Sommes-nous au début d'une nouvelle ère spatiale ?

141 MILLIONS $
le coût moyen de fabrication et de lancement d'un Falcon 9 est de
l'ordre de 141 millions de dollars sur la période 2012-2020.

Les acteurs du New Space sont en train de façonner à l’échelle mondiale une industrie spatiale agile. Leurs données satellites créent de nouvelles opportunités qui profitent tout autant aux entreprises, aux ONG, aux gouvernements qu’aux instituts de recherche.

Depuis les débuts de la conquête de l’espace et jusqu’à récemment, les programmes spatiaux et satellitaires étaient gérés par des organisations gouvernementales. Mais, la dernière décennie a été marquée par la renaissance du spatial et notamment l’accélération de l’innovation. Une nouvelle génération d'entrepreneurs a choisi d’investir les orbites terrestres basses, poussant ainsi les entreprises aérospatiales à remettre en question leur statu quo.

SpaceX, par exemple, a démarré avec un petit lanceur, dénigré sur le marché, et ses Falcons sont maintenant reconnus pour leurs capacités technologiques avancées. De plus, l'investissement de SpaceX dans la réutilisation des boosters a poussé toute la communauté spatiale à réduire ses coûts, ce qui a permis à de jeunes entreprises spécialisées dans les lanceurs de petite charge de se développer.

Un coût d’accès à l’espace réduit par 10

Une autre société spatiale privée – Planet – bénéficie de lanceurs de ce type. Je l’ai fondé, il y a dix ans avec deux de mes meilleurs amis rencontrés à la NASA, dans le but de créer une entreprise qui mettrait à profit l’imagerie satellite afin d’aider la vie sur Terre. Nous avons construit notre premier satellite dans notre garage en Californie. Depuis, nous avons développé une flotte de 130 nanosatellites capables de photographier chaque jour toute la surface de la Terre. En rendant les changements survenus sur notre planète visibles, accessibles et exploitables, les organisations peuvent prendre des mesures appropriées.

Les coûts de production des petits satellites sont 1000 fois inférieurs aux standards d'il y a dix ans. Les données, auparavant accessibles aux seules entités gouvernementales, sont désormais disponibles à d’autres organisations et utilisées quotidiennement dans de nombreuses industries, comme l’agriculture, l’énergie, la sylviculture ou dans la gestion des catastrophes naturelles.

L’innovation au coeur de la renaissance du spatial

Les investisseurs ont très vite perçu la valeur des acteurs privés du spatial. Des milliards de dollars ont été levés par des entreprises qui construisent des systèmes exploitant des satellites à moindre coût pour créer un réseau de capteurs diversifiés et homogènement répartis dans l'espace.

Ces acteurs privés ont de plus tiré parti du développement de nouvelles technologies comme le cloud computing, la vision artificielle et l'apprentissage automatique pour créer des produits rentables offrant une valeur commerciale rapide. L'application de ces technologies à la télédétection permet plus facilement à des non spécialistes d’extraire des informations à partir de données géospatiales. Le modèle SaaS (Software as a Service) a pu être proposé aux entreprises pour qu’elles prennent plus rapidement des décisions en s’appuyant sur l’intelligence géospatiale. De nombreux gouvernements se sont aussi orientés vers l'achat d'un service par abonnement avec des mises à niveau annuelles intégrées.

Les progrès de l’intelligence artificielle et de la fusion des données ont également favorisé l’essor de solutions Big Data Analytics (BDA), qui combinent différentes sources de données pour obtenir des informations exploitables.

Vers la création d’un avenir durable

L’utilisation des images satellites devient de plus en plus pertinente dans un monde globalisé et affecté par le changement climatique. D’innombrables changements ou mutations doivent être surveillés, comme par exemple les écosystèmes, le développement des villes, les conditions météorologiques extrêmes…La communauté mondiale doit prendre les mesures pour assurer un avenir durable, et les données ainsi que les outils de télédétection peuvent contribuer à ce changement positif.

Lors de l’épidémie de coronavirus, les données environnementales générées par les satellites ont fourni des informations cruciales sur l’évolution des niveaux de pollution qui, lorsqu’elles sont combinées à celle des activités industrielles, pourraient servir d’indicateurs dans l’élaboration de politiques liées au climat et aux émissions de gaz à effet de serre (GES) à long terme.

A titre d’exemple, les chercheurs du CREA (Centre for Research on Energy and Clean Air) ont pu calculer le niveau de pollution à Pékin pendant la crise de la COVID-19 grâce à l’imagerie satellite. Bien que la pollution de l’air ait chuté de façon spectaculaire dans de nombreuses régions en Chine du fait du ralentissement de l’activité, les chercheurs ont constaté un niveau équivalent de pollution à Pékin, comparé au niveau enregistré sur la même période l’année précédente, dû à l’activité continue des centrales électriques destinées au chauffage urbain et des aciéries situées à proximité de la capitale chinoise.

L’Observation de la Terre ouvre donc la voie à un niveau supérieur de transparence. Les gouvernements peuvent anticiper les activités conduisant à la désescalade des conflits. La société civile peut mieux comprendre l'état du monde sur la base de faits impartiaux. Les données satellites aident également les entreprises à modifier leurs activités ou comportements pour accroître leur efficacité et déployer de nouveaux services, tout en assumant leur responsabilité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).


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