Italexit et PEPP

9 %
L'Italie pourrait connaître une récession de 9% en 2020.

 Les conséquences de la décision de la cour constitutionnelle allemande se font encore sentir. Le cout d'une assurance contre une sortie de l'Italie de l'Euro a beaucoup augmenté. La BCE a aussi dû acheter un montant record de papier la semaine dernière. C'est ironique : la BCE doit en faire plus parce que la BVerfG dit qu'elle en fait peut-être trop ! 

Point de marché : Italexit ?

C'est reparti ! Le marché joue de nouveau avec l'idée d'une sortie de l'Italie de l'Euro. 
 
Petite explication sur le graphique ci-dessous. Les CDS (« credit default swap ») permettent à un investisseur de s'assurer contre un risque de défaut d'un émetteur souverain ou privé. Il existe plusieurs types de CDS avec des contrats d'assurance plus ou moins complets. Sur le graphique ci-dessous nous calculons le spread entre deux types de CDS, la différence principale étant le risque de « redénomination » : le risque que la dette italienne ne soit plus remboursée en Euro mais en monnaie locale. Plus le marché a peur de l'Italexit, plus le prix de l'assurance sur le risque de redénomination augmente.  
 

 
On a assisté après la mise en place du gouvernement Lega-M5S en 2018 une forte poussé de ce risque. Puis les marchés se sont calmés, la décision de la cour constitutionnelle allemande a réveillé les vieux démons. Et d'ailleurs les taux italiens se sont aussi écartés.
 
Au fait l'Italexit ne se produira pas !
 
NB : malheureusement la méthode utilisée fait la différence entre des CDS qui suivent la définition du défaut arrêtée en 2014 et ceux de 2003. Il n'est donc pas possible de retourner avant 2014 et de comparer les chiffres actuels au plus noir de la crise souveraine.

Et pendant ce temps, la BCE accélère

Il y a d'abord eu la rhétorique avec Olli Rehn, le gouverneur de la Banque de Finlande, qui s'est plaint de l'interférence de la cour constitutionnelle allemande dans la politique de la BCE. Mais aussi Isabel Schnabel, allemande et membre du Directoire de la BCE, qui a dit clairement que le PSPP ainsi que le PEPP continueraient et que la BCE était prête à ajuster la taille si besoin est.
 
Il y a aussi les achats hebdomadaires qui ont été publiés hier. Un total de 45 milliards d'achats, record historique sur la semaine. Une conséquence ironique de plus du jugement de la cour constitutionnelle : cela a déstabilisé les marchés et la BCE a été obligée de faire encore plus !
 
La décomposition du QE fait la part belle aux obligations souveraines, 7 milliards pour le PSPP et 34 milliards pour le PEPP dont on ne connait malheureusement pas la composition mais qui est très probablement centré sur ces obligations souveraines. Ceci porte les détentions du PEPP à 152,908 milliards au 8 mai, à ce rythme les 750 milliards promis seront atteints, comme le montre le tableau ci-dessous, avant fin octobre et il est donc possible, sauf à faire l'hypothèse d'un ralentissement du programme, que la BCE doive effectivement comme l'a rappelé Isabel Schnabel, augmenter la taille du PEPP.
 

 
Il faut aussi souligner la progression des achats d'obligations d'entreprises, 2,6 milliards sur la semaine, plus haut niveau depuis novembre 2019.

N'oubliez pas le climat !

La crise que nous vivons est la preuve irréfutable que l'analyse extra-financière est absolument nécessaire. Contrairement à la crise de 2009-2014 les raisons ne sont ni économiques ni financières. Il faut donc fondamental d'accorder à l'analyse non-financière la place qu'elle mérite.
 
A ce titre il faut souligner les avancées technologiques très importantes qui ont permis de rendre l'énergie éolienne ou solaire rentable avec, pour conséquence, une progression très rapide des investissements.
 
Le graphique ci-dessous montre l'état de la situation et le potentiel qui reste encore disponible.
 


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Stéphane Déo

Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).

Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.