Sauver la sécurité sociale, est-ce possible ?

12,8 milliards €
Le déficit de la Sécurité sociale pourrait s'établir à 12,8 milliards
d'euros pour l'année 2015.

La sécurité sociale est un des piliers du système social Français, héritage du conseil de la résistance et du Général de Gaulle. Cette « invention » le monde entier l’a citée en exemple durant les trente glorieuses, aujourd’hui cette sécurité sociale est sous perfusion, en état de mort apparente. Est-elle récupérable, qui se bat pour elle, qui se bat contre ?

Avant de répondre à cette question, il est important de poser les acteurs de ce psychodrame et de voir les arguments de chacun.

Tout d’abord le monde politique, aujourd’hui socialiste, mais ce n’a pas toujours été le cas, qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. La sécurité sociale est un système solidaire, cette affirmation est l’élément de base à prendre en compte pour comprendre ce qu’il se passe. Système solidaire c’est à dire chaque salarié paye en fonction de ses revenus (charges patronales et charges salariales) tout le monde est remboursé de ses frais de santé qu’elle que soit sa cotisation. La création de la CSG ayant un peu agrandi l’assiette des cotisations à tous les revenus.

Depuis très longtemps (1995 avec Juppé) les comptes de ce système sont en danger, les dépenses de santé augmentent, nous vivons mieux et plus vieux et l’assiette des cotisations diminue (chômage) Face à cette dégradation des comptes le premier a avoir inventé la médecine « comptable » c’est Alain Juppé, les diktats comme « il faut diminuer les dépenses de santé » ou bien « il faut diminuer les remboursements » se sont fait entendre. Personne chez les politiques n’envisage de corriger l’assiette, pire depuis Martine Aubry on a inventé la CMU, puis ensuite L’AME, prise en charge de non cotisants très nombreux sans aucune compensation de l’état. Un système déjà a bout de souffle qui a été plombé définitivement par ces nouvelles « inventions. »

Aujourd’hui les députés vont voter le budget 2016 et vous remarquerez que seules les dépenses doivent diminuer, une fois encore aucune discussion sur les recettes. Si nos énarques continuent ils vont découvrir qu’en supprimant  totalement les remboursements et en continuant a pomper les salariés tout ira mieux. C’est exactement ce qui va se passer avec la « loi santé » qui va donner notre système social aux assurances privées, les cotisations de ceux qui travaillent ne serviront plus qu’à rembourser ceux qui ne cotisent a rien et seront pris en charge à 100%.

Second élément à prendre en compte, les défenseurs du libéralisme total. Un mouvement appelé les « libérés de la SECU » est mobilisé contre le système actuel. Ils ont un premier argument qui consiste à dire que selon les lois Européennes le monopole de cotisation à la sécurité sociale n’existe plus, que chacun peut s’assurer où il veut. L’état de son côté se défend, pas toujours adroitement, contre ces mouvements. Il multiplie les procès (qu’il perd a chaque fois) contre ces libéraux qui ne cotisent plus en particulier au RSI pour s’assurer eux mêmes. La première remarque à faire sur ces « libérés » c’est qu’ils tuent la solidarité du système en le fuyant. Mais cette solidarité ils la refusent en expliquant que c’est l’état qui l’a tuée, du fait de l’élargissement des assujettis sans compensation. La encore la loi santé va donner raison a ces groupes, la santé ayant été donnée aux assurances privées toujours plus chères, ceux qui cherchent la liberté de s’assurer gagneront. Même chez les médecins ces mouvements ont des échos  chez ceux qui se mobilisent en ce moment contre la future loi, certains veulent un total déconventionnement pour retrouver leur liberté de soigner.

Enfin troisième élément, certainement le plus important, est le combat des médecins libéraux actuel. Très forte mobilisation jamais vue chez les médecins vent debout contre la loi Touraine. Ces médecins libéraux se battent aussi en particulier pour sauver le système social Français. Il faut bien comprendre que la sécurité sociale a pu fonctionner jusqu’à ce jour uniquement parce que les médecins ont accepté d’en jouer le jeu. Depuis toujours le corps médical libéral Français a accepté de soigner les patients en étant conventionné secteur 1 (totalement remboursés) pour la majorité. Ces médecins ont fait le sacrifice du prix des consultations uniquement par solidarité et  parce que les politiques martèlent qu’ils doivent faire des économies.

Imaginez si la majorité des médecins  était non conventionnée, ils ont la liberté de la faire, notre système de soins Français serait en grand danger. C’est à peu près ce qui se passe dans de nombreux pays où pour se faire soigner correctement il faut payer quelquefois très cher. On peut donc affirmer que la majorité des médecins libéraux de France a contribué à faire fonctionner ce système solidaire, la solidarité ils connaissent. Mais en même temps la future loi va détruire tout ce qui fait leur métier, suppression de la liberté de soigner, suppression du secret médical, suppression de leurs choix d’installation, une révolution insupportable et sans aucune compensation.

Alors ils se battent, certains voudraient nous faire croire que ce combat est motivé par de basses motivations financières ou de confort. Quand on y regarde de plus près, ils se battent en premier pour sauver le système de soins Français que le monde entier nous envie. Pas exactement pour sauver la sécurité sociale dans l’état où elle est mais bien pour en  sauver le principe.

Ces médecins demandent à l‘état de retirer la loi non pas pour ne rien faire mais pour construire un projet avec eux qui en sont le cœur. Ne pas laisser les politiques tuer ce qui reste encore de notre système social en en faisant uniquement un système marchand et comptable. Tenir compte des recettes aussi bien de que dépenses serait un minimum.

La vieille dame a 70 ans, Les socialistes lui ont fêté son anniversaire à « la mutualité » tout un symbole. Quels seront les sauveurs de cette vieille dame ? certainement pas ceux qui veulent la quitter, sans doute pas les politiques actuels incapables de changer le logiciel, peut être nos médecins ?


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.