Non, l'ubérisation n'est pas un progrès, c'est un nouvel asservissement, même si ça semble « môôderne » !

60 MILLIARDS €
Uber dépasse les 60 milliards d'euros de capitalisation.

Bêlons ensemble mes biens chères sœurs et mes bien chers frères ! Bêlons la « prière » stupide à la mode : « La môôôdernité c’est bien, c’est incontournable, on ne peut pas être contre, alors c’est bien »…

Il n’y a pas le choix.

Il n’y a pas d’alternative.

Il n’y a pas d’autre monde possible.

C’est le diktat de la « môôôôdernité », et celui qui la refuse sera crucifié sur place par les idiots utiles qui la défendent et se tirent eux-mêmes une balle dans le pied de leur propre avenir.

Petite digression sur le bulletin d’un de mes gosses accessible désormais sur Internet !

Hier, ma dernière arrive avec son bulletin… Bon, elle n’avait pas de bulletin. Conformément à la dernière circulaire à la con de nos pédagogistes crétins de l’Éducation nationale, devenue une fabrique massive d’abrutis, ma fille est arrivée avec une photocopie, avec inscrit dessus une adresse Internet incompréhensible, un mot de passe tout aussi impossible à retenir, et un login inimaginable.

Nous avons donc dû nous connecter pour regarder le bulletin dématérialisé et môôôôderne que l’on ne peut pas refuser, avec les beaux graphiques et les beaux commentaires. Rassurez-vous, l’Éducation nationale est bien démago comme il faut, donc si vous êtes une famille d’illettrés incultes, on vous imprimera le bulletin sur papier, mais si vous êtes illettrés, incultes, et avinés la moitié de la journée, il y a peu de chance que vous alliez voir l’école pour une histoire de note.

Doit-on trouver que le bulletin numérique c’est bien ? Eh bien non ! Il ne s’agit pas de refuser la modernité. Il s’agit, encore une fois, de bon sens. Il s’agit de rétablir l’autorité du maître. Et le maître remet le bulletin. Il remet le bulletin mais en réalité c’est même le directeur ou la directrice qui doit le remettre. Le bulletin c’est une cérémonie, un rite, un symbole.

Le rendre numérique c’est supprimer toute la dimension sacrée de votre bulletin, ce moment où l’on regarde, sévère, les cancres, et où l’on félicite les travailleurs et les sérieux. Mais pour l’égalitarisme, le bulletin numérique c’est tellement mieux !

Pourtant, c’est une erreur, et les profs commettent toutes les erreurs qu’il ne faut pas faire. On peut dématérialiser plein de choses, et c’est le cas des absences par exemple pour que les ados ne puissent pas tricher ! Mais le faire avec le bulletin est stupide.

Tout cela pour vous dire que non, ce qui est môôôôderne n’est pas forcément bien et qu’il y a certaines modernités que oui, nous devons refuser !

L’intelligence c’est de garder le meilleur !

Revenons-en à Uber et aux chauffeurs indépendants qui manifestent.

L’ubérisation de l’économie c’est une nouvelle mise en esclavage, un asservissement !

Les défis portés par l’ubérisation de notre économie sont multiples ! Il y a des enjeux sociaux évidemment, mais économiques très forts, ainsi que fiscaux et aussi de redistribution etc., etc., bref, c’est un sacré foutoir !

Essayons d’y voir un peu plus clair.

Prenons un autre exemple. Avant, France Telecom avait 140 000 collaborateurs. Aujourd’hui, ils en ont 40 000. Ils avaient des techniciens bien payés, avec des avantages que l’on peut critiquer, mais en attendant, les gens gagnaient bien leur vie. Ils coûtaient cher à France Telecom, qui est devenu Orange entre-temps et a été privatisé.

Il y a eu l’ouverture à la concurrence et aussi l’épisode des suicides massifs… Scandale bien vite étouffé. Il s’agissait évidemment de foutre les gens dehors, de « dégraisser » le mammouth France Telecom, pour assurer les profits d’Orange.

Alors on a supprimé des postes et tout cela a été remplacé par des sous-traitants locaux surtout de petites tailles, en dessous des grands seuils qui coûtent cher en CE et autres avantages. Les techniciens de France Telecom ont laissé la place aux soutiers des sous-traitants, maltraités et sous-payés.

