Pourquoi Il y aura TOUJOURS des régimes spéciaux ! 5 décembre.

3 MILLIARDS €
Les retraites des cheminots coûtent 3 milliards d'euros de déficit par
an.

Je lisais, avant d’écrire ces lignes, un article de RTL intitulé « Emmanuel Macron : sa stratégie pour « ne pas se prendre de face le mur du 5 décembre »…

Voici donc la « grande » stratégie de Mamamouchi Premier, notre grand phare dans la timonerie élyséenne, dévoilée :

« Emmanuel Macron a creusé plusieurs trous avec l’espoir que les syndicats tombent dedans. C’est une stratégie pour ne pas se prendre de face le mur du 5 décembre, comme l’a baptisé l’un de ses conseillers de l’Elysée. Le premier piège est de marteler, de répéter que le 5 décembre est une grève ultra-catégorielle : c’est la grève de la SNCF et de la RATP, de ceux qui veulent garder leurs régimes spéciaux. Emmanuel Macron exploite la seule idée qui met presque tous les Français d’accord : il n’est pas normal que des cheminots partent à la retraite avant tout le monde. En ciblant ces régimes, ceux que Richard Ferrand désigne comme des pleurnichards, le gouvernement veut aussi les isoler et éviter les grèves par procuration ou par opportunité. Il veut désamorcer la pompe à protestation ».

Enfoirés de cheminots, vilains ratpistes… 

Oui, c’est brillant. On va dire que les méchants c’est le pauvre gus de la RATP qui respire un air dégueulasse, avec des risques de cancer plus qu’accrus pour les machinistes. Voilà fin de l’histoire. C’est simple comme une stratégie de mamamouchi.

Et le problème c’est qu’ils semblent sérieux les grands poilus et les galonnés des palais. Ils pensent que ça va marcher.

Moi je rigole sous cape, parce que je sais que le mur du 5 décembre, ils vont se le manger en pleine poire et je m’en vais vous expliquer pourquoi !!

Le problème ce n’est pas un régime universel, mais de reconnaître le principe universel de la pénibilité !

On sait tous que cette réforme des retraites, comme toutes les autres, c’est pour nous couillonner !!

On peut réformer, changer, mieux gérer, ce n’est pas le problème, nous serons tous pour. En revanche vous ne me ferez jamais admettre les choses suivantes :

Le progrès ? Se faire soigner par une infirmière de 67 ans…

Le progrès social ? Se faire éteindre son incendie au 10ème étage par un pompier de 69 ans !

Le progrès social ? Se faire arrêter par un gendarme courant le 100 mètres derrière un jeune sauvageon de 17 ans à 64 ans !!

Le progrès social ? Demander à un couvreur de 66 ans d’aller crapahuter sur une toiture à 30 mètres de hauteur !

Le progrès social ? Demander à un prof d’enseigner encore à des monstres d’indiscipline à 63 ans….

Le progrès social ? Demander à un militaire de porter son barda de 40 kilos dans le désert malien à 63 ans…

Bon soyons un peu sérieux, tous les métiers n’ont pas la même pénibilité, donc il y aura TOUJOURS DES REGIMES SPECIAUX.

Et dire l’inverse est une horreur sociale et une erreur économique et humaine sans limite.

2 500 milliards d’euros de dettes, foutez la paix aux cheminots !

Vous savez, il y a encore quelques années, je vous aurais dit, il faut réformer les retraites pour maintenir la solvabilité du système. Mais maintenant je vous dis, économiquement et mathématiquement, on s’en fiche. On a 2 500 milliards d’euros de dettes, cela explose de partout, notre pays part en vrille, nos banques vacillent, l’Europe éternue, les taux sont négatifs et quand on emprunte on vous donne de l’argent comme je vous en parle dans cette édition, et les systèmes par capitalisation sont en faillite, comme le montre l’exemple des Pays-Bas où les taux négatifs vont entraîner une baisse des… pensions !! La situation est irrémédiablement compromise.

Et c’est ce moment génial, que choisit la seigneurie du Palais pour expliquer aux gueux et aux manants que nous sommes,  qu’il trouve « étrange » la grève, parce que vous comprenez la retraite par points c’est bien… point de retraite qui termine par le poing levé qui est toujours mieux que le poing dans la gueule. Pourtant, histoire de mettre les points sur les « i » à nos mamamouchis, la retraite par points c’est le faux nez de la retraite par capitalisation, qui ne peut pas marcher dans un monde de taux négatifs !

Nous, les gueux, on est des imbéciles et des abrutis, mais pas totalement.

La stratégie donc pour éviter le mur du 5 décembre…

Se résume à dire que les méchants c’est le gus de la RATP et ses 2 500 balles par mois…. enfoiré de nanti.

Nanti, aussi, ce pauvre gardien de la paix à 1 890 euros par mois !

Je ne vous parle pas de cet enfoiré de riche de gendarme qui, en plus, bénéficie (comble de l’horreur) d’un logement de fonction dans un HLM amélioré, le tout dans une caserne où il est presque corvéable à merci.

