Santé : une conférence pour faire la lumière... dans le noir !

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112 médecins libéraux se sont suicidés depuis le début de l'année.

Sous l’impulsion de Jérôme Marty président de l’UFML (Union Française pour une médecine libre) et des membres de la CGT de l’hôtel Dieu,  ainsi que des syndicats paramédicaux libéraux, une conférence de presse était programmée hier 17 Octobre 2016.

Avec comme but de mettre en avant le lien de gouvernance-souffrance et le fait que le système de santé, à force de centralisme administratif qui a écarté tout pouvoir décisionnel aux soignants et patients, est arrivé au bout de sa logique.

En cette période de primaires et de bouillonnement électoral, les acteurs de cette conférence voulaient en appeler aux candidats sur l’urgence qu’il y avait à prendre en main ce système malade et surtout de réorganiser sa gouvernance. Jérôme Marty ne cesse de le répéter depuis des mois le système de soins en France est malade « en urgence absolue », ce sujet est majeur dans notre pays et si personne ne veut prendre en compte cette gravité, c’est une catastrophe sanitaire qui est annoncée.

 L’intention de tous ceux qui devaient participer à cette conférence de presse était de proposer une véritable « démocratie sanitaire » en remplacement de la dictature administrative actuelle.

Rappelant dans tous ses textes que les suicides chez les médecins ont le taux le plus élevé de France avec les agriculteurs, que le nombre de burn out dans les professions de santé est en constante augmentation, Jérôme Marty insiste sur les fermetures quotidiennes de cabinets médicaux, de cabinets d’infirmiers, de pharmacies etc. Il dénoncé  la multiplication des déserts médicaux qui va croissant face aux intransigeances des ARS,  la toute puissance des groupements hospitaliers territoriaux, l’approche de la mise en place des réseaux de soins par les compagnies d’assurances. En un mot tous ceux qui se battent aux côtés de l’UFML avaient à cœur de dénoncer l’étatisation et la marchandisation de la santé, dont les premières victimes sont les patients.

Cette rencontre fut vivement contestée par la direction du site (en conflit avec la CGT en interne)  dénonçant sous couvert d’une réunion syndicale, une conférence de presse, ce qui a leurs yeux était inadmissible. La direction du site en appelant à la neutralité imposée à un établissement public, le directeur en personne était venu reprocher le procédé. Quelques échanges musclés  après, l’électricité fut coupé dans l’amphithéâtre ou la conférence s’est quand même déroulée, dans le calme.

 C'est dans le calme mais dans  le noir et « a capella » que les interlocuteurs ont échangé. Cette réunion,  dont le titre était : « Systèmes de santé, deux secteurs, une souffrance. » Comment guérir,    a permis de nombreux échanges. Les personnels ont fait état de leurs souffrances, face à des situations et des conditions de travail très difficiles. Comparant quelquefois la situation du soin en France à France télécom dans ses périodes les plus dures. Tous s’entendaient pour affirmer que ce n’était pas « une corporation » qui se défendait mais bien le combat de l’humain face au capitalisme le plus dur. Jérôme Marty rappelant «  On ne veut pas que la médecine soit dirigée par d’autres intérêts que ceux du soin. »

Beaucoup de professions, représentées dans cet amphithéâtre ; kinésithérapeutes, dentistes, infirmiers, opticiens, etc.  Des représentants de « petites mutuelles » étaient aussi  présents pour témoigner de la progression constante de la souffrance au travail de toutes ces professions. Les médecins ont rappelé que leur profession était une des plus durement touchée par les suicides, plus de 112 médecins libéraux ont décidé d’en finir avec la vie depuis le début 2016, un nombre qui pourrait s’élever à 140 d’ici la fin de l’année si rien n’est fait.

Ce fut sur les propositions d’actions que cette réunion pris fin, constatant que ces souffrances multiples étaient le résultat de « cette gouvernance. » Des pistes de réformes furent proposées pour  réformer la gouvernance et le financement du système. Redonner à tous les acteurs du soin une capacité décisionnelle, il est important que les soignants et les patients participent aux prises de décision. L’orientation du soin, les décisions d’orientation ne peuvent plus dépendre du seul pouvoir de l’administration et de l’argent. Chacune des parties doit pouvoir disposer d’un « droit de s’opposer »

Ces réformes et cette nouvelle gouvernance ne peut pas se concevoir sans une réflexion de fond sur les financements de la santé en France. Les dérives constatées cette année avec l’entrée dans le système de soins des assurances privées doivent être contrôlées. C’est en ces termes que cette réunion s’est conclue dans un véritable élan de fraternité entre les participants, tous unis pour faire gagner la santé en France.

 Alors a bon entendeur ! Les candidats a  l‘élection présidentielle (les primaires ne sont pas l’élection) sont prévenus, personne ne tolérera de faire ‘impasse sur ce grand sujet majeur dans notre pays. Avec l’éducation, la santé représente un enjeu national de toute première importance, les partis et les candidats ne pourront pas en faire l’impasse.

Cette coupure de l’électricité par l’administration ne remet pas en cause la volonté des professions de santé de sauver notre système de soins, ils ont juste besoin de crier plus fort mais pour cela ils ont ce qu’il faut. Le prochain rendez vous sera sans doute dans la rue et dans la lumière.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.