Tickets de caisse, proportionnelle, changement d'heure... : ces réformes renvoyées aux calendes grecques

59,17 %
59,17% des Français veulent conserver l'heure d'été.

De nombreux projets emblématiques du quinquennat Macron sont tombés aux oubliettes, victimes collatérales d'une crise sanitaire bousculant tous les agendas.

« Gouverner, c'est prévoir » : la célèbre maxime attribuée à Adolphe Tiers n'a jamais résonné si cruellement qu'en ces temps de pandémie. Si le gouvernement affirmait depuis cet été être prêt à affronter une éventuelle seconde vague de Covid-19, force est de constater qu'il est allé trop vite en besogne, le reconfinement annoncé mercredi soir par Emmanuel Macron officialisant l'échec de la stratégie sanitaire des autorités. Victime collatérale de l'épidémie, la frénésie réformiste de la Macronie s'est, elle aussi, fracassée sur le mur de l'urgence sanitaire, certaines des réformes supposément emblématiques du mandat du chef de l'Etat étant ajournées ou enterrées à bas bruit. Tour d'horizon non exhaustif de ces projets renvoyés aux calendes grecques.

Les tickets de caisse font de la résistance

Ils devaient disparaître de notre quotidien, le gouvernement souhaitant, au cours de l'hiver dernier, témoigner ainsi de sa prise en considération des enjeux environnementaux. Mais les tickets de caisse font de la résistance. Et pour cause : six Français sur dix (60%) affirment les préférer à leur version dématérialisée, d'après un sondage réalisé en mars 2020 par OpinionWay. Diverses, les raisons invoquées par les sondés pour justifier leur défiance vis-à-vis des tickets numériques vont du refus de la publicité et des spams à la peur du vol de données personnelles, en passant par la crainte de ne pouvoir justifier ses achats si l'on n'a pas accès à Internet. Une majorité (55%) des personnes interrogées se prononce donc contre l'interdiction des tickets en papier. Les difficultés des commerçants et restaurateurs confrontés de plein fouet à la crise sanitaire devraient achever de convaincre les autorités de renoncer, du moins provisoirement, à leur projet.

La proportionnelle enterrée

C'était une promesse de campagne du candidat Macron : introduire, au moins partiellement, une dose de proportionnelle lors des élections législatives – une manière de mieux représenter les voix des électeurs et de satisfaire les alliés centristes du Président, notamment. Las, l'idée, véritable serpent de mer de la vie politique française, est elle aussi renvoyée aux calendes grecques. « Ce serait une erreur politique » que de voter une telle disposition moins de deux ans avant les prochaines élections présidentielle et législatives, balaie Stanislas Guérini, le patron de La République En Marche (LREM).

« La question institutionnelle n'est pas prioritaire », pour le ministre Franck Riester, qui la renvoie au « prochain mandat ». Même François Bayrou, pourtant le premier apôtre de la mesure, estime désormais que « les Français ont d'autres préoccupations en ce moment que la réforme des modes de scrutin ». Le pouvoir en place – quel qu'il soit – n'ayant, au sein des institutions de la monarchie présidentielle qu'est la Ve République, aucun intérêt à la proportionnelle, même partielle, gageons qu'elle nourrira encore de nombreux débats, avant d'être une nouvelle fois repoussée à la faveur de telle ou telle crise ou tel ou tel revirement politique.

Le changement d'heure reporté sine die

Dimanche 24 octobre 2020, les Français ont, comme chaque année à la même date, dû remonter leurs montres d'une heure – ou plutôt faire confiance à leur smartphone pour s'en charger. Pour la dernière fois, le passage de l'heure d'été à celle d'hiver a eu lieu. Il devrait théoriquement être aboli en 2021, afin que l'ensemble des pays de l'Union européenne partagent enfin le même créneau horaire. Mais dans ce cas aussi, la crise liée à la pandémie de Covid-19 a, semble-t-il, fait passer la réforme au second plan. Débordés par l'urgence sanitaire, les vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement membres du Conseil européen ont retiré la discussion de leur agenda, aucune date de reprise n'étant, à l'heure actuelle, convenue entre eux. Il y a donc fort à parier que les Français – dont 59% souhaiteraient conserver l'heure d'été toute l'année – doivent encore patienter. Et remonter leurs montres et horloges.

Ces autres réformes à l'avenir incertain

S'il est une réforme qui n'était, à l'inverse de la précédente, pas souhaitée par grand monde, c'est bien celle des retraites. Après un parcours chaotique, un mouvement social d'une ampleur historique et une féroce bataille législative, le texte, qui devait instituer un système à points en lieu et place des quelques 42 régimes de retraite actuellement en vigueur en France, avait une première fois été abandonné au cours du printemps, avant de revenir par la petite porte à la fin de l'été. La reprise fulgurante de l'épidémie et l'approche des élections de 2022 devraient, cette fois, définitivement sceller son sort. Même incertitude pour deux autres textes concernant le logement : la proposition de loi Nogal protégeant les locataires et la réforme des APL, elles aussi reportées à une date inconnue. Deux autres victimes, dans une longue liste susceptible de gonfler encore, d'une crise décidément pareille à nulle autre...


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