Uber n’a pas inventé l’ubérisation. L’ubérisation est en marche depuis bien longtemps, elle est le fruit de la libéralisation à outrance de tous les marchés, de notre volonté de tout ouvrir à la concurrence, sous prétexte que c’est bien pour le « con-sommateur ». Ce n’est ni bien ni moderne. Parfois, c’est adapté. Parfois, ça ne l’est pas. Le problème c’est que le libéralisme et le libre-échangisme sont devenus des religions avec dogmes, clergé et police de la pensée.

C’est quoi Uber, une révolution ? Non des enfoirés qui font de la marge sur des pauvres bougres !! Et c’est vieux comme le capitalisme !!

Alors admirez le modèle Uber si vous voulez.

Encensez la môôôdernité en bêlant si vous en avez envie !

Classez-moi dans la catégorie des vieux cons qui n’ont rien compris si cela vous plaît !

Mais la réalité, que vous le vouliez ou non, c’est qu’Uber ce n’est pas une révolution.

Uber et tout le reste, c’est le retour du paiement à la tâche et du salaire de subsistance.

Uber c’est ce que critiquait déjà Karl Marx, en 2.0 si ça vous amuse, mais rien de plus !

Comment ça marche Uber, et toutes ces autres plateformes ?

Vous prenez un service qui coûte cher et vous vous demandez comment baisser les prix en augmentant la qualité… pour prendre le marché !

C’est assez simple, il y a une variable à écraser et c’est celle du salaire du pauvre gus !

Payé à la tâche, le pauvre bougre, dans un centre d’appel marocain ou tunisien. Payé que quand le téléphone sonne. Pas d’appel ? Pas de salaire.

Payé à la tâche les nouveaux livreurs aussi modernes qui sont à vélo ou en pousse-pousse dans les rues de nos capitales (c’est bien pour la pollution hein, c’est bobo à souhait).

Payés à la tâche tous les auto-entrepreneurs qui deviennent autant de travailleurs indépendants et de sous-traitants corvéables à merci, sans couverture sociale, sans avantages !

Uber ce n’est que ça.

Alors certes, les taxis parisiens étaient peu sympas, assis sur une rente, et faites-leur tous les reproches que vous voudrez, mais un artisan taxi pouvait gagner dignement sa vie.

Aujourd’hui, il ne le peut plus et le problème n’est pas celui de l’adaptation de telle ou telle profession.

Ça c’est le sujet que l’on vous vend pour vous culpabiliser et vous dire que vous avez un problème, surtout l’autre, là, le vilain tacot qui rumine son chicot, l’air rabougri et mauvais, incapable d’ânonner un simple bonjour.

Mensonge ! Nous sommes tous des chauffeurs de taxi et des Ubers !

C’est ça que vous devez comprendre. Le problème c’est pas le mauvais service des taxis et Uber, les vilains hôteliers conte AirBnB, etc., etc.

Non, le problème c’est que le système économique est en train de casser les derniers pans qu’il reste de « CDI », de droit du travail, de sécurité de l’emploi, d’avantages.

Le problème c’est de vous passer du salariat à l’entrepreneuriat.

L’idée c’est de remplacer votre contrat de travail par un contrat commercial.

L’idée c’est de remplacer votre salaire par un chiffre d’affaires.

L’idée c’est de vous faire payer votre propre protection sociale, votre propre couverture.

L’idée c’est de vous payer à la tâche comme les « tâcherons » des temps anciens et de la révolution industrielle.

L’idée c’est de finir par ne vous verser qu’un maigre salaire de subsistance pour vous maintenir la tête hors de l’eau et que vous soyez un « con-sommateur » juste solvable.

L’ubérisation n’est pas moderne. Elle est au contraire la négation du progrès et un immense retour en arrière.

Alors oui, il y a des progrès, des môôôdernités qu’il faut savoir refuser parce qu’en réalité, c’est une escroquerie et qu’en utilisant ces termes on veut vous emprisonner, vous empêcher de penser.

Laissons Karl Marx à la révolution industrielle, mais certaines idées restent. Alors oui, « Ubers du monde entier, unissez-vous » !

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.