Réussir la relance économique : la découverte qui apporte l'espoir

2,3 %
Le Plan Chirac mobilisait en 1975, 2,3% du PIB français.

Comme ailleurs, le retour à l'équilibre des comptes ne pourrait-il pas se conjuguer avec baisse des prélévements et forte croissance. 

Origine de la recherche

L'origine de ma recherche et de la découverte qui s'ensuivit remonte à 1975, lors du plan de relance dit « plan Chirac ».

Proche de Robert Galley, ministre de l'équipement à l'époque, j'ai vu cet homme compétent travailler jour et nuit pour en peaufiner sa partie. Il assurait qu'il en était de même pour tous les autres ministres concernés. Or, ce plan très étudié et affiné, considéré comme excellent par la plupart des économistes de l'époque, qui mobilisait environ 2,3% du PIB, ce qui est tout à fait considérable, n'a donné que des résultats mitigés en termes de croissance et de chômage, ce qui était son objectif. Pour quelle raison ? A ce niveau d'engagement, une faille structurelle dans le principe même du raisonnement pourrait-elle être à l'origine de cet échec ?

Ayant une formation à la fois scientifique (ingénieur) et économique, je me suis alors donné pour objectif de répondre à ces questions.

Première approche 

J'ai donc recherché d'autres plans de relance de ce type dans le monde. A l'observation, ils n'étaient pas porteurs de meilleurs effets ailleurs non plus. Seul cas apparemment probant : le « new deal » de Franklin D. Roosevelt. Cependant, si on l'étudie plus finement, il y a beaucoup à redire (par exemple, le chômage repartait à la hausse dès 1937 alors que le plan avait été lancé en 1933 ), de sorte que même ce cas n'est donc pas si convainquant.

Fort de ce constat, j'ai relu mes économistes de référence, regardé de près des redressements bien réussis à l'étranger sans relance, d'autres éléments également. Cela s'est fait sans quitter la réalité du terrain, parallèlement à une carrière de consultant puis de chef d'entreprise industrielle. Un jour, une idée de piste m'est venue, celle-ci semblait expliquer mes constats… Je me suis alors lancé dans de nombreuses vérifications, apportant des informations nouvelles, qui toutes allaient dans le même sens. Cela a donné ce qui suit.

La démarche reconstruite

La première question, qui mérite d'être posée est : La croissance est-elle nécessaire à l'économie, doit- elle être recherchée ? L'observation de ce qui se passe en son absence et de nombreuses considérations détaillées dans le livre amènent à répondre positivement à cette question.

Ensuite, si on regarde l'histoire récente de 58 pays du monde représentant 93% de son économie sous l'angle statistique, en comparant taux de croissance et taux de prélèvements obligatoires, le résultat est très clair : Plus ceux-ci sont élevés, plus celle-là est faible. J'ajoute que ce phénomène est bien sûr connu mais personne à ce jour ne sait exactement pour quelle raison ni par conséquent comment calculer les effets. Notons également le fait que la France est le seul pays de l'Union Européenne qui présente simultanément un chômage plus fort que la moyenne de cette UE et une baisse de celui-ci moins forte que la moyenne des mêmes en 2018. Cela serait-il dû à l'effet des prélèvements obligatoires dont la France détient le record mondial ?

Après cela, l'observation des redressements budgétaires qui ont réussi est éclairante : Ils ont tous commencé par des diminutions de dépenses, permettant ensuite celles des prélèvements obligatoires, suivie d'une augmentation de cette même croissance. Autre indice important : Les restrictions initiales n'ont que très peu pénalisé la croissance, contrairement à la doxa dominante en France prétendant que « la dépense publique soutient la croissance ».

Dans le même sens, si, hors nécessité de remboursement, l'état ou la province diminuent simultanément les dépenses et les prélèvements, la croissance accélère et on observe qu'elle est équivalente en valeur absolue à plusieurs fois la diminution des prélèvements (en moyenne observée, multiplication par cinq) ! Voilà un bel indice pour ma recherche.

Qui plus est, de nombreux économistes de premier plan (mais souvent oubliés), dont un prix Nobel, nous disent et nous démontrent que l'excès de prélèvements obligatoires est nocif pour la croissance. A ces économistes de premier plan s'ajoutent les économistes opérationnels (FMI, BCE, Commission européenne, organismes de notation, etc…) qui l'ont également compris et qui préconisent d'effectuer la même chose et qui obtiennent des résultats quand leurs recommandations sont appliquées. Pour équilibrer notre budget, ce ne sont pas de nouveaux impôts qu'ils demandaient à la France avant la pandémie, mais des économies sur les dépenses !

