La BCE appelée à déjouer le piège déflationniste [BESTOF]

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La BCE voudrait voir l'inflation en zone euro remonter à 2%.

Initialement paru le 21/01/15

Le 22 janvier 2015, les discussions de la réunion du conseil des gouverneurs seront alimentées par les prévisions d'une inflation historiquement faible à long terme. Celle-ci ne peut pas être expliquée par les turpitudes actuelles des prix du pétrole. Les anticipations d'inflation à long terme (extraites des taux d'intérêt des swaps d'inflation européenne) pour la période 2020/2025 s'établissent actuellement à 1,53% contre 1,95% en août et une moyenne de 2,30% sur les dix dernières années. Les investisseurs semblent ainsi remettre en cause la capacité de la BCE à atteindre sa cible d'inflation (fixée à 2%).


L'autorité monétaire européenne n'a pas d'autres choix que de frapper fort en intervenant massivement sur les marchés de dettes privées et publiques afin de contourner le canal du crédit bancaire actuellement inopérant et d'abaisser les taux des emprunts publics en deçà des anticipations de croissance économique. Ses marges de manoeuvre sont fort heureusement quasi intactes comparativement à l'accroissement des bilans des autres banques centrales mais le temps presse si elle veut éviter le piège de la spirale déflationniste : allègement de la masse salariale, gel des investissements, pression sur les fournisseurs, demande asphyxiée !

En dépit de conditions de refinancement extrêmement favorables, l'activité de crédits des établissement bancaires est insuffisante pour relancer la consommation des ménages et l'investissement des entreprises. En acquérant des titres adossés à des crédits accordés à des entreprises, la BCE rend solvable des acteurs économiques qui actuellement présentent une probabilité de défaut trop importante pour être financés par les établissements bancaires. L'efficacité de cette action est néanmoins limitée par l'étroitesse actuelle de ce compartiment de marché.

L'achat massif d'obligations souveraines par la BCE pourrait se traduire par un nouveau fléchissement des taux des emprunts publics, à un niveau inférieur à celui de la croissance économique. Le niveau d'endettement public dépend directement de l'écart entre le taux d'emprunt et le taux de croissance. Il est donc essentiel dans un contexte de défiance à l'égard de la soutenabilité des dettes publiques que les taux d'intérêt souverains soient à leur plus bas niveau possible.

A titre d'exemple, dans un contexte où l'équilibre budgétaire serait assuré (hors paiement des intérêts de la dette), un taux d'intérêt réel supérieur de 2% aux taux de croissance économique, aboutirait pour un pays endetté à 100% de son PIB, à afficher 20 ans après un ratio dette/PIB à près de 150% ! Le succès du quantitative easing de la BCE dépend ainsi étroitement de la sélection des pays de la zone euro qu'elle aura décidé de soutenir.


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