Gare du Nord : la SNCF abandonne le projet de rénovation

1,5 MILLIARD €
Le projet de rénovation de la Gare du Nord avait atteint un coût de
1,5 milliard d'euros.

Après moult rebondissements, SNCF Gares & Connexions a mis fin au contrat de concession avec Ceetrus.

La couleur avait été annoncée dès mardi 21 septembre au matin : « Le projet de transformation de la Gare du Nord ne paraît plus réunir les conditions de réalisation prévues par le contrat de concession attribué à Ceetrus […]. Des comptes ont été demandés à StatioNord sur cette évolution inquiétante et une décision sera prise très prochainement sur le devenir de cette concession », prévenait SNCF Gares & Connexions dans un communiqué. Le couperet est tombé dès mardi soir. A la suite d’énormes dérapages de ses partenaires, tant en termes de coût que de délais, la SNCF a définitivement renoncé à mener le chantier de rénovation de la principale gare européenne.

Dès le 5 juillet dernier, StatioNord - la société porteuse du projet, ayant pour actionnaires SNCF Gares & Connexions (34 %) et Ceetrus, la foncière du groupe Auchan (66 %) - a annoncé qu’un « surcoût très important était désormais à prévoir ». Concrètement, le coût initial des travaux devait passer de 389 à 750 millions d’euros, « portant le coût global du projet à 1,5 milliard d’euros » (contre 600 millions prévus à l’origine). Or, pour SNCF Gares & Connexions, cela « ne permettait plus de trouver un équilibre économique à cette concession ».

A cela s’ajoute le fait que la fin des travaux n’était plus envisagée avant 2026, « soit bien après les Jeux olympiques de 2024 qui seraient ainsi accueillis dans une gare en chantier », a déploré la filiale de la SNCF.

« Dérives insupportables »

« Compte tenu de ces dérives insupportables par rapport aux engagements contractuels de StatioNord, SNCF Gares & Connexions ne peut que constater la défaillance grave de son concessionnaire et prononcer sa déchéance », a expliqué la SNCF dans son communiqué de mardi soir. En conséquence, SNCF Gares & Connexions « va immédiatement engager […] la conception d’un nouveau projet de transformation de la Gare du Nord, élaboré en concertation étroite avec les acteurs publics concernés », a ajouté l’entreprise publique sans évoquer les nouveaux et sans doute importants retards que l’élaboration d’un nouveau projet devrait impliquer.

La concertation avait pourtant été de mise dans l’élaboration du projet initial, et ce dès la promulgation, en février 2017, d’une loi autorisant expressément SNCF Gares & Connexions à procéder à la rénovation de la Gare du Nord en faisant appel à un investisseur privé. Pas un sou d’argent public ne devait être mobilisé à l’occasion, l’investisseur privé devant supporter seul le financement et les risques de l’opération.

L’Etat, la Ville de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, Ile-de-France Mobilités et la RATP se sont en revanche réunis dès le lancement du projet, en mai 2017, autour d’un comité de coordination partenarial censé accompagner chacune des étapes du projet. L’ensemble des participants au comité partenarial a été consulté dans la définition du programme. Plus de 200 réunions ont été organisées rien qu’avec les services de la Ville de Paris, aboutissant à plusieurs accords structurants.

900 000 visiteurs à l’horizon 2030

C’est dans ce contexte participatif que la SNCF a choisi, en 2018, Ceetrus pour tripler la surface de la première gare parisienne. La concession devait logiquement durer 46 ans, avec la perspective, pour la foncière du groupe Auchan, de l’exploitation de nombreux nouveaux commerces. Bouygues Ile-de-France avait de son côté été pressenti pour piloter les travaux. Seulement, le dossier n’a jamais suscité un grand enthousiasme de la part de la Ville de Paris, la Mairie se disant d’accord pour moderniser les équipements ferroviaires de la gare avant les JO de 2024 mais pas pour la transformer en « centre commercial géant ».

Le projet architectural porté par StatioNord prévoyait en effet la construction d’un nouveau bâtiment de trois étages, au-dessus de l’actuelle gare RER, qui devait abriter des bureaux, une salle de spectacles et un centre commercial de 31 000 m2. En novembre 2020, une paix des braves a été signée en l’absence de l’Etat et des bailleurs de fonds. Moins de commerces, moins de hauteur sous plafond, plus de jardins en étage, plus de parkings à vélos… Et un budget estimé déjà à 900 millions d’euros. Mais cette nouvelle mouture, n’a visiblement pas suffi à convaincre les récalcitrants.

Or, la modernisation de la Gare du Nord demeure indispensable. Mardi soir, la Mairie de Paris a réagi à l’annonce de la fin du projet en rappelant « la nécessité de ne pas reporter une nouvelle fois la modernisation et la rénovation de la gare ». « Nous sommes disponibles et volontaires pour engager un nouveau projet de rénovation de la Gare du Nord qui soit au service des usagers du quotidien, de l’insertion urbaine et de l’intermodalité. Ce projet doit pouvoir être engagé pour les Jeux olympiques et paralympiques 2024 », a déclaré Emmanuel Grégoire, premier adjoint de Mme Hidalgo. La Gare du Nord devrait voir transiter 900 000 personnes chaque jour à l’horizon 2030, contre 700 000 personnes actuellement.


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