Une politique d'innovation doit éviter deux écueils

282 MILLIARDS $
En 2012, en Europe, 282 milliards de dollars ont été dépensés en
Recherche et Développement.

Pour une entreprise qui souhaite innover, un des problèmes qui se pose est celui de la gestion des temporalités et de l'arbitrage entre les priorités et l'affectation des ressources. En bref, comment faire en sorte que la stratégie d'innovation d'une entreprise accompagne le plus utilement possible son développement, tout en dégageant le ROI le plus élevé ?

Pour schématiser, disons qu'une politique d'innovation doit éviter deux écueils :


- Le premier est celui de la « recherche pour la recherche », aboutissant à ce que l'entreprise se concentre sur des projets de R&D, très amont. Ce cas de figure reste assez fréquent en France, pays d'ingénieurs et d'inventeurs et est d'ailleurs encouragé par un dispositif comme le CIR (Crédit d'impôt recherche). Il procède d'une vision techno-centrée de l'innovation. Mais cette conception de l'innovation aboutit souvent à ce que les innovations qui émanent de la tête de chercheurs et d'ingénieurs ne rencontrent jamais les marchés auxquels elles sont destinées. Et cela se traduit par des coûts importants et surtout par une perte de temps par rapport à la concurrence.

- Le deuxième, à l'inverse, consiste à considérer prioritairement l'innovation comme un moyen destiné à aider l'entreprise à faire plus de chiffre d'affaires. Malheureusement, l'innovation conçue de la sorte n'est généralement pas durable, car obéissant d'abord à des contingences marketing, elle se positionne essentiellement dans le court-terme.


Le paradoxe est que les deux postures sont nécessaires. Il est indispensable d'avoir une vraie politique de R&D, avec des feuilles de route technologiques, avec une vraie vision prospective, avec une politique de propriété intellectuelle bien cadrée. D'autre part, il est évidemment utile pour toute entreprise d'être agile et réactive en s'adaptant aux demandes des clients.


Mais le véritable enjeu est celui du dosage et de l'équilibre entre ces deux postures et surtout de l'articulation entre celles-ci. Il est en effet opportun de travailler pour inventer des innovations disruptives mais à condition que celles-ci répondent à de vrais besoins du marché. La bonne attitude consiste donc à ne pas conduire ces politiques de façon déconnectée. Il est donc indispensable de « tenir les deux bouts de la corde » en faisant travailler le possible ensemble la R&D et le Marketing. Notons que généralement la fonction Design est utile pour faciliter le lien entre ces deux fonctions.


Autrement dit, l'entreprise qui veut innover avec efficacité se doit d'avoir un œil sur la ligne d'horizon du moyen et long terme pour avoir un cap, tout en sachant naviguer au plus près du vent pour être en permanence en connexion étroite avec ses marchés.


N.B. C'est précisément un des objectifs de l'Innovation Ecosystems Agora, que nous organisons le 2 décembre prochain à La Défense, que de traiter de l'innovation comme une activité disruptive mais en phase avec les marchés. Voir www.innovation-ecosystems-agora.com


A découvrir

Eric Seulliet

Eric Seulliet, diplômé de HEC et de l'Institut d'Urbanisme de Paris, est Président-fondateur de La Fabrique du Futur dont la vocation est d'être un think tank réconciliant technologie et développement durable et un laboratoire de détection des usages émergents. Dans le cadre de ce think tank, Eric Seulliet a créé un living lab qui a été labellisé fin 2008 par le réseau ENoLL (European Network of Living Labs).

En 2013, Eric Seulliet a fondé le DIL (Discovery Innovation Lab), un organisme d'accompagnement à l'innovation qui pourrait être qualifié de « do tank » et qui complète de façon plus opérationnelle les activités de la Fabrique du Futur. En plus d'avoir une activité de living lab, le DIL regroupe en effet plusieurs fablabs ce qui permet au DIL de prototyper et d'expérimenter avec des usagers des concepts innovants pour le compte de porteurs de projets et d'entreprises.

Par ailleurs, Eric Seulliet a été en 2012 co-fondateur de France Living Labs, l'association qui regroupe le réseau français des living labs. Au sein de cette association il est membre du bureau, vice-président en charge des partenariats.