Une autre histoire du développement africain

500 000
L'Afrique ne produit que 500 000 tonnes de caoutchouc par an.

Alors que le continent africain est en plein boum et connaît de nombreuses opportunités pour sortir de la misère, certains continuent de proférer un discours alarmiste et parfois contraire à ce qui se passe sur le terrain. Voici un témoignage qui apporte un autre éclairage possible.

L’huile de palme et l’hévéa, deux belles opportunités pour l’Afrique

Parue en 2014, une étude de la banque Standard Chartered estimait que d’ici à quinze ans,« trois millions d’hectares de terres africaines pourraient être dédiées à la culture du palmier à huile » Pour mémoire, le continent africain importe aujourd’hui plus de 40% de ses besoins en huile. Fait paradoxal : la plante Elaeis guineensis est originaire de la forêt tropicale d’Afrique de l’Ouest. Autre paradoxe : en 2013, le Nigéria a souffert d’une pénurie d’huile.

Lors de l’International Rubber Conférence (IRC) organisée à Paris en 2013, on apprenait que l’Afrique était quasi inexistante sur le marché mondial du caoutchouc. D’après Michel Rollier, président de la Plateforme de la filière automobile (Michelin) « La production africaine n’est que de l’ordre de 500.000 t en 2012 sur un total mondial de 10 Mt, couvrant à peine 4% de la demande mondiale. » or, « Il existe de très belles plantations et donc le caoutchouc représente un formidable potentiel pour l’Afrique. Et comme la demande va énormément augmenter, ce serait dommage que l’Afrique n’en profite pas.» 

Ces deux exemples illustrent une vérité : le continent africain se transforme à vue d’œil et il entraîne avec lui tous les industriels qui se sont positionnés sur ces marchés en pleine mutation. Pourtant, certains groupes de pression continuent d’insister sur les dangers de ce développement. Ils nous présentent les chantiers qui s’y développent comme étant « irrespectueux de l’environnement » et « peu soucieux de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise ». Les entreprises qui y œuvrent, elles, sont vues comme des prédatrices sans foi ni loi. Alors que, bien au contraire, celles-ci respectent le cadre des législations en vigueur, se conforment aux certifications concernées et agissent dans le cadre d’une vision de pérennisation du développement local nécessaire à leurs projets. Pourquoi ne jamais parler de cet immense espoir pour les communautés locales qui peuvent désormais vivre du produit de leur culture tout en bénéficiant d’un salaire quotidien ?

Une entreprise au service de l’agro-industrie tropicale responsable

Des consortium d’état, des industriels locaux et quelques petits planteurs sont concernés par l’évolution de ces marchés. La Socfin fait partie de ceux-là. Présente sur le continent africain depuis plus d’un siècle, elle développe des plantations d’hévéas et de palmiers à huile ; comme ses concurrents, elle se doit de répondre à la demande croissante (en Afrique, l’huile de palme est utilisée au quotidien dans l’alimentation), tout en respectant les cahiers des charges en vigueur. La totalité de l’huile de palme produite au sein des plantations de l’entreprise est uniquement destinée à la consommation africaine et n’est jamais livrée à l’export. Enfin, ces cultures pérennes sont un facteur de sédentarité qui permet la création de milliers d’emplois et l’augmentation substantielle du revenu des populations locales. Au sein de la SOGB, filiale du Groupe Socfin dans ce pays, ce sont aujourd’hui plus de 20.000 planteurs villageois qui travaillent en partenariat avec la plantation en y revendant leurs productions. Le revenu annuel engendré à ce jour par ce partenariat, et au bénéfice des planteurs, atteint plus de 25 millions USD.

La belle histoire de Brabanta au Congo

Dès lors, il est plus que jamais nécessaire d’informer l’Europe des enjeux que représentent le développement de filières industrielles écologiquement responsables pour le continent africain. Certains voudraient enfermer l'Afrique dans le misérabilisme. Mais les plantations de palmiers à huile ou d’hévéas, regorgent de belles histoires. Ainsi l’entreprise a pu redonner vie à la plantation Brabanta située dans la province du Kasaï au Congo. Pendant des années, un responsable local, s’est battu pour maintenir en état cette ancienne plantation abandonnée par Unilever dans les années ‘80. Il a traversé les guerres, a dû faire face à des tentatives d’accaparement par les politiques locaux, à des pillages, à la prison… Après toutes ces épreuves, il a enfin vu l’espoir renaître grâce au rachat de la concession par Le groupe Socfin. Côté emploi local, ce sont désormais plus de 3.400 personnes de Mapangu, le village voisin, qui travaillent sur la plantation et à l’usine. La population du village a quadruplé en 8 ans. Côté infrastructure, les investissements nécessaires ont été réalisé pour la réouverture des pistes, pour la rénovation de l’hôpital, de l’école et des logements. Depuis, c’est toute la région alentours qui profitent de la renaissance et du développement de la plantation.

Ces démarches contribuent à établir un équilibre socio-économique entre les populations locales et les sites agro-industriels implantés. Un petit producteur de caoutchouc ou d’huile de palme gagne entre 1.000 et 3.000 USD en moyenne par mois, ce qui lui permet d’améliorer considérablement son niveau de vie et d’envoyer ses enfants à l’école. Ces derniers n’ont plus l’obligation de travailler aux champs pour subvenir aux besoins de leur famille, ils ont accès aux soins médicaux, mais également, à une éducation de qualité et à une alimentation plus variée. L’opinion européenne doit se faire à l’idée qu’en s’industrialisant et en modernisant son agriculture, l’Afrique se développe et les communautés locales améliorent considérablement leur niveau de vie. Elles peuvent enfin envisager un avenir meilleur à l’endroit même où elles ont grandi. A moins qu’on ne préfère favoriser un exode rural, une importation massive de matières premières et les voir alors passer à côté des opportunités de développement qui se présentent à elles ?


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Luc Boedt

Luc Boedt est docteur en Sciences Agronomiques et Directeur Général du Groupe Socfin. Il est diplômé d’un master en Sciences tropicales et possède un doctorat en sciences agricoles. Il a conseillé la FAO (Food and Agricultural Organisation). Il a travaillé en Côte d’Ivoires, en Afrique du Sud, au Mali, en Indonésie, au Kenya et au Congo. Il a été également pdg de la SOGB (Groupe Michelin) en Côte d’Ivoire.