Penchons-nous maintenant sur la croissance. Quand elle est là, cela veut dire que, globalement, il y a plus de richesse dans le pays à la fin de l'année qu'au début. Comment cela se réalise-t-il ? Quels organismes peuvent dans leurs comptes avoir créé de la richesse d'une année sur l'autre ? Seule l'entreprise au sens large (travailleur indépendant, société, etc…), que j'appellerai l'acteur entrepreneurial, peut le faire et cela s'appelle du résultat. Ce phénomène de création de richesse est validé par des bataillons d'experts comptables et de commissaires aux comptes. Cette donnée est importante car elle met au jour deux éléments : D'une part le chiffre d'affaires constitué par les factures payées par les clients et d'autre part la petite partie qui reste à la fin quand les achats, les salaires, les taxes, les impôts, etc… ont été payés (5% environ en moyenne en France selon l'INSEE lors de l'étude) qui est le résultat (Qu'on peut aussi appeler bénéfice ou profit, peu importe). Cette donnée, totalité du chiffre d'affaires qui rentre et résultat, petite partie du chiffre d'affaires qui reste, est éminemment importante. Ce phénomène est tout à fait comparable au cas du salarié qui perçoit un salaire brut, mais à qui après paiement de ses charges salariales, puis de tous ses frais (logement, nourriture, énergie, transports, etc...) ne dispose vraiment que d'une toute petite partie de son salaire brut. Voilà une pièce du puzzle à bien conserver en mémoire.

Maintenant, il est important de bien noter que les montants prélevés par les moyens divers et variés que nous connaissons sont pratiquement égaux à ceux qui sont distribués en aides, subventions, pensions, etc… sans oublier les salaires des fonctionnaires et autres qui procèdent à ce que nous appelons la redistribution. Donc, si les montants entrants sont égaux aux montants sortants alors que nous avons vu précédemment qu'ils n'ont pas le même effet sur la croissance, c'est qu'il existe une DIFFERENCE DE NATURE entre ceux-ci. C'est une évidence fondamentale ! (même si c'est contre-intuitif) Il s'agit simplement maintenant de découvrir quelle est cette différence.

Ma découvert

L'argent prélevé par un impôt nouveau s'apparente fortement à un prélèvement sur des bénéfices distribués ou du résultat alors que l'argent distribué s'apparente fortement à du chiffre d'affaires. Pour faire simple, si je prélève 100, je prends 100 sur de la croissance, si je distribue 100, c'est du chiffre d'affaires, il ne restera au final que 5 environ pour la croissance (et inversement). Un calcul plus approfondi selon le cas est nécessaire, il est expliqué en détail dans le livre. J'ajoute que le phénomène est globalement appréhendé par de nombreux économistes mais que personne avant moi n'a réalisé cet apport fondamental fondé sur la différence de nature entre les flux entrants et les flux sortants de ce que j'appelle « la machine administrative ».

Les implications 

Puisque les chiffres sont publics, il est facile de calculer l'effet de chaque mesure. Pour les cas étudiés, en moyenne, toute diminution des prélèvements obligatoires correspondant à des économies réelles a entraîné en valeur absolue une croissance additionnelle d'environ 5 fois la baisse des prélèvements (vérifié dans les comptes nationaux des pays qui ont réalisé cette opération). J'insiste sur l'expression « économies réelles » : La disparition d'une niche fiscale n'est pas une économie mais une augmentation d'impôt. A l'inverse, on peut imager en disant qu'à chaque création d'un poste public non hospitalier supplémentaire quel qu'il soit on envoie ou maintient en moyenne 5 salariés du privé d'un salaire équivalent au chômage.

Autre approche : En réalisant des économies substantielles dont la première moitié serait utilisée pour réduire la dette et la seconde moitié serait consacrée à la baisse des prélèvements obligatoires, on obtiendrait automatiquement plusieurs points de croissance additionnelle permettant d'améliorer le bien-être du plus grand nombre via, notamment, l'emploi.

Pour ce qui est de la relance, il faut avoir toujours en tête qu'une suppression de prélèvements obligatoires est 5 fois plus efficace pour l'économie qu'une subvention. Si, quand la situation sera redevenue « normale », nous finançons la dette engendrée par la relance avec des prélèvements supplémentaires nous courons à la catastrophe, si nous la finançons par des économies nous aurons de bonnes chances de nous en sortir.

J'ajoute que je ne suis pas un idéologue acharné de la lutte contre les prélèvements, ayant été moi-même un bénéficiaire de l'aide publique quand mon père est décédé dans un accident de la route alors que j'avais trois ans et demi, mon frère dix-huit mois avec une mère sans profession, mère au foyer comme on disait à l'époque.

Nous avons pu nous en sortir dans une France qui ne prélevait que 30% de la richesse nationale et je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui avec environ 50% de prélèvements obligatoires, dans la même situation, le choses se  passeraient aussi bien. 

Nota : Ce texte est le résumé d’un ouvrage qui décrit ma démarche. Ce livre est publié chez Bookelis avec le même titre sous forme papier et électronique.


A découvrir

Denis Louvel

Denis Louvel est consultant auprès de plusieurs managers français. Il les aide à élaborer leurs prévisions économiques et leur stratégie. De formation scientifique (ingénieur) et économique, ses travaux personnels en économie ont déjà généré la publication de quatre essais. Son dernier ouvrage fait suite à une découverte conséquente couronnant plus de trente années de recherches personnelles sur les causes de réussite ou d’échec de plans de redressement ou de relance.