Rencontre Juncker-Trump : un moment important pour les marchés ?

4,5 %
L'indice S&P500 a progressé de 4,5% en un mois.

Vu du marché, ces derniers jours, il apparaissait clairement que les bonnes nouvelles devaient être recherchées plus du côté de la microéconomie (la saison de résultats devrait être bonne) que de la macroéconomie (une situation aujourd’hui satisfaisante saura-t-elle résister aux coups de boutoir protectionnistes de l’Administration Trump ?). Disons que ce matin la « macro » participerait d’une ambiance davantage confiante, alors que la « micro » envoie un message de prudence.

Les résultats sont au beau fixe pour la plupart des firmes américaines

Commençons par les résultats des entreprises, avec une focale très américaine. Deux choses apparaissent. D’abord Facebook est à la peine. Les chiffres de T2 ne sont pas là où les investisseurs les attendaient. Est-ce ponctuel ou plus structurel ? La société aimerait que la première hypothèse prévale ; l’analyse met en avant le risque sérieux d’un durcissement de l’environnement fiscal et règlementaire et incite à ne pas rejeter la seconde. Même si bien sûr un modèle économique peut tout à fait être revu. Mais sera-t-il aussi profitable ?

Ensuite, un certain nombre d’entreprises pointent la politique commerciale de la Maison Blanche. Les constructeurs automobiles, mais aussi General Electric, Whirlpool, Coca-Cola ou Honeywell, insistent sur des hausses induites de coûts, qui obligent soit à relever les prix, soit à changer de fournisseurs. Il n’empêche qu’avec un tiers des sociétés cotées au S&P 500 ayant publié les résultats de T2, la tendance d’ensemble reste favorable. La croissance ressort à 8,5% pour les ventes et à 21,7% pour les revenus (source : Bloomberg). Les taux de surprise sont positifs et comparables en moyenne à ceux des trimestres précédents.

États-Unis vs Europe : un certain apaisement après une rencontre au sommet

Passons à l’environnement macroéconomique des marchés. Le point central à noter est la conclusion plutôt constructive de la réunion entre les Présidents de la Commission Européenne et des États-Unis sur les relations commerciales entre les deux zones. Aucune décision unilatérale d’entrave aux échanges n’a été annoncée d’un côté comme de l’autre. Mieux, les deux parties ouvrent des discussions devant aboutir à « zéro tarifs douaniers, zéro barrières et zéro subventions sur les produits industriels hors automobiles ». Les Européens s’engagent à acheter davantage de soja et de gaz liquide américains, et les Américains, à revoir, dans le cadre de ce dialogue à ouvrir, la surtaxe sur l’acier et l’aluminium. Quant à l’abcès de fixation sur l’automobile, on ne sait pas très bien ce qu’il est devenu !

Même si l’approche n’est pas complètement assurée, la perspective qui se dégage semble être la suivante : les États-Unis cherchent la confrontation avec la Chine, afin de la forcer à revoir des pratiques commerciales jugées déloyales et contraires aux règles internationales. Avec les autres pays, singulièrement ses alliés, il ne s’agit pas de « tordre le bras », mais de revisiter les accords en cours et de trouver de nouveaux compromis ; le tout entre acteurs du commerce mondial respectueux des usages et des règles. La différence est fondamentale et, si elle se confirme, rassurera les marchés. Les États-Unis ne se lancent pas dans une croisade protectionniste tous azimuts. Leur priorité est de régler la question chinoise. Pour ce faire « former le pack » avec les alliés est utile. Même si cela oblige le Président Trump à remiser ses instincts mercantilistes. Est-ce possible ?

La grande affaire de la journée sera la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE. Aucune décision n’est attendue. Ce qui n’empêchera pas d’être attentif à toute évolution éventuelle des analyses proposées.

Pour ce qui est du diagnostic sur l’environnement économique, deux points sont plus particulièrement à suivre. D’abord, la vue en matière de croissance. La BCE est-elle toujours confiante sur la poursuite de celle-ci à un rythme satisfaisant (autour de 2% l’an) ? Ensuite et surtout, confirme-t-elle l’idée que la résorption des capacités de production inemployées créera progressivement les conditions d’une accélération du noyau dur des prix à la consommation ?

Pour ce qui est de la déclinaison opérationnelle de la politique monétaire, on sera attentif à la façon dont les tombées et les coupons seront réinvestis (dans quel délai, sur quel support et avec quelle(s) maturité(s) ?) et à tout élément d’éventuelle précision sur le calendrier de remontée des taux directeurs. En sachant pourtant que l’ambigüité (toujours constructive !) fait partie de la palette des outils d’une banque centrale !


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.