Rentrée 2019 : les 5 défis d'Emmanuel Macron

109 %
Emmanuel Macron doit faire face à l'explosion de la dette publique
(109% aujourd'hui).

Cette rentrée 2019 a une saveur particulière pour le Président. La France sort d’une année pénible socialement et peine à montrer que son modèle économique, celui d’un État-providence protecteur compatible avec la Révolution numérique, est viable : il suffit de voir l’explosion de la dette publique (109% aujourd’hui).

Au confluent des tendances, et ces propos n’engagent que moi, je verrais un jeu d’équilibriste entre plusieurs tensions que l’on croit antagonistes et qu’il est aujourd’hui urgent de concilier. Pour cela, je m’en tiendrais principalement à la place de la valeur travail en France, un classico diront certains, mais combien de fois n’ai-je pas entendu cet été : « En France, quand on voit quelqu’un réussir, au lieu de se mobiliser soi même pour arriver à être aussi riche que lui, on se mobilise pour qu il soit aussi pauvre que soi ». L’enjeux de la rentrée pour Emmanuel Macron est de faire comprendre que le travail reste au cœur de la République, ce qui n’est pas incompatible avec davantage de souplesse (télétravail).     

Message 1 : la valeur travail comme élément clé de la réussite reste compatible avec plus de souplesse

Il faut limiter la pression fiscale et libérer l’initiative par le travail. Porter atteinte à cette valeur en renforçant la pression fiscale sur les classes moyennes supérieures qui précisément sont la réussite de l’ascenseur sociale naturelle est une erreur. On a vite oublié que 90% de la population des classes moyennes supérieurs et aisés représentent la réussite professionnelle dans le cadre de parcours verticaux, linéaires, et non opportunistes. Les classes moyennes ont déjà subi l’automatisation des fonctions support, attention à ne pas détruire un élément essentiel de la motivation : la réussite par le travail. Philosophiquement il n’est pas ici question de dire que le sentiment de réussite par le travail passe nécessairement par l’appartenance à une catégorie administrative supérieure mais l’inverse : ceux qui font partie de cette catégorie ont à 90% des parcours linéaires, des carrières plus longues (Avocats, professeurs, Consultants, économistes, médecins) et symbolisent la réussite dans les carrières longues à grades et échelons.  

Message 2 : la valeur travail et la liberté

Sur le marché du travail la liberté d’entreprendre par exemple, la liberté du commerce et de l’industrie aussi font partie des valeurs constitutionnelles de notre République. Elles remontent à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est même cette liberté d’entreprendre qui a permis de fonder notre développement économique. Ce sont les entreprises qui créent la richesse par le travail. De plus, l’entreprise reste le câble principal le long duquel évolue l’ascenseur social. C’est là que se joue la promotion sociale, la lutte contre les inégalités de destin. Il y a bien sûr les carrières salariales dans l’entreprise. Mais il y a surtout l’entrepreneuriat qui d’ailleurs n’a rien d’un simple autoentrepreneur mais peut-être un acteur d’une grande entreprise avec cet état d’esprit. Et il n’y a pas que Microsoft. Il y a également tout le tissu des PME qui ont réussi. L’entreprise et le marché du travail demeure, avec l’école, l’un des véritables lieux de transmission des savoirs ou des savoir-faire pour tous et toutes. En cela, elle concourt à l’égalité des conditions face au savoir. Il faudrait veiller à ne pas frustrer les parcours d’engagement et exigeants. Enfin, le marché du travail est aussi facteur d’intégration des populations de nos banlieues en difficulté. Ici, les 35H, vision administrative de l’économie reviendront dans le débat pour davantage de souplesse tout en garantissant réussite et « respect de soi-même » par le travail. 

Message 3 : le revenu universel ou de base reviendra dans le débat pour une République équilibrée (par exemple par consolidation de tous les minimas sociaux = 600 milliards environ). 

Ce message est essentiel. Pour la cohésion d’un groupe, il faut, quelles qu’en soient les inégalités réelles de parcours, que tous les français aient l’impression d’avancer un minimum. Pour se donner le plus de chance, il faudrait en face de l’économie de l’offre et dans le cadre de la Révolution numérique, une redistribution minimale la plus universelle possible pour répondre à deux défis : la disparition des emplois de fonctions support surtout exercés par la classe moyenne et la paupérisation du travail à la base. L’État-providence protecteur devra donc en priorité se focaliser sur la paupérisation du marché du travail.

Message 4 : Équité et efficacité fiscale pour toute la politique économique

Pour les retraites, pour l’indemnisation chômage tout comme pour la plupart des outils de politique économique…Il est en effet une règle minimale qui consiste à assurer le maximum de progressivité (ou degressivité selon les cas) et donc de cohérence entre coûts, charges ex ante et gains ex post sur l’ensemble de la vie. Sans cette règle essentielle, le risque restera toujours celui des débats clientélistes, partiels, ou lobbyistes qui opposent beaucoup la France aujourd’hui. On est toujours surpris qu’un principe d’une aussi grande simplicité ne paraisse pas retenir l’attention de nos gouvernants. On pourrait simplement commencer déjà par grandes catégories administratives.

Message 5 : Pouvoir d’achat et formation professionnelle en même temps ! 

Il apparaît risqué de vouloir lutter contre l’économie de l’offre en défendant une posture dogmatique sur la question. Le cycle Schumpétérien (1980-2040) de renforcement de l’économie de l’offre ne s’arrêtera pas. En revanche, la grande différence avec l’Ere de l’explosion de l’informatique du cycle précédent est que les politiques keynésiennes avaient permis aussi de stimuler le pouvoir d’achat tout en voyant sous nos yeux le déploiement des sociétés informatiques. L’enjeux aujourd’hui, n’est pas de « mater » l’offre, mais bien de stimuler le pouvoir d’achat en parallèle. Sans oublier la commande publique. Cet investissement public devra résoudre en partie les défis de la polarisation du marché du travail (formation professionnelle et qualification, cf. actuellement le débat autour du Répertoire national des certifications et habilitations, Réforme de l’université, Réforme de la dépense publique…).


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Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.