Retraite, activité et emploi sont indissociables !

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La France compte pas moins de 6.8 millions d?inactifs.

Parler de retraite sans parler d’activité et d’emploi est un non-sens ! Il ne faudrait pas oublier que sont les salariés et les employeurs qui contribuent à alimenter les fonds nécessaires pour les retraites. C’est le principe de base de notre système. Aussi avant de parler de retraite, il serait peut-être bien de parler d’abord d’activité et d’emploi ?

La situation de l’emploi à ce jour

La situation de l’emploi en France est loin d’être satisfaisante. Le taux de 8,5% de chômage avancé par le gouvernement, considéré comme référence par l’ensemble des médias, cache la réalité de l’état de l’activité et de l’emploi. Rapporté au nombre d’actifs, autour de 29,6 millions, Il ne concerne que les 2,8 millions de chômeurs indemnisés. Plus de 600.000 chômeurs non indemnisés complètent l’addition. À ce premier total de plus de 3,4 millions de personnes, il faut aussi ajouter, un nombre de salariés sans emploi en formation, les bénéficiaires du RSA et les demandeurs d’un premier emploi. Avec 6.8 millions d’inactifs, la France n’est pas une référence.

Le taux d’activité (personnes actives) se situe à hauteur de 64% soit 4 à 8 points de différence avec ses partenaires européens ! L’affichage de créations d’emploi ne correspond pas à la première idée que l’on se fait de l’emploi. Début 2019, on parlait de 87% de CDD, dont 40% de contrats de très courte durée, d’intérim, en alternance avec un chômage partiel ! Si plus de 200.000 propositions restent non satisfaites, le taux de création d’emplois serait de l’ordre de 0,6% net fin 2019. On compte 87% de CDD, dont 40% de contrats de très courte durée, d’intérim, en alternance avec un chômage partiel ! Les femmes et les jeunes sont les plus touchés, devant les seniors à quelques années du droit à la retraite.

On ne bâtit pas l’avenir sur l’inactivité forcée et entretenue, et sur le désespoir. Cet effort d’investissement et de mobilisation pour imaginer et créer de l’activité utile, accessible à tous, quelle qu’en soit sa forme, est tout à fait possible. Des gisements d’activité sont présents partout. Il faut les découvrir et les stimuler. C’est dans cette voie qu’il faut agir en réorientant les crédits de formation (patronat-syndicats) pour pallier à l’inactivité et tenter de satisfaire les propositions d’emplois non satisfaites. Cette contribution ne coûterait rien à l’État !

La crise de l’emploi, l’aggravation réelle du chômage et la réforme des retraites contribuent à détériorer le climat social, accentuant à terme le caractère dual de notre société.

Ne perdons pas de temps par manque de clairvoyance

Près de deux ans de travail et de pérégrinations de Jean-Paul Delevoye avec les corps intermédiaires et voilà que l’Exécutif et le gouvernement se retrouvent au pied du mur. Alors comment passer à l’action ? Le Haut-Commissaire à la réforme des retraites entre au gouvernement.

Manifestement devant les premières « bronca », après l’âge « légal » de départ, la « durée minimum » de cotisation, préférence élyséenne, la notion « irréelle » d’âge pivot à 64 ans non abandonnée pour autant, le calcul « indéterminé » de la valeur du point et la « fausse » fin annoncée des régimes particuliers dits « spéciaux », obligent à de nouvelles concertations, type « grand débat ». Ils seraient remplacés par une trentaine d’exceptions, aménagées pour tenir compte des spécificités et de la pénibilité des métiers.

Les informations, consultations et éventuelles négociations devaient durer près d’« un an » et conduire à un report « masqué » de la réforme au travers d’un calendrier pressenti à en perdre le souffle : été 2020 (projet de loi) ; début 2025 (premières applications) ; finalisation prévue en 2040 ! Ce qui n’est qu’une première estimation puisque la ministre de la santé à laisser s’échapper une date plus facile à retenir : la fin siècle ! De recul en recul, sans consistance et par manque de clairvoyance, cette réforme, destinée à ce que l’État prenne le contrôle du système de retraite qu’il qualifie pour d’universelle et plus juste, n’a plus de sens !

De mal en pis, toutes les idées, même les meilleures sont balayées

La situation se dégrade. Tous les outils sont de sortie : article, interview, présentation, débat, discussion et table ronde. Cette panoplie de communication abusive concerne tous les membres de l’exécutif. L’indifférence aux arguments, prétendus « choc » s’accroît. En revanche les manifestations de rejet s’organisent et le 5 décembre ne va pas manquer de perturber le programme.

La morosité ambiante persistante, amplifiée par une perte progressive de confiance et d’espoir, souligne de fait la désadaptation, voire les risques réels de rupture de notre société. La dimension sociale du travail est en pleine métamorphose et la réforme telle qu’elle est envisagée aggrave cette rupture.


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.