèves, de plus en plus dures, violentes, très revendicatrices.

Ce passage imprévu du Covid-19 va-t-il modifier la perception des français pour porter la France vers l’autonomie ou réclameront-ils moins de travail, plus d’emplois et d’achats de proximité, plus de vie « relaxe » avec moins de contraintes, portés par la cause écologique et développement durable ? Certains ont même envisagé d’aller vers les 28 heures ???

www.danielmoinier.com


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Daniel Moinier

Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.

Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.