Ave Uber, morituri te salutant !!

7,5 MILLIARDS $
Le chiffre d'affaires d'Uber en 2017 a été de 7,5 milliards de
dollars.

Ave Uber, morituri te salutant. Je te salue Uber, ceux qui vont mourir te saluent.

C’était par ces paroles que les gladiateurs saluaient César – sauf qu’il s’agissait de l’empereur Claudius de Rome et encore, on n’en est pas vraiment sûr, mais n’étant pas historien, je m’en remets à mes augustes et très cultivés lecteurs qui, j’en suis certain, sauront m’apporter la version historique la plus crédible (et je vous tiendrai au courant de cet appel à la culture collective de notre communauté).

Bref, du coup, j’ai quelque peu détourné cette locution latine célèbre pour l’adapter à notre monde moderne et prochainement “post-conducteur”, car l’idée de la voiture autonome, c’est l’idée du bus et de camions autonomes, c’est-à-dire sans chauffeur, ce qui veut dire… sans masse salariale et sans “embêtement” puisqu’un homme c’est un salaire et une “gestion des ressources humaines” à assurer. Bref, que de temps perdu (à lire au second degré) et de problèmes que l’on pourrait s’éviter en remplaçant tout cela par de belles machines. Évidemment, ce sera pour votre bien.

Pour votre bien, plus le droit de conduire et on vous y prépare déjà !

Derrière la baisse de la vitesse sur les routes, il y a évidemment l’excuse de la mortalité… Bon, personne ne vous dira que ceux qui meurent aujourd’hui, généralement meurent dans de vieilles voitures (car il en reste plein nos campagnes et zones rurales) sans airbags, sans prétensionneurs, sans espace de déformations, bref, de vieilles guimbardes, sur des routes défectueuses et connues pour leur dangerosité.

Cela, on ne vous le dira pas, pourtant, on peut globalement généraliser. 80 % des accidents sont plurifactoriels, avec un poil (ou deux ou trois ou plus) d’alcool ou de “fumette récréative” comme il faut dire, une vieille bagnole, et une route pourrie. En changeant le paramètre “route pourrie” et “vieille bagnole”, on baisserait considérablement la mortalité, si en plus on empêche de picoler, on serait au top, mais cela demande des moyens humains et budgets considérables pour les travaux.

Alors on baisse la vitesse et on lutte contre la “délinquance” routière…

Mais baisser la vitesse, c’est aussi permettre des conditions globales plus favorables aux futures voitures autonomes et électriques. Qui dit vitesse plus basse dit contraintes techniques moins fortes et autonomie des batteries plus grande ou en tout cas, optimisée.

La logique sera donc de vous dégoûter de conduire en vous pénalisant et criminalisant de plus en plus fortement jusqu’à ce que, sans permis, vous soyez obligé de louer à vie une voiture électrique autonome que l’on ne vous permettra plus d’acheter, histoire de vous pomper encore plus. (Avez-vous vu que dans les pubs, désormais, on ne vous vend presque plus une voiture à partir de 15 000 euros, mais à partir de seulement 250 euros par mois… ou 5 euros par jour seulement !! Bref, on vous vend un abonnement.)

La logique va consister, pour les gouvernements en place, qui n’ont que foutre de l’intérêt des gens mais de la bonne utilisation de leur pognon pour le compte des industries qu’ils servent, à baisser la vitesse encore et encore au nom de votre bien et de votre sécurité…

Enfin, ça, c’est la théorie et la grande idée.

Mais un petit grain de sable fait dire que ce plan ne sera pas si simple à mettre en place !

“Il s’agit de l’un des premiers accidents mortels impliquant un véhicule autonome, une technologie dont les États-Unis tentent d’accélérer le déploiement sur leur territoire. Lundi 19 mars 2018, une femme a été percutée par un véhicule autonome expérimental de la société Uber, a annoncé la police de Tempe, dans l’Arizona, où s’est produit l’accident. La victime n’a pas survécu à ses blessures. La société Uber a publié un message indiquant “nos cœurs sont avec la famille de la victime. Nous coopérons avec la police de Tempe et les autorités locales qui enquêtent sur cet incident”…

C’est rassurant tout de même. Uber précise qu’ils vont coopérer avec la police, comme s’il eut été possible qu’il en soit autrement… Ce qui sera le cas quand les sommes investies seront telles qu’il faudra étouffer les scandales et les risques au nom du profit et du retour sur investissement. Les futurs crimes sont déjà écrits, déjà prévisibles, de même que les “unes” des articles de presse.

John Assange, le petit fils de Julian Assange, fondateur de Wikileaks, publient les données internes de Google Car Research Center, qui était au courant par pas moins de 189 études des dangers systémiques potentiels d’une mise à jour intempestive de son OS voiture qui pourrait provoquer un reboot généralisé de tous les véhicules alors qu’ils sont en fonctionnement. Après les révélations, le groupe Google a vu son cours en Bourse chuter de 68 % à Wall Street, et les pénalités demandées par les familles des deux millions de morts sur la route lors de l’accident global du 4 juillet 2035 pourraient dépasser les 100 milliards de crypto-dollars.”

Une piétonne est donc décédée.

Ok, très bien, enfin très bien, façon de parler, très triste pour la victime bien évidemment, mais les “scientistes” devraient insister sur le fait que la science, hélas, avance rarement sans enjamber des monceaux de cadavres. Parfois, ce sont des millions de morts, nous n’avons pas idée, ou plutôt nous préférons ne pas avoir idée des sacrifices que nous faisons ou demandons à d’autres pour notre confort quotidien. Cela va des petits enfants chinois que nous faisons travailler dans des usines de retraitement de déchets hautement toxiques, en passant par la guerre en Libye dont Sarkozy commence à avoir à s’expliquer, sans oublier par exemple les morts anonymes de l’industrie nucléaire en France, et nous pourrions multiplier les exemples à l’infini ou presque.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire et je le répète avec force en termes d’approche intellectuelle.

Si nous avons aujourd’hui 3 000 morts sur les routes qui sont toujours de trop, l’accident de voiture est un risque individuel et quand je dis individuel c’est à comprendre de la manière suivante : si je fais une fausse manœuvre, je peux me tuer ainsi que mes passagers et éventuellement ceux de la voiture d’en face. C’est un drame, individuel. Mon accident n’entraîne pas un accident pour toutes les voitures qui circulent en France.

Lorsque nous n’aurons que des voitures autonomes, fonctionnant sur le même système, une panne générale de Google et ce sera presque aucun accident pendant 10 ans, et la onzième année, 2 millions de morts, le même jour, à la même seconde.

Nous passerons d’une logique de risque individuel à un risque collectif et systémique.

Les voitures autonomes sont une immense source de profit potentielle puisqu’elles permettront de ne plus avoir à payer de chauffeurs. Les “capitalistes” pousseront donc à la roue pour que cela soit mis en service, trop vite et trop tôt. Et les drames à venir sont déjà parfaitement prévisibles.

Nous ignorerons les signaux d’alerte précoces et feront passer pour des attardés mentaux les pauvres gus comme moi qui alerteront sur les évidences de changement d’approche et des risques qu’ils impliquent.

Encore une fois, nous passons d’une logique de mort individuelle à une échelle de mort collective, et il serait souhaitable de pouvoir demander à ceux qui vont mourir ce qu’ils en pensent.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.