Tour de France : même les sites protégés trinquent !

33 millions
33 millions de téléspectateurs ont regardé le Tour de France sur
France 2 et France 3 en 2018.

Le tour de France a terminé sa « grande boucle » dimanche sur les champs Elysées, les sites protégés respirent et comptent les dégradations et dégâts.

La France aime le Tour, c’est ce que l’on entend pendant trois semaines de couverture télévisuelle presque ininterrompu. De milliers de personnes sur le bord des routes, bien souvent plus accaparés par la caravane publicitaire que par la course elle-même. Attendre quelques heures au soleil chaud pour voir passer un peloton à plus de cinquante à l’heure, c’est frustrant, alors que les chars publicitaires offrent des gadgets et passent pendant un moment.

C’est donc vers la montagne que les foules se massent. « Ici il y a une chance de voir passer les sportifs à petite vitesse et bien séparés » c’est vrai, mais le revers de la médaille est un sujet dont peu de journalistes parlent. Faire monter le Tour de France dans des endroits inaccessibles, des « nid d’aigles » toujours plus haut, toujours plus difficiles, ne se fait pas sans désastre environnemental.

Le Tour pollue, nous le savons tous : le nombre de voitures, camions, motos, hélicoptères est plus important chaque année. L’indice carbone d’une telle manifestation est impressionnant sans que personne ne s’en offusque. Sur les routes du Tour c’est déjà un véritable problème, dans les villes étape ou de départ c’est un casse-tête permanent pour les municipalités mais « en montagne » c’est le bouquet.

Les exemples se multiplient. En 2016, le lac de Payolle où Orange a été obligé de tirer 8 kilomètres de fibre optique, plus de 3000 camping cars au bord du lac pour attendre le Tour. Cette année nous avons encore connu pire. L’arrivée de l’étape Bagneres de Luchon Saint Lary Soulan tout en haut du col de portet (plus de 2200 mètres). En pleine zone protégée dans le massif de Néouvielle, dans le Parc naturel des Pyrénées. Ce n’est pas la première fois que cette invasion motorisée arrive dans une zone protégée, je parle de celle-ci  car j’étais dans cette étape,  je l’ai donc constaté  en direct.

Saint Lary est une arrivée connue, déjà quand le Tour de France arrivait au plat d’Adet c’était compliqué de mettre toutes ces infrastructures pour une journée, les déchets ramassés après le passage de cette course (ou ce qu’il en reste) se mesuraient à plusieurs tonnes. Cette année nous avons vu pire : la route conduisant en haut de ce col, petit chemin permettant de monter aux estives, a été totalement goudronnée aux frais du contribuable. Une route goudronnée qui permettra ensuite dans l’avenir aux bobos des villes de monter dans les estives avec leurs gros 4X4 sans aucun effort. Route qui attirera nombre de cyclistes amateurs, tout ce petit monde venant perturber la quiétude des estives et de sa faune. Un désastre écologique qui va perdurer bien après le passage du tour, qui repassera ici a n’en pas douter dans les années futures.

Cette route a été inaugurée en juillet par les élus, tous fiers de cette « réalisation » insupportable en termes  de nature et de biotope. Savez-vous que pour faire monter le Tour de France à cette arrivée « extraordinaire » le toit du tour a ton dit, on a fait déplacer les troupeaux des estives.

 « Les bergers, rangez-vous, le Tour arrive ! »

Quand on connait la passion des bergers pour leur montagne, on peut se demander ce qu’ils en disent.

Alors il paraît qu’ASO a fait attention ! On  se demande bien à quoi si ce n’est à faire encore plus d’argent sur le dos de la nature. Bien sûr, la caravane publicitaire s’est arrêtée à Espiaube, au milieu du col, elle ne pouvait pas monter plus haut. On a donc stocké sur ce replat les 200 véhicules environ que compte cette caravane, auxquels il faut ajouter les bus, les camions de ravitaillement des « spectateurs » les semi-remorques bar etc.

Pour l’arrivée en haut du col, les dispositions avaient été prises pour que tous ceux qui suivent les cyclistes arrivent en haut. Les motos, les voitures de suiveurs, les véhicules portant les vélos de rechange, les nombreux directeurs de quelque chose. Sans oublier le survol pendant plus d’une heure de cette zone protégée par les hélicoptères, télévision, gendarmes. Les VIP n’ont pas été oubliés non plus : les faire attendre à Espiaube quelques km plus bas n’aurait pas été digne, alors les bus les ont « emportés » là haut, ou tout était organisé pour les accueillir.

La faune de cette zone protégée, habituellement au  calme s’est vue délogée. Qui des marmottes, des rapaces, des habitants de ces hautes montagnes, tous obligés de se réfugier on ne sais où. Aucune étude sérieuse d’impact n’ayant été effectuée.

Les spectateurs, eux, sont montés à pied ou en vélo, ils étaient nombreux mais beaucoup moins « polluants » Copieusement encadrés par les gendarmes tout au long du col, on a même pu assister a une anecdote assez drôle. Les coureurs du Tour de France étaient obligés de redescendre de ce col en vélo, leurs bus ne pouvaient pas monter les chercher, et ce, au milieu de nombre de vélos touristes qui tentaient de redescendre mais que la police empêchait. Quand un gendarme a confondu Chris Froome avec un des ces vélotouristes n’ayant pas « le droit d’être a vélo ». Ce gendarme a donc cru utile de mettre par terre avec violence (les vidéos circulant l’ont montré) ce malfaisant vélo touriste qui venait troubler l’intouchable Tour de France. Il est bien entendu que le champion Froome n’a pas du tout apprécié et l’a vertement fait savoir au gendarme, resté impuni car au service d’ASO et du Tour de France.

Pour terminer cette belle journée sportive, la masse des véhicules parqués jusqu’en haut du col a mis environ trois heures pour redescendre. Trois heures de bouchons, de pollutions de moteurs qui tournent au ralenti (il ne faut pas rigoler avec la climatisation quand même).

La montagne et ses habitants remercient le Tour de France de ses largesses !


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic et rédacteur dans plusieurs revues.