Pour assurer la relance, préservons nos entrepreneurs

11 %
Bercy s'attend à une récession de 11% en France en 2020.

Les chiffres des défaillances d’entreprise du premier semestre sont à interpréter avec beaucoup de précaution. A l’instar d’un volcan, l’éruption attendue dans les prochains mois sera brutale pour les femmes et hommes chefs d’entreprise. Sachant que les effets de la crise mondiale du Coronavirus sont encore attendus, je perçois dans mes pires cauchemars des « Walking dead » compagnies.

Des femmes et des hommes, leurs familles, qui marchent encore mais tomberont prochainement, dès que les pouvoirs publics débrancheront le respirateur des aides économiques et sociales. La nomination à la tête d’un ministère délégué aux Petites et Moyennes entreprises d’Alain Griset, entrepreneur reconnu et longtemps premier défenseur des artisans est un signe positif. Je lui demande de faire du sauvetage des entrepreneurs son principal dossier et d’organiser dès la rentrée prochaine, un Grenelle des défaillances afin de réunir l’ensemble des médecins autour du même malade : les petits entrepreneurs !

Pourtant, la photographie pourrait nous donner une impression de dynamisme. Le Président de la République a en effet annoncé un grand plan de « relance » de 100 milliards d’euros dans lequel les entreprises se trouvent aux premières loges. Les chiffres sont vertigineux, l’ambition louable. La voie tracée par le Gouvernement depuis plusieurs semaines semble claire : sauver les entreprises « quoi qu’il en coûte ». Ce nouveau « plan » complète les aides, les reports de charge, les dispositifs d’allègements élaborés depuis la mi-mars. Preuve de l’efficacité des mesures prises, Altares indique que seules 17 000 entreprises sont tombées au 1er semestre 2020. Mais que se passera-t-il pour ses femmes et hommes chefs d'entreprise quand les aides aux entreprises seront taries ?

Ne nous leurrons pas, de trop nombreux entrepreneurs ne pourront pas affronter la tempête que nous traversons. Nous connaissons tous des entrepreneurs victimes de cette crise, un magasin aux portes closes, un restaurant qui a fermé ses grilles définitivement, et tant d’autres exemples. Dans les mois à venir, les sous-traitants de grands groupes impactés seront également touchés. Nous sommes sur un fil, à regarder dans le vide, faisant tout pour ne pas tomber. La fragilité des entreprises s’accentue. Dans la dernière étude d’Altares, les experts indiquent que plus de 100 000 entreprises détiennent moins de trente jours de trésorerie. Et certains nous prédisent de nouvelles flambées sociales, d’éventuelles grèves, une paralysie dont l’impact est dévastateur pour nos entreprises et surtout nos commerces. Soyons clairs, certains chefs d’entreprise ne s’en remettront pas. Et ces derniers ne pouvaient prévoir ce torrent, extérieur à leur structure, qui les emporte.

Nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas que le risque peut arriver à tout moment et de toute part. Je reprends à mon compte le dicton anglais qui explique « forewarned is forearmed » (Un homme avertit en vaut deux) « Armé », le terme est approprié. Car il n’est pas ici question de demander une aide financière. Mais il est indispensable que l’information, la formation, la prévention concernant les risques et les dispositifs de sécurité existants soit opérantes rapidement auprès des indépendants, artisans, dirigeant de TPE/PME de toute la France. Les décisions sont prises plus sereinement quand nous sommes préparés. Un entrepreneur reste entrepreneur. Même s’il fait face à la perte de son entreprise, un(e) dirigeant(e) va chercher à rebondir, à créer. Ne brisons pas cet élan salvateur pour l’économie.

Alain Griset, fera de ce dossier de l’anticipation du risque sa priorité j’en suis certain.

Un volcan même en éruption n’est pas craint par celles et ceux qui sont préparés, équipés et vigilants à leur propre sécurité. Ils vivent avec. Les entrepreneurs peuvent vivre avec l’idée du risque soudain, s’ils anticipent les sécurités qui vont avec.


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