Quand vous achetez de la nourriture pour 100 euros, combien gagne un agriculteur ?

26 %
Le nombre d'exploitations agricoles a diminué de 26 % en dix ans.

Il ne gagne pas grand-chose. Et c’est bien la raison pour laquelle il est en colère. Les agriculteurs sont à nouveau mobilisés depuis une semaine pour tenter de faire entendre leur voix.

8% pour l'agriculteur

On le sait, c’est notamment la répartition des marges entre agriculteurs, industriels et distribution qui pose problème. Chacun accuse le voisin de gagner plus. Alors revenons aux chiffres, ceux fournis par l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires et publiés dans le journal Le Monde. Cet institut a été créé en 2009 justement pour tenter d’y voir plus clair, et de savoir précisément qui gagne combien.

L’Observatoire a fait ses calculs : prenons 100 euros dépensés par le consommateur dans l’alimentaire. Combien perçoivent les agriculteurs, qui ont donné naissance à ces produits alimentaires ? 8,20 euros.

L’industrie agroalimentaire en reçoit 13,20 euros et les distributeurs 19,80 euros, soit deux fois plus que les producteurs. Les taxes, elles, se chiffrent à 9,30 euros. Le reste étant réparti entre les importations alimentaires (14,30 euros) et les importations de biens intermédiaires, matières premières pour l’alimentation animale – engrais, pesticides, pétrole –(15,30 euros).

Sur le dos des agriculteurs

En somme, tous les autres acteurs de la grande chaîne alimentaire gagnent plus que celui qui, à l’origine et en tout premier lieu, crée la nourriture. A noter aussi que l’Etat gagne plus en taxes prélevées au passage que l’agriculteur pour son dur labeur.

En juillet dernier, les éleveurs s’étaient déjà rebellés contre la faiblesse du prix de leurs productions. Pour Xavier Bertrand à l’époque, ancien ministre et député-maire de Saint Quentin, cette situation est due au fait que "la guerre des prix dans la grande distribution se fait sur le dos des agriculteurs et éleveurs".

Comme nous l’expliquions ici, la solution imaginée par le gouvernement - taxer les distributeurs pour créer un fonds d'urgence à destination des agriculteurs- suffira-telle à les apaiser ? Pas sûr.

Laure De Charette

Journaliste depuis 2005, Laure de Charette a d'abord travaillé cinq ans au service France du quotidien 20 Minutes à Paris, tout en écrivant pour Economie Matin, déjà. Elle est ensuite partie vivre à Singapour en 2010, où elle était notamment correspondante du Nouvel Economiste et où elle couvrait l'actualité politique, économique, sociale -et même touristique !- de l'Asie. Depuis mi-2014, elle vit et travaille à Bratislava, en Slovaquie, d'où elle couvre l'actualité autrichienne et slovaque pour Ouest France et La Libre Belgique.

Elle est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont "Chine-Les nouveaux milliardaires rouges" (février 2013, Ed. L'Archipel) et "Gotha City-Enquête sur le pouvoir discret des aristos" (2010, Ed. du Moment). Elle a, à nouveau, rejoint l'équipe d'Economie Matin en 2012.