Jérémy Chauveau, CFDT Suez : « Nous restons en alerte »

37 MILLIARDS €
La fusion entre Veolia et Suez va créer un groupe pesant 37 milliards
d'euros.

Après avoir fait front commun dans le long feuilleton de l’OPA de Veolia, l’Intersyndicale de Suez s’est fissurée alors que la finalisation de l’opération approche. Le 30 juin, les modalités, notamment sociales, de la nouvelle entité devraient être fixées. Fidèle à sa ligne de départ, la CFDT, avec la CGT et la CFTC, regroupés au sein de la nouvelle Union syndicale espère faire pencher la balance du côté des salariés. Interview de Jérémy Chauveau, l’un des porte-paroles de l’union syndicale chez Suez.

Comment se présentent les négociations sociales avec le nouveau consortium ?

« Aujourd’hui c’est un peu compliqué, on est au milieu du gué et l’on va devoir attendre l’Assemblée générale du 30 juin. Il y a des discussions informelles avec le consortium, mais étant donné qu’ils ne sont pas officiellement investisseurs actionnaires de Suez, ils ne peuvent s’engager sur rien pour le moment. Nous avons participé le 25 mai à une réunion avec le consortium qui, bien entendu, s’est voulu rassurant. C’est tout de même agréable d’entendre des choses positives par les temps qui courent ; le fait qu’ils vont réinvestir, que les accords vont perdurer, que l’emploi en France va rester… Pendant plus de dix jours nous avons également participé aux auditions parlementaires. C’était intéressant, on a pu s’exprimer. »

Le temps est donc plutôt à l’optimisme du côté des syndicats ?

« On a senti le consortium plutôt sur la même longueur d’onde que nous. Ils semblent jouer en équipe. Malgré tout, il y a quand même de la défiance parmi les collaborateurs de Suez. Nous restons en alerte. Après le 30 juin, on va rentrer dans le dur par rapport à l’OPA. Le transfert des salariés, les garanties sociales à l’international ne sont pas les mêmes que pour les salariés français. C’est un an pour les Européens, zéro pour le reste. Nous souhaitons des garanties sociales plus élevées pour les collègues européens qui vont chez Veolia. Si on ne les obtient pas, c’est là que ça deviendra compliqué, parce que c’est aux syndicats européens de se bouger avec nous. Il y a également une différence de traitement chez les deux groupes de départ : cinq ans de garantie d’emploi pour les salariés de Suez qui restent dans Suez et quatre ans pour ceux qui vont chez Veolia. »

Quelles sont les relations de l’Union syndicale Suez avec la direction de l’actionnaire principal ?

« Déjà il faut pouvoir rencontrer Veolia, ce n’est pas si facile. Visiblement l’union syndicale les dérange. Ils essaient de rencontrer les syndicats de façon séparée… Il faut que le transfert des collègues se fasse dans les meilleures conditions possibles. On reste persuadé que l’union fait la force et en face, ils savent que c’est l’intersyndicale qui a permis d’obtenir certaines choses.

Il n’y a pas de jusqu’au-boutisme de notre part, on a toujours respecté la légalité. Sur de potentiels mouvements de grève, ça dépendra des engagements tenus ou non tenus. C’est juste des actions syndicales basiques. Très honnêtement, je pense qu’ils vont tenir leurs engagements. À moins d’un an de la présidentielle, je vois mal un retournement de situation à la dernière minute. On va rentrer dans un dialogue social, on verra dans les détails. Pour certains collègues, c’était abstrait jusque là, mais quand on va parler des transferts, notamment fonction supports transverse en France, là ça va être différent. On ne sait toujours pas comment les choix vont être faits entre ceux qui iront chez Veolia et ceux qui resteront chez Suez. Comment se fera la répartition ? Les salariés n’auront pas le choix. C’est là que la réalité de l’OPA va gifler quelques personnes.

La nouvelle répartition doit être bouclée avant la fin de l’année. C’est déjà un problème : on ne déplace pas les gens en six mois ! Ensuite, il faudra surveiller le meilleur accompagnement possible par rapport aux risques psychosociaux, les parties prenantes mettront en place un observatoire qui va chapeauter l’opération. On parle en milliers de personnes. Je crains que les six prochains mois soient compliqués. »


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