Les nouvelles sanctions américaines contre Huawei menacent le secteur des nouvelles technologies aux Etats-Unis

58 %
Le marché chinois représente à lui seul 58% de la demande mondiale de
semi-conducteurs.

L’administration Trump envisagerait de restreindre l’approvisionnement en puces 5G de Huawei. Une mesure de rétorsion qui pourrait avoir des conséquences délétères sur le déploiement de cette nouvelle technologie, si ce n’est se retourner contre ses instigateurs.

C’est un nouvel épisode dans la rivalité commerciale qui oppose Washington et Pékin dans le champ des nouvelles technologies. Dans un contexte de tensions croissantes, alimenté notamment par la pandémie de Covid-19, les Etats-Unis, distancés par Chine dans la course mondiale à l’innovation autour de la 5G, ont décidé de franchir un nouveau cap en levant de nouvelles sanctions contre la firme de Shenzhen. Selon une dépêche Reuters, l’administration Trump chercherait en effet à empêcher Huawei de se fournir en puces 5G auprès de son fournisseur, le fabricant TSMC. Pour ce faire, Washington pourrait abaisser la proportion de propriété intellectuelle américaine au-delà de laquelle l’entreprise chinoise ne peut acquérir des composants, de 25 à 10%. Cette mesure, qui vise spécifiquement TSMC, empêcherait mécaniquement Huawei de s’approvisionner en semi-conducteurs essentiels pour le déploiement de sa technologie 5G. Et pourrait avoir des conséquences délétères pour le déploiement des réseaux mobiles nouvelle génération auquel participe l’équipementier chinois, en tête dans les brevets déclarés pour la 5G.

Une mesure qui risque de pénaliser les entreprises américaines

Cette mesure pourrait cependant bien se retourner contre les entreprises de puces aux Etats-Unis. En réponse à ces menaces, Huawei a annoncé renforcer son partenariat conclu depuis 2019 avec le fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics pour contourner les restrictions sur les exportations américaines. L’équipementier chinois cherche également à transférer une partie de production des puces dont elle a besoin vers ses propres sites de production, notamment vers sa propre fonderie. Si l’équipementier chinois n’est pas encore en mesure de se passer complètement de ses fournisseurs soumis au droit américain, les fournisseurs de puces chinois ne pouvant fournir que 14% de ses besoins, ces restrictions devraient l’inciter à accélérer en matière de sécurisation de sa chaîne d’approvisionnement. De même, une situation similaire avait en effet conduit Huawei à se passer de Google pour ses derniers modèles de smartphones.

Outre les conséquences délétères sur le commerce mondial, les mesures de rétorsion américaines pourraient avoir dans le même temps de sérieuses répercussions sur le secteur des nouvelles technologies aux Etats-Unis, alors que le marché chinois représente à lui seul 58% de la demande mondiale de semi-conducteurs, et 23% de la demande de puces américaines. L’arrêt des commandes de Huawei, qui est le deuxième client de TSMC derrière Apple, et représente 14% de ses revenus, pourrait en effet causer un préjudice important pour le fondeur. A l’échelle du secteur, ces mesures de rétorsion pourraient se traduire par une baisse de chiffre d’affaires, qui ne seraient pas sans conséquences sur les dépenses de R&D, pourtant stratégiques dans le cadre de la compétition mondiale pour l’innovation. Deux associations américaines de fabricants, la SEMI et la Software Alliance, ont ainsi écrit au président des Etats-Unis, Donald Trump, pour s’opposer à ces sanctions.  

Du fait de son avance technologique sur la 5G, Huawei est devenu depuis plusieurs années la bête noire de Washington. Après avoir interdit aux entreprises américaines de travailler avec l’entreprise chinoise sur la base d’accusations d’espionnage, pourtant remises en cause par Microsoft, l’administration américaine avait également menacé ses alliés européens qui confieraient le déploiement de leur réseau 5G à Huawei. Ces déclarations qui n’ont pas empêché le Royaume-Uni, l’Union européenne et notamment la France de donner leur feu vert à une participation limitée de l’équipementier chinois hors infrastructures sensibles.


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