Retour du crédit d'impôt pour les fenêtres. Une ânerie. La preuve par mon devis !

100 €
Le crédit d?impôt devrait être de 100 euros par fenêtre, ce qui va
conduire les prix à augmenter rapidement de 200 euros au moins par
fenêtre?

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

J’aime « farfouiner » et « farfouiller » dans la vraie vie. Du prix de la baguette au prix de la fenêtre, je suis presque incollable. Je suis un économiste d’en bas. On ne se refait pas. C’est ainsi.

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon accord avec une mesure gouvernementale (ce qui, vous en conviendrez, est plutôt rare).

En effet, il y a quelques semaines, avant la révolte des gilets jaunes, le gouvernement avait annoncé qu’il supprimait les déductions d’impôts pour remplacement des fenêtres.
Comme économiste d’en bas, j’ai « applaudi » à cette démarche, car il est injuste de faire payer une partie de mes fenêtres par la collectivité que je remercie au passage de son don fort sympathique (je taquine et provoque un peu pour faire réagir). Merci donc à tous ceux qui payent des impôts de payer mes fenêtres, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Ensuite, je constate qu’à chaque fois qu’il y a un crédit d’impôt, globalement, et pour faire simple, le prix du produit concerné augmente du montant de la déduction ou de l’avantage octroyé par l’État. Les sous ne vont pas dans la poche du gouvernement. Ils ne vont pas non plus dans la poche du consommateur. Il va dans les poches du grand méchant capital, comme dit mon hémisphère gauche(iste) du cerveau.

Sauf qu’aussi sec, mon hémisphère droit (libéral) affirme qu’il faut laisser les marchés se réguler tout seuls.

Si les vendeurs de fenêtres veulent vendre des fenêtres, eh bien ils baisseront leurs prix jusqu’à trouver des acheteurs… (souvent l’économie c’est très simple).

D’ailleurs, de vous à moi, je suis en train de faire une super affaire !!!!

La super affaire à Sannat, économiste d'en bas !

Je n’aime pas jeter l’argent par les fenêtres. C’est de famille depuis l’arrière-pépé qui a été ruiné. Ça laisse des traces dans l’inconscient familial. Pensez donc, y en a un qui a été ruiné par la guerre, et l’autre par le jeu… Alors le premier qui parle de casino dans la famille terminait généralement le repas dehors.

Bref, à la maison, les fenêtres sont un poil vieillottes. Ma femme dit plus directement et avec moins ambiguïté « on se caille à la maison ». Il faut dire que mon aîné coupe régulièrement le thermostat pour faire baisser la consommation et donc la facture, ce qui enrage sa maman, pour notre plus grand bonheur collectif. Bref, maman est frileuse. Étant un mari tout de même amoureux de son épouse, j’ai décidé de casser la tirelire et de remplacer les fenêtres. Surtout que (et vous me voyez venir) quand l’État cesse les aides, la demande s’effondre. Quand la demande s’effondre, les prix font de même !

Si comme disait Coluche il suffit de pas acheter pour que ça se vende pas, on peut aussi rajouter que c’est quand personne ne veut plus d’un truc que c’est le meilleur moment pour en prendre ! Cela fonctionne aussi pour les actions en plein krach, mais laissez encore baisser, c’est pô fini, on y reviendra.

Voici la preuve par le devis !!

Du coup, c’est le moment de changer ses fenêtres.

Je me suis donc rendu chez Lapeyre il y quelques semaines (j’aime bien Lapeyre, c’est comme ça, je n’ai pas l’impression de me faire avoir, j’ai un catalogue avec des prix qui ne sont pas à la tête du client et c’est un grand groupe français, qui… produit et fabrique beaucoup dans notre pays).

J’ai donc regardé  pour des fenêtres en alu, vendues 100 euros plus cher que le PVC… en promotion et en plus, avec la pose offerte, le tout étant fabriqué en France. Au moins, je fais bosser les copains ouvriers gilets jaunes d’ici et pas de là-bas !

J’ai donc eu 8 fenêtres pour 6 000 euros TTC, pose incluse et offerte par la maison… Bon, il faut que j’attende le mois de mars pour la livraison et la pose et l’hiver sera passé, mais en 2019, ma femme aura moins froid. Je ne dis pas qu’elle aura chaud, car mon fils et moi comptons bien baisser encore la consommation électrique !

Comme en plus, chez Lapeyre, « y en a pas deux », et que la vente de fenêtres c’est coton en ce moment, il est possible de payer entre 3 et 10 fois sans frais… Allons y donc pour le 10 fois sans frais et le dossier avec pleins de justificatifs à fournir.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Le gouvernement va remettre la déduction fiscale pour les fenêtres par démagogie, et ceux qui n’ont pas grand-chose et payent déjà trop d’impôts vont payer pour ceux qui changent leurs fenêtres, ce qui relève d’un choix personnel et individuel.

Le crédit d’impôt devrait être de 100 euros par fenêtre, ce qui va conduire les prix à augmenter rapidement de 200 euros au moins par fenêtre…

Oui me direz-vous, mais c’est pour la transition écologique !!!

Et là je vous répondrai vertement… la quoi ? Hahahahahahahahaha… cessez de me faire rire !

La vraie transition écologique, ce n’est pas de déduire de ses impôts une partie de ses fenêtres. C’est faire en sorte que l’énergie soit peu coûteuse pour les plus fragiles d’entre nous. C’est pour cette raison qu’EDF doit continuer à s’appeler EDF. Électricité de France pour tous ceux qui habitent la France, vivent en France, et ont besoin de se chauffer ici et maintenant.

EDF n’est pas une entreprise comme les autres, EDF doit bien plus que la lumière, EDF est un bien commun.

Mais l’Europe en a décidé autrement.

Non seulement je ne les ai pas payées cher, mais en plus je vais pouvoir les déduire de mes impôts, ce que je n’avais pas prévu… Enfin, si De Rugy pouvait permettre de défiscaliser en 2019 les achats de fenêtres signés en 2018 pour l’acompte, mais posées en 2019, ça m’arrangerait sacrément… Mais au fait, comment va fonctionner ce crédit d’impôt avec le prélèvement à la source ?

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.