Il y a aussi cette infirmière à 1 500 euros net… la vilaine !

Les méchants, c’est eux, c’est vous, c’est nous.

Le second point c’est de dire que l’on on n’a pas encore définit les contours exacts de la réforme…

Hé, les gars, c’est bon, cela fait 30 ans que vous nous tartez, tous les ans, en réduisant tout, sauf… les impôts et les taxes !

Les avantages diminuent, les taxes et les impôts augmentent les deux évoluant de manière inversement proportionnelle… Alors comme on disait de mon temps dans nos manifs, « Manu, ta réforme, ta réforme, Manu, si tu savais, ta réforme, où on s’lamet… au cul, au cul aucune hésitation, c’est non non et re-non » !!

Enfin le gouvernement a un 3ème volet dans sa stratégie pour ne pas se prendre une volée de bois vert… « Donner le sentiment que la situation est bien maîtrisée »… hahahahahahahaha, c’est mon passage préféré.

Alors là, c’est la mise en marche d’en marche ! Les députés consultent, les militants doivent remonter ce qu’ils entendent sur le terrain, et le gouvernement passe des spots de pub dans les médias pour parler de la réforme « plus juste, plus sociale », qui vise à faire bosser tout le monde moins longtemps avec plus de sous à la retraite !

Mais nan, j’déconne !!

Plus de sous et moins de temps de travail et on est tous pour la réforme hein…

Mais la réalité c’est l’inverse.

Moins de sous, et plus de temps de travail, dans un monde où travailler est de plus en plus compliqué, et de plus en plus pénible, ce qui revient à faire chuter drastiquement les pensions, du pauvre gus de la RATP, de celui de la SCNF et de tous les autres !!!

La population française a très bien compris ce qui se joue.

Ce qui se joue c’est le démantèlement progressif de tout ce qui faisait notre pays et notre société. De la privatisation, dans les faits de l’école, des soins devenus inéquitables, des transports en faillite, de ce qu’il reste de nos entreprises publiques. Bref, c’est la mise en place de la destruction systématique de ce qui faisait notre modèle social mais aussi notre modèle de société.

Voir nos mamamouchis jouer à la « privatisation » de la SNCF, en faisant payer aux enchères aux régions les « sillons », c’est-à-dire les créneaux horaires d’arrivée en gare à Paris, me révulse.

Le gouvernement a organisé la mise en concurrence des territoires entre eux…

La SCNF ne sait plus faire rouler de trains, et fait payer chaque arrêt en gare aux régions qui, du coup, préfèrent ne pas faire arrêter les trains dans certaines gares.

Nous sommes en absurdie, et malgré tout cela, nous avons 2 500 milliards de dettes et ça continue à augmenter. Les retraites des cheminots, c’est 3 à 3.5 milliards de déficit par an !!! Sur un déficit global de 60 milliards pour l’Etat et une dette de 2 500 milliards… Il y a un moment où  il faut dire la vérité vraie.

Nous ne rembourserons jamais.

Et tous ceux qui détiennent de la dette seront ruinés, mais ce sont des épargnants (donc des forcément méchants et vilains riches) et on s’en fiche ! Vous avez déjà vu une révolution d’épargnants vous et des caillassages avec des Louboutins ? On se fiche des épargnants. Mais pas des fonds de pensions et autres hedge funds qui détiennent la dette de la France ! C’est eux que l’on essaye de sauver. C’est pour eux que les grecs souffrent depuis 10 ans.

Nous ne paierons jamais. Foutez-nous la paix, ou la tentation du pire !

Alors, le 5 décembre ce pays sera à l’arrêt, le 6 aussi et les jours suivants sans doute également et le gouvernement se prendra à pleine vitesse le mur du 5/12.

La raison profonde ce n’est pas les retraites.

C’est tout le reste et ce sentiment diffus que tout est foutu.

Il y a dans ce pays des pulsions de mort, terribles, telluriques.

Et plus grave, il y a dans ce pays, il y a dans l’air, cette volonté, cette tentation du pire, parce que foutu, pour foutu, allons-y pour de bon !

Mon avis personnel est que le gouvernement actuel ne prend pas la mesure des pulsions quasi-suicidaires qui infusent au plus profond de la société française. Et c’est cela qui devrait le plus inquiéter, car face aux pulsions, le rationnel et les outils classiques aussi bien de maintien de l’ordre comme de communication, ne fonctionnent plus.

La cocotte minute française va exploser et ce n’est qu’une question de temps. La pression est telle que le résultat est déjà connu. La seule inconnue qui subsiste est quand.

Logiquement, face à ces constats, il est peu probable que les spots de pub de Matignon à la Radio et le sketch des méchants cheminots puissent permettre au gouvernement d’éviter un décembre noir.

Il ne manque plus qu’une tempête de neige…. et le tableau sera complet, et mon petit doigt me dit, que le ciel, facétieux, sera de la partie lui aussi.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.