Singapour, Turquie, Italie... : la récession se propage

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12 pays seraient déjà en récession industrielle, 5 à la frontière et 6
menacés d'y entrer au cours des prochains mois.

Qui l’eut cru ? Hier champions de la croissance, de plus en plus de pays sombrent depuis quelques mois dans la récession. Une situation dangereuse qui s’est malheureusement encore aggravée et propagée en octobre.

Industrie mondiale : 23 pays en danger, 12 déjà en récession, 5 à la frontière et 6 qui s’en approchent

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Sources : Markit, ACDEFI

Ainsi, selon les enquêtes des directeurs d’achat, et comme le montre le tableau ci-dessus, 12 pays seraient déjà en récession industrielle, 5 à la frontière et 6 menacés d’y entrer au cours des prochains mois.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Singapour qui décroche la palme de la plus forte baisse de l’activité en octobre. Et ce, après avoir été numéro de la croissance des pays de l’OCDE en moyenne de 2000 à 2017.

Elle est néanmoins suivie de près par la Turquie, qui continue de sombrer dans l’une de ses plus graves crises économiques des vingt dernières années (après celle de 2008-2009).

Et pour cause, en dépit d’un léger rebond, l’indice PMI dans l’industrie turque reste en zone rouge et annonce une nette baisse du PIB au moins jusqu’au début 2019.

La Turquie reste engluée dans sa plus grave crise économique depuis 2008-2009

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Sources : OCDE, Markit, ACDEFI

L’Afrique du Sud est également mal en point, tout comme Hong-Kong, Taïwan ou la Thaïlande.

Mais la véritable nouveauté de ce mois d’octobre réside dans l’entrée probable en récession de l’économie italienne.

En effet, que ce soit dans l’industrie ou les services, les indicateurs Markit PMI des directeurs d’achat ont plongé, passant sous la barre des 50, à précisément 49,2 dans les deux cas.

Il s’agit tout simplement de planchers depuis respectivement octobre et septembre 2014.

Mais surtout, comme le montre le graphique ci-après, cette chute impressionnante indique que le glissement annuel du PIB italien devrait encore fortement chuter au cours des prochains trimestres.

Après être déjà passé de 1,7 % aux deuxième et troisième trimestres 2017 à 0,8 % au troisième trimestre 2018, celui-ci pourrait tomber vers – 1 % d’ici le début 2019.

Italie : retour vers la case récession.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

Même s’ils sont encore relativement loin de cette situation récessive, tous les autres pays de la zone euro souffrent de plus en plus, en particulier dans l’industrie.

L’activité industrielle ralentit fortement dans tous les pays des de la zone euro

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Sources : Markit, ACDEFI

Ainsi, comme le montre le tableau ci-dessus, l’industrie française se rapproche dangereusement de la zone rouge. Et la baisse de 1,8 % de la production industrielle française en septembre montre que la tempête a déjà commencé.

Parallèlement, même si l’industrie espagnole va un peu mieux qu’en septembre, elle reste également très fragile.

Encore plus inquiétant, les indices PMI « industrie » ont également fortement baissé en Allemagne et dans l’ensemble de la zone euro, à respectivement 52,2 et 52,0, des planchers depuis mai et août 2016.

Ce qui n’augure évidemment rien de bon pour l’avenir de l’activité industrielle dans l’UEM.

Fort heureusement, à l’exception notable de l’Italie, l’activité dans les services se comporte mieux que celle de l’industrie.

Pour autant, notons que les indices Markit « services » atteignent des plus bas depuis juillet 2018 en Allemagne et surtout depuis janvier 2017 dans l’ensemble de la zone euro.

L’activité dans les services continue de résister mais commence également à battre de l’aile

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Sources : Markit, ACDEFI

Enfonçant le clou de ce climat particulièrement morose, l’indice Sentix de la zone euro a encore régressé en novembre, atteignant désormais un plancher depuis octobre 2016 et laissant envisager un glissement annuel du PIB eurolandais proche de 0 % d’ici le printemps 2019.

Zone euro : l’indice Sentix au plus bas depuis octobre 2016

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Sources : Eurostat, Sentix, ACDEFI

Pour ne rien arranger, l’économie chinoise a également surpris par sa faiblesse en octobre. En effet, l’indice Caixin des directeurs d’achat chinois s’est quasiment stabilisé à 50,1 dans l’industrie, soit toujours à la frontière entre la progression et la baisse de l’activité.

Encore plus grave, son homologue dans les services a chuté de 2,3 points en octobre, sa plus forte baisse mensuelle depuis août 2015 ! Avec un niveau de 50,8, il atteint un plus bas depuis septembre 2017, qui était lui-même un plancher depuis décembre 2015.

Chine : tant dans l’industrie que dans les services, les directeurs d’achat tirent la sonnette d’alarme

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Sources : NBSC, Caixin, ACDEFI

Autrement dit, le ralentissement de la croissance chinoise depuis le début 2018 n’est pas près de se terminer. Il devrait au contraire se prolonger. Selon nos prévisions, le glissement annuel du PIB chinois pourrait ainsi tomber sous les 6 % d’ici le printemps 2019.

Inde : les directeurs d’achat retrouvent le sourire dans l’industrie et les services.

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Sources : Mospi, Nikkei, ACDEFI

Fort heureusement, deux lueurs d’espoir sont venues éclaircir le ciel gris de la conjoncture mondiale.

La première est relative à la nette remontée des indices Nikkei des directeurs d’achat en Inde : + 1,4 point dans l’industrie sur les deux derniers mois et + 1,3 point dans les services sur le seul mois d’octobre. Avec des niveaux de respectivement 53,1 et 52,2, ces indicateurs avancés de la croissance indienne montrent que cette dernière devrait se stabiliser durablement autour des 7 %.

Moins enjouée, l’évolution des indices des directeurs d’achat brésiliens est également rassurante. En effet, avec les élections présidentielles, une nouvelle vague de défiance aurait pu s’installer. Mais, au contraire, les indices Markit PMI ont fait état d’un certain retour de la confiance.

La confiance revient au Brésil

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Sources : IBGE, Markit, ACDEFI

Avec des niveaux de 51,1 dans l’industrie et 50,5 dans les services en octobre, (contre respectivement 50,9 et 46,4 en septembre), ils indiquent que la croissance brésilienne devrait avoisiner 1,5 % d’ici le début 2019.

Ce n’est certes pas formidable, mais supérieur à ce qui s’observera en France, dans la zone euro et a fortiori en Italie ou en Turquie.

Article écrit par Marc Touati ici


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