Europe : un silence assourdissant

Les élections européennes font face à une abstention record en France
de 59,4% à cause d'un désamour pour l'Union Européenne et une
incompréhension de la part des Français.

L'abstention est toujours un triste signe. Son niveau aux dernières municipales vient nous le rappeler. Cependant, un tel taux serait une excellente nouvelle aux prochaines élections européennes ! En 2009, 59,4 % des inscrits s'étaient abstenus en France, bien au-dessus de la moyenne de l'UE. Seuls 40,6 % avaient pris part au vote contre 61 % en 1979 : une vertigineuse et régulière chute de la participation de scrutin en scrutin.


Ce désamour des citoyens pour la chose européenne a été maintes fois expliqué. Se détourneraient-ils des affaires publiques, comme le soulignait si bien Tocqueville ?


Puisque la défiance envers l'Etat n'est pas nouvelle à l'échelon national, pourquoi en serait-il autrement au niveau supranational ? Certains rétorquent que l'abstention est d'autant plus forte que le pouvoir est loin. Loin ou faible ? Que peut une Europe disposant d'un budget représentant à peine plus d'un point de son PIB ? Sans pouvoir budgétaire, elle aurait une arme forte : sa monnaie, qui a résisté à la crise et que l'on dit sauvée. Forte ? Trop haut l'euro dans une Union sans politique commerciale, sans politique de change, sans stratégie industrielle, comme une Europe qui tendl'autre joue ? Sans réelle gouvernance, ne disposant pas de tous les leviers nécessaires à une politique économique conjoncturelle, ni des moyens d'une politique structurelle, comment l'Union pourrait-elle être efficace et apporter des résultats palpables, proches des gens au quotidien ? C'est parce qu'elle est faible que l'Europe apparaît lointaine. Une Europe trop économique, car uniquement économique, sans dessein social et politique. Trop technique aussi. A l'heure de défis mondiaux colossaux - l'adaptation à la mondialisation, l'urgence de la transition énergétique – l'Union avance au rythme de l'escargot au terme de « marathons » qui souvent accouchent de mesures techniques, sans doute nécessaires, souvent indispensables, mais inintelligibles pour le grand public.

L'Europe un machin lointain et abscons


L'Europe : un machin ? Et peut-on parler d'Union quand s'affrontent toujours la conception libérale des uns et celle d'une Europe plus solidaire des autres ? Le dossier grec en est peut-être l'amère illustration.


Rien d'étonnant donc à ce que certains voient en l'Europe un problème, quand des pouvoirs nationaux en font un bouc émissaire. L'Europe n'apparaît bien souvent une solution que pour une minorité appartenant aux couches intermédiaires et supérieures. Une solution pour rester une puissance face aux nouveaux géants mondiaux, dont rien ne prouve d'ailleurs leur pouvoir de nuisance à long terme. Rester une puissance ? Oui, car nous en sommes une ! Même bancale, l'Europe est la première puissance économique mondiale. Pour le rester, il faudrait cesser d'être en équilibre instable sur une jambe. Un premier pas a été franchi, il faut faire le second. Pour ce faire, il faudrait un projet clair, ambitieux. Sans cela, comment faire rêver un peuple en plein désamour européen ? Comment réduire la fracture entre les eurosceptiques, que l'on taxe parfois sans distinction et de manière condescendante de « populistes », et les partisans de l'Europe, mais n'osant souvent plus le dire ? Déjà en commençant par cesser de toujours chercher des causes extérieures à nos maux nationaux, en dépassant ce pessimisme inhérent à la culture française qui nous paralyse. Alors, parlons, débattons, et notamment avec notre jeunesse qui fera l'Europe demain. Décidons pour, parachever l'Europe économique et enfin construire l'Europe sociale et l'Europe politique.


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