Recherche et innovation : l'éloge de la patience

49,5 MILLIARDS €
En 2016, le montant investi en France en R&D a été de 49,5 milliards
d'euros.

La crise de la Covid-19 que nous traversons a modifié notre perception des valeurs, notre relation au temps et à l’immédiateté... Nous a-t-elle permis de retrouver des potentialités oubliées ? Oui, sans aucun doute. Complètement improbable et inimaginable il y a quelques mois encore, le confinement nous a réappris l’attente. Nous avons réalisé que nous pouvions rester deux mois sans bouger de chez nous et vivre simultanément deux formes de temporalité, temps court avec l’instantanéité des réseaux sociaux et temps long, avec ce maintien forcé à la maison. Nous avons pris conscience que nous pouvions faire différemment.

En donnant un joli coup de projecteur aux acteurs de la recherche, cette période a également mis en lumière la nécessaire acceptation de l’attente pour obtenir l’accès à des solutions, face au virus par exemple...  Attendre tout en soutenant au quotidien nos soignants.

La référence au temps et la patience se sont ainsi développées sous une contrainte acceptée pour un mieux demain.

Accélération n’est pas précipitation

En tant que découvreurs d’innovations « pépites » issues de la Recherche publique, cette temporalité du temps long est une force. La Recherche s’inscrit dans la durée. Elle n’a pas vocation à produire des solutions immédiates. Comme les racines d’un arbre, elle accroit patiemment, progressivement, profondément, la connaissance du monde. Et de cette connaissance, de cette démarche scientifique mêlant rigueur et créativité, jaillissent des découvertes qui font grandir le monde. C’est notre rôle de médi’acteurs de transformer ces Deep Tech, issues des profondeurs de la science, en solutions, produits ou services, aux côtés de chercheurs et d’entrepreneurs engagés. En un mot, de puiser dans les racines et de faire émerger de ce terreau fertile de belles pousses susceptibles de répondre aux grands enjeux sociétaux de demain.

Il y a une volonté forte des chercheurs d’aller vers la transformation de leurs résultats en solutions pour la société civile. Nous travaillons en ce sens avec eux, et cela demande du temps pour amener ces innovations technologiques jusqu’au marché, vers les patients par exemple. Pour autant, le secteur est capable d’une réactivité inouïe et d’une grande agilité quand la situation demande une réactivité particulière et il vient de le démontrer dans cette crise que nous vivons.

Ne pas opposer chercheurs et trouveurs  

Il faut lutter contre une présentation facile visant à opposer recherche fondamentale et recherche appliquée, chercheurs et trouveurs, temps long et temps court... C’est un mauvais procès. Le temps long permet la prise de recul et la réflexion au regard de la découverte. L’effort en recherche fondamentale est crucial. Il faut ouvrir des pans de la connaissance aujourd’hui pour apporter des solutions demain. La recherche fondamentale a besoin de ce temps long, ce n’est pas grave et il faut juste être patient. Car c’est avec cet investissement sur la durée que nous serons en capacité d’avancer, et d’apporter des solutions aux enjeux de demain.


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Sophie Jullian

Diplômée de CPE Lyon, Sophie Jullian est docteure en chimie de l’UPMC. Elle entre en 1983 à IFP Énergies Nouvelles, établissement public de recherche et de formation dans les domaines de l’énergie, des transports et de l’environnement. À l’IFP Énergies Nouvelles, Sophie Jullian occupe différents postes stratégiques avant d’être nommée Directrice Scientifique de l’IFPEN en 2010. De septembre 2007 à avril 2010 Sophie Jullian est vice-présidente recherche et innovation du pôle de compétitivité Axelera. Dans ce cadre elle monte des projets structurants avec Solvay, Engie, Arkema, le CNRS et l’Université de Lyon. Sophie Jullian est Déléguée Régionale à la Recherche et à la Technologie d’Auvergne-Rhône-Alpes de 2013 à avril 2017. Depuis avril 2017, Sophie Jullian est présidente de la SATT Pulsalys Lyon Saint-Étienne.