A propos de science...

2,2 %
La mortalité en France du coronavirus est de 2,2%

Jamais « les scientifiques » n’auront été autant  mis en avant pour justifier des mesures politiques aussi exceptionnelles que la mise en quarantaine de nations entières, la fermeture de tous les établissements scolaires et d’enseignement (normal puisque les jeunes sont les moins concernés et les moins vulnérables), « l’interdiction », dixit le ministre de l’intérieur, de recevoir des gens chez soi (seule l’abolition du libre arbitre n’a pas encore été décrétée même si l’atmosphère sent un peu le bûcher),  bref tout ce néo-despotisme éclairé  qui nous tombe dessus - et vient en France à point nommé pour détourner l’attention des résultats électoraux et permettre un aggiornamento « dans l’honneur » de la mère des réformes du quinquennat. Si c’était de bonne guerre.

De leur côté « les scientifiques » ne manquent pas de souligner que les décisions reviennent au politique, un hommage ciblé à Paul Ricoeur pour qui la décision est inévitablement en rupture avec le processus indéfini de délibération, pourvu que celui-ci les écoute attentivement : n’en déplaise à son maître, celui-ci se retranche derrière eux pour annuler symboliquement sa décision, laquelle devient alors la conclusion inattaquable d’un parfait syllogisme. Dans ces conditions un consensus politique quasi « maréchalien » s’ensuit (l’épisode Buzyn étant étouffé d’un commun accord pour ne pas le perturber). Plus d‘espace possible pour la contestation. Le pouvoir médiatique est légitimé à ne parler « que de cela » dans un déferlement de propagande très orwellienne pour le bien. Sans doute faut-il cela pour occuper l’espace mental de citoyens confinés à la maison, normalement plus à même de réfléchir, et pour les empêcher   de se poser la seule question « politique » qui vienne à l’esprit en ce moment : la réponse à cette épidémie, devenue pandémie, a-t-elle été, est-elle, adaptée ? A-t-elle été, est-elle, proportionnée, efficace  ? Entre tout à la fin et rien au début (le match Juventus Olympic Lyonnais en pleine crise « covid 19 » du nord de l’Italie a bien eu lieu le 26 février au scandale de plusieurs élus) existe-t-il une juste mesure ? Il existe en effet de nombreuses autres causes de mortalité… dont soudain on ne parle plus.

Face à cette communication, dont le rendement informatif et la valeur prophylactique (« la peur ne protège pas du danger » disait une vieille dame interviewé par un journaliste au ton inquisitorial très porté) sont fortement décroissants,   qui efface la frontière  séparant encore dans nos esprits  les Etats totalitaires des Etats démocratiques, mais  commence à semer la panique dans le personnel des entreprises, essayons de garder la tête froide,  sans tomber dans la facilité ou la polémique, et  de répondre à la question qui s’impose.  A propos de science, partons donc des chiffres de la mortalité absolue et de la « létalité » relative de cette épidémie comparée aux autres grippes.

A ce stade, depuis son apparition en décembre, la pandémie selon La Croix et AFP, avait fait au 18 mars 7873 morts, soit moins que les 8200 morts de la grippe saisonnière en France en 2019 (entre 300 000 et 650 000 par an dans le monde selon l’OMS).  En Chine, où le virus régresse, le bilan des décès s’élevait au 18 mars à 3237 décès pour 80 894 malades sur une population de 1,5 milliard de personnes, soit une mortalité élevée de la maladie de 4 %, en partie due à la désorganisation initiale face à la soudaineté de l’épidémie et un taux de morbidité (malades rapportés à la population) de 0,05% (1) En France le nombre de morts à la même date s’élevait à 175 morts pour 7730 cas de maladie, soit une mortalité de 2,2 % (contre 0,2 à 0,5 % pour la grippe saisonnière) et une morbidité de 0,01 %. En Espagne le nombre de décès s’élevait à 558 morts pour 13 716 cas de grippe Covid 19, soit un taux élevé de mortalité de 4 % et un taux de morbidité de 0,03 %. La létalité comparée de la grippe Covid 19 est très inférieure à celle du SRAS en 2002/2003 de 9,6 % et à celle du Mers, qui sévit toujours et s’élève à 34,8 % toujours selon l’OMS (cf le site Libération du 18 mars). La grippe Ebola, circonscrite à l’Afrique a fait 11 000 morts entre 2013 et 2016. En résumé, la mortalité absolue du Covid 19 est beaucoup plus faible que celle de la grippe saisonnière à ce stade mais sa létalité relative est nettement plus élevée, quoique largement inférieure à celle des autres grippes malignes, sans faire rentrer en ligne de compte la grippe espagnole qui a fait 50 millions de morts au lendemain de la première guerre mondiale. Ne parlons pas non plus des 530 morts « prévisibles » de la rue en 2019  ou des 3300 morts de la route (A quand l’arrêt de la circulation routière ?) qui ne nous émeuvent pas plus que cela. On ajoutera que le taux de guérison de cette pandémie est particulièrement élevé (proche de 98 %) et que la plupart des décès constatés concernent des personnes affectées d’une morbidité antérieure qui les a fragilisés. L’usage de la « nivaquine » suffira peut-être à l’augmenter encore…

