La mauvaise tournure des événements en Turquie

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La Turquie a abattu un avion russe ayant transité 17 secondes sur son
espace aérien sans autorisation.

La Turquie est-elle une puissance conspirative, comme dirait le procureur Molins? Après la destruction d’un avion russe par la chasse turque au-dessus d’un espace aérien disputé, la situation commence en tout cas à y prendre une mauvaise tournure pour une Europe en proie à l’impuissance.

La Turquie envoie des armes en Belgique

Tout le monde s’est évidemment diverti (encore) une fois de la répétitive farce belge en apprenant que la police italienne avait saisi une cargaison de 781 fusils à pompe de type Winchester SXP venus de Turquie à destination de la Belgique. Manifestement, tous les papiers étaient en règle…

Selon le quotidien italien La Stampa, les fusils disposés dans des boîtes en carton, se trouvaient à bord d’un poids-lourd immatriculé aux Pays-Bas et conduit par un citoyen turc, arrivé lundi dans le port de Trieste (nord-est).

Encore un imam belge parti pour la Turquie

Le même jour, on apprenait qu’un imam anversois (ville tenue par l’extrême-droite flamingante) avait disparu des écrans radars. L’homme, qui avait prêché dans des mosquées de la banlieue de la ville, serait parti en Syrie en passant par la Turquie. Manifestement, le flot de migrants vers l’Etat Islamique ne se tarit pas.

Bravo les Belges, encore une fois!

L’armée US loue des gilets pare-balles aux Belges

Face à la menace, l’armée belge a dû louer des gilets pare-balles à l’armée américaine. L’équipement des soldats belges est en effet trop peu ergonomique pour permettre des opérations sur le terrain. Heureusement que la glorieuse Belgique ne doit pas faire la guerre.

La Belgique n’a pas surveillé les frères Abdeslam

Au passage, le New York Times a révélé que la bourgmestre de Molenbeek avait reçu une liste de personnes à surveiller venant des services secrets belges. Cette liste comportait notamment le nom d’Abdeslam, mais aucune action n’a été entreprise pour les neutraliser. La transmission de l’information datait pourtant de juin 2015.

La Turquie pousse son avantage face à une Europe impuissante

Alors que François Hollande entamait un vain périple planétaire pour monter une coalition anti-Daesh qui ne verra jamais le jour, la Turquie profitait de l’échauffement de notre héros national pour torpiller ses espoirs en beauté. Après une dizaine de sommations, semble-t-il, les F-16 turcs ont abattu un Sukhoï 24 russe qui aurait survolé l’espace aérien turc pendant 17 secondes avant de repasser dans l’espace aérien syrien. Le pilote de l’avion serait mort, mais le co-pilote aurait pu être dégagé par les forces spéciales russes en territoire syrien. L’armée russe a toutefois perdu un hélicoptère et un pilote supplémentaire, abattus par des rebelles turcmènes pendant l’opération de sauvetage.

Poutine a ajouté, lors d’une conférence de presse:

«Les Etats-Unis, qui dirigent une coalition dont fait partie la Turquie, connaissaient le lieu et le moment du passage de nos avions, et c’est précisément à cet endroit et à ce moment que nous avons été frappés».

La Turquie soutient Daesh

Selon des informations précises, le chef des services secrets turcs aurait, hier, déclaré qu’il fallait empêcher la coalition de se constituer contre Daesh. La Turquie serait prête à accorder un territoire aux Islamistes. La stratégie est plus claire que jamais: donner le change aux Occidentaux, mais consolider les régimes sunnites de la région.

Tôt ou tard, la stratégie turque posera un problème majeur, y compris aux Etats-Unis, où la haine de la Russie ne peut être durablement supérieure à la haine de l’islamisme.

Poutine durcit le ton contre la Turquie

Contrairement à la doctrine américaine de la désescalade, la situation entre les deux pays s’envenime, et il y a du souci à se faire. Vladimir a demandé aux Russes de ne plus se rendre en Turquie. Voilà qui n’est pas une excellente nouvelle. De son coté, l’Azerbaïdjan a rappelé son consul général en Turquie. Cette nuit, l’aviation russe aurait bombardé un convoi de camions en provenance de Turquie vers la Syrie.

S’il est difficile d’imaginer une déflagration générale à la suite de l’incident aérien, les relations entre les deux pays devraient en tout cas se tendre durablement jusqu’à la prochaine étape… dont nul ne peut imaginer la teneur.

Incontournable Turquie en Europe

L’une des raisons qui devrait expliquer une réponse mesurée de la Russie face à la Turquie tient à l’incapacité de l’Europe, et singulièrement de la France, à définir une stratégie diplomatique et militaire claire dans le conflit. Dans la pratique, la France s’apprête à profiter de l’appui russe pour affaiblir (au moins en apparence) Daesh tout en collant au mot d’ordre américain de destruction de Bachar el-Assad.

Dans la pratique, les Etats-Unis ne sont pas prêts à renoncer à l’alliance militaire avec la Turquie, dût-elle assurer de beaux jours à l’Etat Islamique, avant un ultime retournement américain. Trop tardif sans doute.

Article écrit par Eric Verhaeghe pour son blog


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Eric Verhaeghe

Né en 1968, énarque, Eric Verhaeghe est le fondateur du cabinet d'innovation sociale Parménide. Il tient le blog "Jusqu'ici, tout va bien..." Il est de plus fondateur de Tripalio, le premier site en ligne d'information sociale. Il est également  l'auteur d'ouvrages dont " Jusqu'ici tout va bien ". Il a récemment publié: " Faut-il quitter la France ? "