Au-delà des chiffres, que l’on pourrait  donc plutôt utiliser pour rassurer les foules que pour les paniquer et les manipuler  - ce qui n’est pas très « scientifique » avouons-le dans un temps qui nous permet de mieux toucher du doigt  « la grande peur de l’an mil » qui nous faisait hausser les épaules de mépris il n’y a pas si longtemps encore au sujet de nos ancêtres attardés dans un obscurantisme si typiquement médiéval - cette pandémie se caractérise par sa virulence particulière et sa contagiosité, qui donne d’aiileurs lieu à ces extrapolations « scientifiques » telle celle de Neil Ferguson (de « L’imperial College » à Londres) que le site du Monde du 17 mars considère comme « glaçantes » en particulier celle dite du « laisser faire » , qui n’est en fait  une option pour personne, qui évalue à 500 000 le nombre de morts en Grande Bretagne et à 2,2 millions de morts aux Etats-Unis dans un court délai. Les symptômes d’étouffement semblent également particulièrement éprouvants pour les victimes, les proches et les soignants, quoique proches apparemment des mauvaises grippes saisonnières qui tournent à la pneumonie et s’avèrent fatales.  Ici l’on s’approche de ce qui nous paraît « la vérité » la plus saisissante de cette crise, à savoir l’embolie soudaine des services d’urgence et de réanimation face à une crise sanitaire quelle qu’elle soit, la pénurie des appareils respirateurs, de lits et de personnel, tous phénomènes dont le personnel soignant se plaint depuis fort longtemps au point de faire grève et, plus triste encore, pénurie des masques dont des « scientifiques » expliquent à la fois qu’ils ne servent en gros à rien pour le commun des mortels mais qu’ils sont indispensables pour les soignants qui travaillent à proximité des malades. Bref, on prend conscience de l’imprudence, de la négligence et de l’inattention aux besoins des soignants, qui ne sont pas une bonne manière de préparer la guerre.

Le simple manque de masques, sans parler des autres  fragilités structurelles mises à jour  par cette soudaine attaque d’un ennemi invisible, conduit à se demander si la fourniture en nombre suffisant  de masques à la population âgée ou malade et à leur entourage (en Chine au départ à qui nous en avons fourni)  et à tous ceux qui ressentent les premiers symptômes, plus la pratique généralisée des gestes barrières simples, dont les professeurs de médecine soulignent l’efficacité, plus  l’interdiction précoce de grands rassemblement notamment internationaux,  n’auraient pas été des outils d’endiguement  de l’épidémie mieux adaptés et plus proportionnés, qu’un confinement généralisé, dont les conséquences sont incalculables, auquel on n’avait pas même songé lors de grippes plus infectieuses ou pour d’autre types de mortalité . Des précautions exagérées à l’arrivée compensent-elles l’excès d’insouciance au départ ? La confession publique, si inopportune, de l’ancien ministre de la santé candidate à la Mairie de Paris, qui trahit tout le malheur d’une conscience torturée, ne plaide pas en ce sens. A propos de science, on est toujours reconduit vers la conscience.                                             

Cédric d’Ajaccio (2)

[1] En admettant que la mortalité de la grippe saisonnière soit la même en Chine qu’en France le nombre des décès de la grippe saisonnière devrait être de 8000 multiplié par 21 (le multiple de la population chinoise par rapport à la française) soit 168 000.

[2] Un cousin éloigné de Frédéric Bastiat.


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